Du ton calmouek le plus ému : — « Que dia
» ble ! Johnsoa y à quoi peii8le;&-vou8 donc en amé— » nantdes femmes? Elles obtiendront ici tous les » égards possibles^ et elles seront conduites jus- » qu aux fourgons , où elles peuvent seulement être » bors de danger. Mais Vous auriez.du savoir que ee » ^enre de bagages est embarrassant. Je déteste les » soldats mariés, quand iU ne renouvellent pas cha^ )> que année leurs femmes.
71 . » — Avec la permission de votre excellence, i> reprit alors notre Anglais^ celles-ci ne soùtpas à » nous : elles ont d'autres maris. le connais trop » bien, par expérience, la discipline militaire, pour » avoir conduit dans le camp ma propre femme ; rien » ne retient dans une cbarge le cgeur des bévos. D comme la pensée d'une petite famille restée en » arrière.
72. » Mais nous n'avons ici que dexix dames tur* » ques qui ont, avec leur domestique, fieivorisé. notre » fuite, et elles ont bravé mille dangers pour nous » suivre dans cette dangereuse traversée. Pour un » bomme comme moi ce genre de vie n'a rien d'é- » trange^ mais c'est un moment cruel pour de. pau- ». vres êtres comme elles : ainsi, si vous voulez que y^ je combatte de tout mon cœur, je vous prie de les » faire traiter avec politesse. i>
73. Cependant les deux pauvres femmes, les yeux toujours mouillés, regardaient leurs protecteurs comme si eJles eussent bésité ât Jies croire tels. — - Leur surprise n était pas moins grande (ni moins
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juste) que leurs craintes, envoyant un vieillard, d'un aspect plutôt féroce qu'imposant^ simplement vétu^ CQuvert de poussière^ nu jusqu'à la camisole^ et cette dernière elle-même fort sale , de le voir, dis-j6 y plus redouté que tous les sultans de leur connaissance.
74. En effet, comme le leur témoignaient tous les yevoc^ tout semblait attendre son signal. 4Iabituées à Yoir^ comme une espèce de divinité^ le sultan couvert de pierreries, s'avançant avec la gravité impériale d'un paon (cet oiseau royal qui porte tin dia*dème «ur la queue) , en un mot, entouré de toute la poippe du pouvoir^ elles ne concevaient pas comment le pouvoir consentait une fois à se passer dé pompe.
75. Johnson^ voyant leuF extrême déconvenue^ leur donna, chemin faisant, et quoique peu initié dans les aflfections orientales^ quelques légères consolations. .Pour Don Juan^ qui était bien autrement sentimental ^ il jura qu'avant l'aube du jour il les re-> trouverait, ou qu'alors il saurait bien en faire re-. pentir l'armée russe. Ces paroles étaient extravagantes, mais pourtant les dames y trouvèrent un grand motif d'espérance ^ car toute» elles aiment Texagération.
76.' Avec des pleurs, des sanglots et quelques légers baisers, elles s'éloignèrent pour le moment, — en attendant ce que décideraient les coups de l'artillerie et ce que les hommes appellent hasard
destin, pu bien eocore provideuce. — r (LUacertitude est, en effet, Fùn de nos nombreux bonheurs, c'est une espèce d'amortissement sur la condition de rhumanité, ) — - En même tems leurs doux aniis saisissaient leuir& armes et se préparaient à embraser une ville qui ne leur avait jamais fait le moindre mal.
77. Soff^arow, — (^ui ne voyait les choses qaen gros , trop gros lui-même pour les apprécier en dé* tail^ qui regardait la vie OQmme une souillure, et lea gémissemens d'une nation expirante comme les murmures du vent^ qui se souciait aussi peu de la perte de ses soldats ( pourvu que leurs efforts préva-* lussent à la fin ) que la femme et les amis de Job se souciaient de ses ulcères, —pouvait*il songer long-tems aux sanglots de doux femmes?
78. Non certainement. — L'œuvre de, gloire s^ disposait^ on allait entendre une canonnade aussi terrible que celle d'Ilion , en supposant qu'Homère eut eu à ses ordres des mortiers. Pour moi, au lieu de décrire la mort du fils de Pri»m , je serai fcH^eé de parler escalades, bombes,, tambours, poudre^ bastions, batteries, boulets et baïonnettes, tous mota rudes et qui coulent difficilement dans l'harmonieux gosier des muses.
79. Immortel Homère! ô toi qui, malgré ta longueur, as charmé toutes les oreilles , et , malgré ton peu d'étendue , toutes les générations , en maniant de ton bras poétique ces armes auxquelles les hommes
n auront plus jamais r(Bcoi]|ir« (à moins, cepeuidant,. que la poudre à Canon n'ait pas la supériorité que lui supposent tous les potentats aujourd'hui ligués contre la jeune liberté... « Puissent-ils ne pas trouver en elle une nouvelle Troie ! ) .
