‹ Œuvres complètes, avec notes et commentairesChapitre 43 sur 46 · Le séraskir a la tête cassée , mais on n'est · texte numérisé non relu

Le séraskir a la tête cassée , mais on n'est

' Ordre miliiûre de Riusie.

. (JVbte de Lord Bjrron. )

» pas encore maître du bastion de pierres , et le V vieux pacha> entouré de plusieurs centaines de » morts , y reste à fîimer tranquillement sa pipe , » ao milieu du feu de notre artillerie et de la sienne* » On dit que nos morts forment déjà autour de la » batterie une pile de cinq pieds de haut, mais elle » n*en continue pas moins ses décharges, et nos gens » reçoivent autant de boulets qu'il y a de grains de; » raisin dans une vigne.

99. » Venez donc avec moi ! » Juan répondit : t( Regardez. cette enfant ; -««c'est moi qui l'ai sauvée. » — » Je ne veux pas laisser encore sa vie expesée. » Indiquez-moi quekjue lieu de salut ou elle ait » moins sujet de craindre et de s'effirayer, et je suia » à vous. » — - Johnson alors regarda autour de lui^ "— leva les épaules , -— - se pinça là hanche , — la cravate de soie noire , et enfin répliqua : « Vous » avez raison. Pauvre créature I Comment &ire? Je » n'en sais vraiment rien. »

i 00. Juan dit : « Quelque chose qu'il y ait à faire^ » je ne la quitterai pas avant que sa vie ne me sem- » ble beaucoup plus assurée que la nâtre» — Ah! je » ne répondrais d'aucune des trois, dit Johnson, » mais wiuSf du moins, avez l'occasion de mourir » avec glpire. » Juan reprit ^ « Je suis prêt sans » doute à endurer tout ce qu'il fendra, — mais je » n'abandonnerai jamais cette en&nt qui n'a plus de » pèreet qui, par conséquent, est désormais ma fille. »

iOI . Johnson dit : « Juan, nous n'avons pas de

» tenis à perdre ; cette enfent est un bel eafant ^ — » un fort bel eofant; — je n'ai jamais vu de pareils » yeiix; mais^ écoutez! il fs^ut choisir entre votre » honneur et votre sensibilité > votre gloire et votre » compassion : écoutez comme le bruit augmente ! » — U n'y a pas «d'excuse dès qu'on fait lé sac d'une » ville. — Je serais fâché de marcher sans vcms; »» mais^ pardieu^ nous n'arriverons pas assez tôt )» pour porter les premiers coups. »

i 02. Cependant Juan resta immobile jusqu'à oe que Johnson , qui réellement l'aimait à sa manière , se tourna vers quelques soldats de sa troupe,qu'il j.ugeait les moins avides de butin. Il jura que^ s'il arrivait^le moindre mal à l'enfant qu*il leur confiait, ils seraient tous fusillés le lendemain^ et que, s'ils le représentaient sain et sauf, ils recevraient au moins cinquante roubles de récompense^

103. Et leur part dans les autres gratifications que recevraient leurs camarades sur la masse du butin^ — Jua^ alors consentit à marcher au-devant du tonnerre qui diminuait à chaque pas leur nombre. Ceux qui res^ient n'en avançaient, pas avec moins d'ardeur y — et, n'allez pas vous en étonner, ils étaient animés par l'espoir du pillage, comme cela se voit tous les jours et en tous lieux. — Il n'est pas de. héros qui puisse se contenter d'une demi-solde.

104. Et telle est la victoire , et tels sont les hommes , ou, du moins , les dix-neuf vingtièmes de ceux que nous appelons ainsi. — Mais Dieu sans doute

donne un autre- nom à la moitié des <»:séaturea humaines^^ ai ses yoies ne sont p^s tout^à-feit inconce-^ vables* Pour revenir à notre sujet, il y ^it un brave kan tartare, -^ ou bien un stUtan ( eonime ce prince est appelé par Fauteur dont la prose historique guide en ce moment mon humble muse ^^ qui ne voulait reculera aucun prix.

