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être fort chéri, n'était pas non plus détesté. Ils vivaient ensemble comme le plus grand nombre , supportant d'un commun accord leurs mutuels dé&uts, et n'étant exactement ni un ni deux. Cependant y Alphonse était jaloux, mais il se gardait de le paraître \ car la jalousie tremble toujours qu'on ne la reconnaisse.
66. Julia était 9 — je n'ai jamais su pourquoi , — l'amie intime de Donna Inës. Il y avait peu de rapports dans leurs goûts, car Julia n'avait jamais écrit une ligne. Aucuns disent (sans doute ils mentent, car la méchanceté veut tout expliquer) qu'Inès, avant le mariage de Don Alphonse, avait oublié avec lui quelque chose de sa vertu habituelle \
67. Et que, conservant cette ancienne connaissance, dont le tems avait bien purifié les sentimens, elle avait témoigné la même affection à l'épouse d' Alphonse : certainement elle ne pouvait mieux faire. Elle flattait Julia en lui accordant sa sage protection, et elle faisait l'éloge du bpn goût d' Alphonse. De cette manière, si elle ne faisait pas taire la médisance (chose impossible) , au moins rendait^lle ses coups moins redoutables.
68. Je ne raconterai pas comment Julia vit l'affaire , par les yeux du monde ou par les siens propres : on ne peut le deviner 5 du moins/elle ne le laissa pas soupçonner : peut-être ne sut-elIè rien , ou ne s'en embarrassa-t-elle pas, soit par indifférence ou par habitude. Je ne sais vraiment qu'en dire et
penser ,.taDt ses séntimens forent aecreb daùDS cette occasion.
69. Elle vit Don Juan, et^ copame un bel èn&nt^ souvent elle le caressait ; c'était une chose bien na* turelfe et nullement inquiétante^ quand elle avait vingt ans et lui treize ; mais je ne sais pas si j'en au* rais également souri quand elle eut vingt-trois ans et lui seize. Ce léger aurcrœt d'années opère de singuliers cbangemens , surtout chez les peuples brûlés du soleil.
70. Quelle qu'en fût la cause, il est sur qu'ik étaient changés. La jeune dame restait à quelque distance^ et le jeune homme était dévenu titaide. Leurs regards étaient baissés, leurs salutations pres*que muettes^ leurs yeux'singulièrement embarrassés. Sans doute biçn des gens croiront que Julia devinait bien ce que signifiait tout cela; pour Juan> il n'en avait pas plus l'idée que de l'Océan ceux qui ne l'ont jamais vu;
71 . Cependant, il y avait quelque chose de tendre dans la froideur de Julia ^ quand sa jolie main tremblante s'éloignait de celle de Juan, elle y laissait un demi-serrement vif, caressant et léger , si léger , que l'esprit hésitait encore à le croire ;' ifisfis il n'est pas de magicien qui ait opéré, avec la baguette et tout le savoir d'Armide, un changement comparable
à celui que ce léger toucher produisait sûr le 6œur , de Juan.