‹ Œuvres complètes: Avec un commentaire historique et critique, Volume 1Chapitre 38 sur 78 · XL VII · texte numérisé non relu

XL VII

Le doux sommeil, paix et plaisir m'ordonne, Et le réveil guerre et douleur m*apporte :

Le faux me plaist, le vray me deconforte :

Le jour tout mal, la nuict tout bien me donne.

S'il est ainsi, soit en toute personne La vérité ensevelie et morte, O animaux de plus heureuse sorte, Dont Tceil six mois le dormir n'abandonne !

Que le sommeil à la mort soit semblant.

Que le veiller de vie ait le semblant, Je ne le dy, et le croy moins encores :

Où s'il est vray puis que le jour me nuit

Puis que la mort, ô mort, vueilles doncq'ores Clorre mes veux d'une éternelle nuict.

Père Océan, commencement des choses.

Des Dieux marins le sceptre vertueux, Qjji maint ruisseau et fleuve impétueux En ton sein large enfermes et composes.

Tu ne sens point, quand moins tu te reposes.

Plus s'irriter de flots tempestueux Contre tes bords, qu'en mon cœur fluctueux Je sens de vents et tempestes encloses.

Helas! recoy mes chaudes larmes doncques

En ton liquide : esteins leur feu, si oncques Tu as senty d'amour quelque scintille.

Et si tes eaux peuvent le feu esteindre Qui rend la foudre et trident inutile.

Et qui se fait jusques aux enfers craindre.

Il8 ŒUVRES COMPLÈTES DE J. DU BELLAY

Sacré rameau de céleste présage,

Rameau par qui la colombe ennuyée Au demeurant de la terre noyée Porta jadis un si joyeux message :

Heureux rameau, sous qui gist à Tombrage La douce paix icy tant désirée, Alors que Mars et la discorde irée Ont tout remply de feu, de sang, de rage :

S'il est ainsi que par les safnts esprits Sois tant loué, helas I reçoy mes cris, O mon seul bien, ô mon espoir en terre !

Qpi seulement ne me tesmoignes ores

Paix, et beau temps : mais toy mesmes encores Me peux sauver de naufrage et de guerre.

Si mes pensers vous estoyent tous ouvers, Si de parler mon cœur avoit Tusage Si ma constance estoit peinte au visage.

Si mes ennuis vous estoyent descouvers.

Si les souspirs, si les pleurs, si les vers,

Monstroyent au vif une amoureuse rage Lors je pourroy' fléchir vostre courage, Voire à pitié mouvoir tout l'univers.

Adoncq* amour, seul tesmoin de ma peine.

Vous pourroit estre une preuve certaine De ma fidèle et serve loyauté,

Qui d'aussi loin devant les autres passe, Que le parfait de vostre belle face Hausse le chef sur toute autre beauté.

O toy à qui a esté ottroyé

Voir ceste flamme ardent qui s'entretient En l'estomac du Géant qui soustient Un mont de feu sur son dos foudroyé :

l'olive 119

Et cestuy-là qui Toiseau dédié

Au Dieu vengeur qui la foudre en main tient,

Paist d'un poulmon, qui toujours luy revient,

Au froit sommet de Caucase lié :

Je te supply' imaginer encore

Ce qui mon cœur brusle, englace et dévore.

Sans me donner loisir de respirer.

Lors me diras, voyant ma peine telle,

Tu sers d'exemple à qui ose aspirer

Trop hardiment à chose non mortelle.

UI

Mère d'Amour, et fille de la Mer,

Du cercle tiers lumière souveraine,

Qpi ciel et terre, et champs semez d'arène

Peux jusqu'au fond des ondes enflammer, Toy qui le doux mesles avec l'amer, .

Qpand ce beau ris que le ciel r'asserene,

De tous les Dieux le plus cruel refrène,

Et le contraint ton aide reclamer :

Dont luy tout plein de ce tant doux venin

Entre ces bras paist son œil jà bénin

En ta divine et céleste beauté :

Te plaise (helas !) Déesse à ma prière,

Fleschir un peu ceste mienne guerrière

Qpi a trop plus que Mars de cruauté.

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