1 &5. Flanqué de cinq valeureux fils (un avantage de la polygamie , qi:ând on ne poursuit pas la biga«inie comme un prétendu crime , c^est qu'elle fraie des guerriei's par vingtaines ) , il ne Voulait pas convenir que la ville put être emportée tant qu'il resterait un bâton dansles mains d'un homme couragçux. — • Ai-je donc ici à peindre un fils de Priam^.de Pelée ou de Jupiter P. Nullement y — - mais un froid ^ brave et vieux bonhomme qui étîût , avec ses cinq fils 9 à l'avant-garde. - • .

106. Le point -était de le prendre. Les véritable» braves éprouvent volontiers le désir de protéger le bravé quand il est opprimé sous le nombre. «-^«Ua sont un mélange de bétes féroces et de^dismi^ieux^ tantàt furieux comme la vague montante ^ et tantât attendris par la pitié. L'arbre altier se courbe soua les zéphirs de l'été ; ainsi quelquefois la compassion fait fléchir les cœurs les plus sauvages.

1 Ô7. Mais il ne voulait pas être pris. A toutes le* offres de merci que lui; gisaient les chi^^iens atten-dris , il répondait en les moissonnant à droite et à gauche ^ avec Tobstination du Suédois Charles ^

•^mm^mm^Êm^l^m^m^mmim, •!■ ■ ■ ■ ■ - ■ ij i - ■ « ■ ■■■ >i an

Beadèr. Ses. cinq bravés enfans ne défiaient pas moins Tennemi V aussi les cœurs russes se fermëreptils bientôt à la piàé > vertu qui y comme la patience humaine , ne résiste guère aux provocations hos-^ tiles.

i08. Vainement Johnson et Juan, dépensant toute leur phraséologie orientale » le conjuraient-ils,^ au nom de Dieu, de montrer^ en combattant » tout juste assez de tiédeur pour leur permettre sans honte de défendre sa vie ; ^— il tranchait toujours devant lui , semblable à des docteurs en théologie quand ils disputentlivec des sceptiques. Il frappait, en jurant, ses amis, ainsi que lés enfans battent leurs nour* rices. .

109. Bien plus, il avait même déjà , quoique légèrement ) blessé Juan et Johnson : alors ils^ se lancèrent aussitôt, le premier en soupirant et le second en jurant, sur sa furieuse majesté sultane i En même tems tous leurs compagnons, également irrités contre un infidèle aussi opiniâtre,, se jetèrent pêle-mêle sur lui et Sur ses fils } pendant quelque tems ils ré-« sistèrent à cette pluie comme une plaine sablon-* neuse ' >

110. Qui pompe Teau du ciel et reste «Eicore desséchée. Mais enfin le moment de succomber était venu. — Le second fils fut renversé par un coup de fusil ; le troisième fut sabré , et le quatrième , le plus chéri dçs cinq , trouva la mort sur les baïonnettes. Le cinquième, qui, nourri par une mère chrétienne,

avait été négligé , mal élevé et rebuté de toutes manières parce qu'il avait le corps tout difforme, mourut cependant sans regret en défendant un père qui rougissait de Tavoir pour fils.

111. L'aîné était un véritable et intrépide Tartare. Jamais Mahomet ne destina au martyre un plus grand contempteur des Nazaréens. Ses regards n'étaient fixés que sur l^s vierges aux noires paupières, qui, dans le paradis, préparent la couche de ceux qui n^ont pas accepté de quartier sur la terre^ or, on pense bien que ces houris , comme toutes les autres belles créatures , font , avec leurs séduisads visages, tout ce qu'elles veulent de quiconque vient à les regarder.

1 1 2. Et pour ce qui est de leurs intentions sur le jeune kan, je ne les connais ni ne veux les présumer ; mais sans doute préféreraient-elles un be^u jeune homme à de vieux héros endui'cis. Voilà pourquoi , si vous venez à parcourir le hideux désert d'un champ de bataille, trouverez-vous toujours pour un cadavre de vétéran ridé, laid, ouir-tanné,' dix milliers de beaux et frais petits-mattres expirais.