SO., Immortel Homère ! j'ai maintenant à peindre un srége où furent tués plua de guerriers (avec des^ macbines plus terribles et plus éxpéditives) que tu n'en as iait expirer dans ta gazette grecque. Je conviens volontiers , avec tout le monde , qu'il me serait aussi ridicule de vouloir marcher de pair avec toi ^ qu'au plus faible ruisseau de se comparer à l'Océan; mais au moins, nous autres modernes, vous j^galonsnous en matière de sang,
81 . Sinon poétiquement, au moins effectivement; et le fait, c'est la vérité, ce but de tous nos eSbrts! Mais ici, bien que mamuse veuille décrire tout ce qui va se passer, elle sera forcée de s'écarter d'une trop rigoureuse fidélités Dans, un instant la ville sera attaquée ; de grandes actions vont avoir lieu ; — cpmment les racoptenii-je ? Écoutez , amcs immortelles de généraux ! Pbébus se levé pour colorer vos dé-» pèches de ses rayons.
82* Et vous, grands bulletins de Bonaparte! vous^ listes moins longues des morts et de^ blessés ! Ombre de Léonidas, qui combattis si vaillaomient alors que, comme aujourd'hui, ma pauvre Grèce, hélas! était envahie ! O commentaires de César, prétez-moi (pour me soutenir) une parcelle de vos pdlissans
rayons de gloire, si beaux ^ si Y^riés pour Toreille des muses!
83. Quand j'appelle p^5ante votre immortalité guerrière, je veux seulement rappeler que^ par une triste réalité, il n'est pas de siècle^ d^année, et même de jour qui né flétrisse le nom d'un héros dévastateur ^ je veux seulement dire que si nous venons à réunir tous ses droits à la reconnaissance des hom-' mes, il devient aussitât un boucher difforme, dont le nom n'abuse plus que les jeunes écerveiés.
84. Les médailles, honneurs, rubans,* galons ou broderies, n'appartiennent pas mieux à l'homme im* mortel, que le manteau de pourpre à la prostituée de Babylone. Les enfans sont .passionnés pour un uniforme comme les femmes pour un éventail , et le dernier goujat, revêtu d'un habit rouge, se croit volontiers le &vori de la gloire. Mais cette gloire,
enfin '. voulez-vous savoir ce que c'est? —
Demandez-le au porc, dont les yeux aperçoivent le vent '.
' 85. Au moins le sent-il, et quelques-uns pensent qu'il le voit, parce qu'il court devant lui comme un verrat , ou , si cette explication vous paraît trop simple , dites qu'il se précipite sur ses pas comme un brick, un schooner, ou bien encore. ... — Mais il est tems de terminer ce chant , avant que ma muse ne se sente fatiguée. Le suivant-^ pour réveiller l'atten—
* Expression du Psalmiste.
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tion générale , va sonner en volée comme du haut d'un clocher de village.
86. Écoutez, dans le silencci déjà froide et épaisse nuit, le bourdonnement des armées se pressant rangs sur rangs! Là, de lourdes masses se glissent, dans l'obscurité douteuse, le long des murs assiégés et sur les bords du fleuve hérissé de défenses. Cependant les astres percent d'une faible lumière lés vapeurs humides et condensées qui se roulent devant eux en bizarres guirlandes, r— Bientôt la fumée de Tenfer doit étendre sur eux un plus impénétrable manteau.
87 . Arrêtons-nous ici un momeiit. — Imitons cette pause terrible qui^ séparant alors la vie de Ja mort, glaça pour un instant le cœur de ces hommes dont plusieurs milliers allaient refidre le dernier soupir. Un moment — ^et tout reparaîtra plein de vie! La lùarche! la charge! les cris religieux de chaque peuple! Houra! Allah! — Un moment encore, et les cris delà mort seront perdus dans les mugissemens de la bataille.
AUX «OTES DU CHANT Vïï.
L'ouvrage qui contient les détails du siège dlsmaîl étant fort peu répandu en France, où cependant il a été imprimé, nous en extrairons tous les passages que Byron a jugés dignes d^étre paraphrasé». H est intitulé : Essai ^ur t Histoire ancienne et iiwêerne -dé ta nom^Ué Russie. Le style en est beaueocip trop )è«ian|;eari^ mais h dédicace en étant adressée à Temperear Atekandre^ ]|»etit-fik de Catherine H, le lecteur est, par cela seul, averti de se tenir sèr aesf^trde». Malgré oe grave d^aut , c'est iM t>an'age fort reiterquable. L'auteur (le marquis de Caslekiau) a lui-même emprunté les circonstauices du siège d'Ismail au manuscrit d'un Ueutenant-général de Russie, qui avait fait cette campagne <( le duc de Richelieu).
8T&OPHB 9.
« Ismaïl est située sur la rive gauche du bras gauche du » Danube , à peu près à quatre-vingts verstes de la mer. Elle » a trois miUe toises de tour. » {Manuscrit du duc de Richelieu.)
8T&0PHB 10.
« On a compris dans ces fortifications un faubourg moldave, » situé à la gauche de la ville , sur une hauteur qui la do- » mine ; l'ouvrage a été terminé par un Grec. Pour donner M une idée des talens de cet ingénieur , il suffira de dire qu'i|