113* Les houris éprouvent encore un plaisir naturel à confisquer les nouveaux mariés , avant que les premières heures nuptiales soient ^écoulées, que la triste seconde lune ait chassé celle de miel, et qu'enfin le sombre repentirait eu le tems d'oppresser le cœur de l'époux qui regrette en vain le bopheur des bacheliers. Il se peut fort bien que les houris

soient friandes des .fleurs passagèi'es dont elles dis* patent ainsi les premiers fruits.

144. Ainsi le jeune kan, Tœil fixé sur les houris, oubliait les charmes des quatre jeunes épouses, et s^avançait bravement vers sa première nuit céleste. Après tout^ bien que notre excellente religion tonrae en ridicule de pareilles croyances, ces vierges aux yeux noirs excitent les musulmans à combattre, comme s'il n'existait qu'un paradis ; — malheureusement si tous^les récits qu'oii nous fait de l'enfer et du ciel sont dignes de foi , il ^oit y ep avoir au moins six ou sept.

115. Les gracieux fautâmes éblouissaient tellement ses yeux, que %[iéme, en septànt le fer entr'ouvrir son cœur, il s'écria : Allah 1 qu'il vit le paradis dérouler pour lui ses mystérieuses voiles^et la brillante éternité, comme un soleiltoujours nouveau, se glisser dans son ame avec *ses prophètes, ses houris , ses anges et autres saints , tous envirounés du plus voluptueux éclat* — En ce momént^à même il mourait , >

' 116. Mais avec un visage embrasé (l'un ravisse^ ment céleste. — Pour, le bon vieux kan, il y avait longrtems qu'il n'entrevoyait plus de houris; toute son espérance était dans la race florissante qui s'élevait glorieusement, comme autant de cèdres, autour de lui. — Quand il vit son dernier héros étendu sur la terre tel qu'un arbre déraciné, il fit un instant trêve à se» coups de cimeterre , et laissa tomber un

regard 8ur 60ù fiU, son premier» hélas ! et son dernier fils!

117. Les soldats ne Teurent pas plus iét vu détourner sa pointe 9 qu'ils s'arrêtèrent également et parurent disposés à lui accorder quartier» pourvu qu'il ne recommençât pas ses attaques désespérées. Il n'aperçut ni leur pause ni leurs signaux \ son cœur était brisé : jusqu'alors inflexible , il fléchissait enfin comme un jonc à l'aspect de ses en&ns expirés 5 et, — bien qu'il eût lait le sacrifice de sa vie» «-^ il sentait amèrement qu'il était seuL

118. ftlais ce fut un frisson passager. — D'un âan» il enfonça sa poitrine dans le fer des Russes» avec Fimpétuosîté du moncheron ^tiand il traverse la lumière qui doit brûler ses ailes. Il se frappa lui-même plutôt qu'il ne fut frappé» avec les baïonnettes qui venaient de percer ses enfans; puis» jetant encore sur ces derniers un demi^-regard» son ame aban-«> donna» par une large blessure, sa dépouille mortelle.

1 19. Chose assez étrange! -^ ces soldats fiarieuk qui » dans leur soif de sang , ne pardonnaient au sexe ni à l'âge» à l'aspect de ce vieillard héroïque, tombé sur le corps dé ses enfans , ne purent résister à jéur attendrissement. Ainsi, bien que nulle larme ne coulât de leurs yeux enflatàmés d^une sanglante rage^ ils honorèrent dans ce héros le mépris qu'il avait montré pour la vie*

1 20. 1Vf ais les boulets partaient encore du bastion de pierres dont le premier pacba défendait trànquil-

lement l'approche. Déjà il ayait finit plus de vingt fois reculer les Russes, et il avait rendu inutiles les assauts de Tarmée entière ^ A la fin il condescendit à s'informer si le reste de la ville était perdu ou gagné y et quand il apprit que les Russes étaient vainqueurs, il envoya Un bey pour répondre aux sommations de Ribas. '

i 21 . Et, cependant ^ assijs les jambes croisées sur un petit tapis, il continuait avec le plus grand sangfroid à fîimer son tabac— -ï/aspect du sac de Troie n'olBGrait rien de comparable à ta scène qu'il avait devant les yeux 5 — rien ne fut capable de troubler son stoique regard et son austère philosophie. Tout en caressant tranquillement sa barbe , il répandait autour de lui une vapeur ambrosiale, avec autant de sérénité que s'il eut eu trois vies aussi bien que trois queues.

i22. La ville est emportée : . — de ce moment, peu importe qu'il continue à défendre sa vie ou le bastion, sa valeur obstinée ne peut être d'aucun secours, Ismaïl n'est plus. Déjà l'arc argenté du croissant est tombé; sur la terre conquise s'élève une croix de pourpre^ mais ce n'est pas un sang rédemp^ teur qui la colore : de même que l'Océan reproduit dans son sein le disque de la lune , le sang qui ruisselle de toutes parts oflFre une seconde image de toutes les rues embrasées.

' Ici Lord Byron aftribae au pacha ce que lliistoirtf met sur le compte du sultan. (Voyez le Supplément aux notes du Chant -vin.) I. ài ,

123. Tout ce que Tesprit peut imaginer d'excès; tout ce qine les mortels peuvent exécqter de pire ; tout ce que nous lisons, rêvons ou entendons raconter des misères humaines \ tout ce que le diable ferait s'il devenait entièrement fou y tout ce qui surpasse les horreurs que pourrait tracer la plume ^ tout ce qui encombre les enfers , ou des lieux aussi affreux que les enfers ( habités par des êtres qui abusent de leur force), se trouvait en ce moment réuni (comme cela est ailleurs plus d'une fois arrivé et arrivera encore) sur les décombres d'Ismaïl.

1 24. Si Ton peut citer de loin en loin quelque trait fugitif de pitié, s'il 8e rencontra quelques âmes assez nobles pour faire trçve un instant à leur furie et sauver quelque petit enfant ou quelque vieillard sans défense, -^ qu'est-ce que d'aussi rares exceptions dans une ville anéantie, où s'entremêlaient pour cha« que citoyen un millier d'affections , de liens et de devoirs réciproques? Considérez maintenant, 6 co^ kneysie Londres, et muscadins dé Paris ! quel pieux divertissement offre la .guerre.

1 25. Décidez ^i le plaisir de lire une gazette compense parfaitement tant d'agonies et de crimes. Et^ si vous restez insensibles à ces tableaux , n'oubliez pas que l'avenir vous réserve peut-être une semblable destinée. Mais pourquoi des sermons, pourquoi de la poésie ? n'êtes-vous pas assez avertis par les taxes, Castlereagh, et la dette publique toujours croissante ? Écoutez' la voix de votre cœur et Thisr

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toire actuelle de l'Irlande ^ puis venez nou8 dire 8i toute la gloire de Wellesley dissipera la famine.

126. Mais^ du moins y pour un peuple aussi sen-* sible au bien-^tre de la patrie et du roi , il existe un sublime motif d'exaltation et de sécurité. — Muses > c'est à vous qu'il convient de le porter sur vos brillantes aileé ! Oui, que la misère, cette immense sauterelle, dévore nos champs et absorbe nos moissons, jamais du moins la femine au visage décharné n'approchera du trâne. — L'Irlandais peut mourir^ de faim, le grand Georges ne pese-t-^il pas deux cents livres?

1 27 • Maïs il feut enfin adiever mon thème. Ismaîl cessa d'exister. — Ville infortunée/ tes tours embrasées étincelàient dans les eaux du Danube, et celles-ci coulaient rougies par le sang de tant de morts. On entendait encore l'affireixx hurlement de guerre et les derniers cris aigus des victimes ^ mais les détonations devensâent de plus en plus rares ^ des quarante milles créatures qui animaient le jour précédent l'enceinte des murailles , quelques centaines respiraient encore : — tout le reste était silencieux. 128. Il faut cepiendant, sous un rapport, rendre hommage à l'armée russes elle' fit preuve d'une certaine vertu, fort en vogue de nos jours , et par conséquent fort digne d'être mentionnée. Le sujet est délicat, mes paroles le seront aussi. — Peut-être la rigueur des saisons , le long séjour des soldats dâins leurs quartiers d'hiver, ou bien encore la privation de

repo8 OU de nourriture, jajoutèrent-ils a leur continence habiitilelle \ — maia il est certain qu'ils attentèrent fort peu à la pudeur des femmes. ' .

129. lU tuèrent y ils pillèrent beaucoup ^ et de loin en loin ils se permirent même des violence» d'une auUre espèce^ *- mais du moias avec bien plus de retenue que les Français, quand ces guerriers lî* bertins entraient daus une ville prise d'assaut. Je ne puis en trouver d^autre cause que la g^ace de la saison et la compassion des cœurs; mais il est certain que toutes les dames, à l'exception de quelques vingtaines , restèrent aussi vierges qu'auparavant.

i30. Quelques méprises ridicules^ commises dans l'obscurité , attestèrent aussi le. défaut de lanternes ou de goût. — La fumée était si épaisse^ qu'on avait de la peine à distinguer un ami. d'un ennemi ; — et d'ailleurs la hâte justifie de semblables erreurs, aloi*8 même que quelques rayons de lumière semblent devoir garantir les plus vénérables chastetés. — Voilà comme difféi^ns grenadiers dévirginèrent six demoiselles, dont la plus jeune avait soixante-dix' ans.

131. Mais, en somme^ leur contin^ace fut exemplaire 'y il en résulta quelque désappointement pour les prudes chancelantes qui, éprouvant tous les inconyéniens de la vie célibataire , se . seraient crues fort excusîûbles (car il n'y aurait pas eu là de leur faute, le destin seul leur . infligeait cette croix) de contracter^ à l'exemple des Sabines, un mariage à la romaine, sans faire les frais d'une couche nuptiiaile*

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132. Au milieu du Jurait on distingua aussi eér-^ tainès veuves égrillardes (espèce d'oiseaux d^uis long^tems encagës) , qui deiûaudaient avec^ inquiétude^ « pourquoi le rapt ne commençait pas. y^ Mais^ dans la ^reur du pillage et de la tuerie ^ pouvait-il rester quelque loisir pour des crimes superflus ? Si elles furent ou non soustraites au viol, c'est encore un mystère pour moi, — et je ne jpuis que laisser ici au lecteur la faculté d'espérer qu'elles en fbrent e^ fectivement préservées,

133. Voilà doncSuwarow devenu conquérant , — un rival de Timur et de Gengts ! Les mosquées et les rues brûlaient encore comme la paille , sous ses yeux -, les mugissemensdu canon retentissaient encore quand il écrivit , d'une main sanglante , sa première dépêche. Voici exactement son contenu : — « Gloire » à Dieu et à l'impératrice J ( Puissances du ciel ! » quelle alliance de nomsi ) Ismaîl est à nous '. »

134. Il me semble que voilà les plus terribles piots, depuis Mané, Mane^ Thécil et Upharsin, que jamais ait tracés main ou plume de guerrier. — Âh ! grand Dieu, prenez compassion de moi ! je ne suis pas un ministre de paroisse ; ce que Daniel lut était l'écriture précise^ sévère et sublime du Sei-

* Dans la dépêche nine originale :

Slava bogu ! statua vam ! ' .

Krepost vzala,jr Ha tant.

- C'est une espèce de couplet. Suwarow .était poète.

{Note de Lord Byt-on, )

gneur ; qqant au prophète y il n'eut jamais Tidée de plaisanter ^ur \çi sort des uations. -^ Et voilà ce Russe qui garde assez de préseuce d'esprit pour rimer, comme Nérou, sur une ville enOammée !

135. Cette mélodie polaire, il la composa sous l'acCompaguement des cris et des hurlemens d'une population massacrée ; peu de gens , je l'espère ^ ^ essaieront de la chanter , paais que du moins personne ne l'oublie! —-Je voudrais, s'il était posrsible y apprendre aux pierres insensibles à se soulever contre les tyrans de la terre. Âh! que Ton ne dise plus que nous soyons encore sous le pied des trônes ; — et vous, .enfans de nos enfans , souvenez-» vous que nous avons tracé Tioiage fidèle des choses telles quelles étaient avant que le monde ne fût libre !

1 36. Cette heure n'a pas encore éonné pour nous, mais vous Telittendrez ^ et comme dans l'extase de votre rénovation vous auriez peine à croire la vérité de ce qui se passe aujourd'hui , je juge à propos de l'écrire pour votre instruction. Mais plutôt eii périsse entièrement la mémoire! «— et si par hasard vous vous rappelez notre siècle , méprisez-nous plus profbndémenjt que nous ne méprisons les sauvages. * Ceux-là j^ezgf/ient, il est vrai, leurs membres nus y mais ce n'est pas avec du sang.

1 37 . Et quand vous entendre? les historiens parler de trônes et de ceux qui les remplissent , reportez-vous aux pensées qu'inspirent les os gigantes-

ques de Mamm^th ' ; demandez-vouft ce que l'aDcien monde pouvait fiiire de pareils objets, ou compa-rez4es aux hiéroglyphes égyptiens^ ces piquantes énigmes offertes aux âges futurs ^ et sur lesquelle» on fait tant de conjectures chimériques pour expliquer le but heureusement caché de la construction des pyramides.

438. Lecteur! j'ai tenu ma parole^ — du moins tout ce que je vous avais promis dans le chant cinquième. Vous avez eu des esquisses d'amour, de tempête , de voyage et de guerre : -^ le tout , vous en conviendrez y dessiné avec soin et digne de Tépopée, si ma véracité n'était pas un motif d'exclusion. J'ai beaucoup moins délayé mon thème que mes prédécesseurs en poésie. Je chante avec négligence , mais Phébus daigne de temsen tems me présenter une corde

1 39. Qui tour à tour exprime sous mes doigts les • accens de la harpe , du luth ou du violon ^. Pour ce qui advint ensuite au héros de cette grande intrigue

' Yoyesla note de la strophe 38 du chant ix. ' « Encore le bon mot trivial gui gâte Tidee noble.

{NoUdeM.A.P.)

Cette note da premier traducteur est fort injuste. H n^ a dans le texte anglais ni trûfiaUté, ni bon mot , ni prétention à Vidée nolde; la pensée de Byron est claire, simple et vraie. Le mot fiddlcf violon , est en anglais fort po<$tique , et Pon ne peut même expliquer pourquoi notre poéne en dédaigne Femploi. Je Mfmarqnerai , à ce Aijet / que chez nous presque tons lés mot^.qni «tpriment des idées modenvs iie wHit pas admis dans la poésie lioUe. J'en citerai pour exemple fusil f baïonnette , violon, canon y etc. Kien ne montre mieux VasservisseiBieiit de notre prosodie aux routines de Tantiquité.

poétique ^ il ne tiendrait qu'à moi de^ tous le raconter tout au long ; mais j'aime mieux faire une pause tout au beau milieu de ma courae ^ après m'étre fati* gué à battre les opiniâtres murs dlsmall. Et cependant Juan est changé d'une dépêche dont on attend impatiemment l'arrivée à Pétersbourg.

1 40. Cet honneur lui fut conféré en récompense de son courage et de son humanité ] — <- car les hommes finissent par rendre hommage à cette vertu ^ après avoir long-tems suivi, par vanité, leurs inspirations féroces. Juan reçut quelques complimens pour avoir sauvé d^ùn délire de carnage son innocente petite captive ^ et je suis sûr qu'il eut plus de joie de la. voir préservée de la mort, que de son nouveau ruban de Saint- Vladimir.

1 41 . L'orpheline musulmane suivît son protecteur^ car elle n'avait plus d'asile, de maison, de ressources. Tous ceux qui l'avaient aimée , semblables à la triste famille d'Hector , avaient péri sur les murs ou dans l'enceinte de la ville , et sa patrie elle-même n'était ^que le spectre d'elle-même. Désormais le muezzin ' ne devait plus appeler les citoyens à la prière 5 — Juan pleurait, et jurait de défendre sa jeune orphe^ Une. Il ne fut pas parjure.

' Nom du pré^e cpii tous les jours appelle les Trais croyans à la prière «la haut de la galerie extërîeare des minarets. « Quand le muezxin a une » belle .Toi±y dit Byron, dans les notes du Giaour, Teffet produit par 9> les derniers mots ^'U prononce , Allah ! Hu ! est plus solennel et plus » imposant que celui des meilleur^ cloches chrétiennes. »

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