‹ Œuvres complètes: Avec un commentaire historique et critique, Volume 1Chapitre 39 sur 78 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Voyant au ciel tant de flambeaux ardents.

Je dy souvent, ô beauté nompareille.

Si le dehors est si plein de merveille

Combien parfait doit estre le dedans?

Si tes beaux yeux traits et flammes dardans

Luisent sur moy, mon ame se re veille

Au paradis, que ta bouche vermeille

Ouvre aux esprits qui te sont regardans :

Mais quand je sens sou$ ta douce beauté

L'horrible enfer de ta grand' cruauté.

Ce qui est beau me semble estre cruel :

Mesme le ciel qui tant me souloit rire

Me fait douter si plaisant je doy dire Son beau séjour, qui est perpétuel.

Or' que la nuict son char estoilé guide, Qpi le silence et le sommeil rameine, Me plaist lascher, pour desaigrir ma peine, Aux pleurs, aux cris et aux souspirs la bride,

O ciel ! ô terre ! ô élément liquide \

O vent ! ô bois ! rochers, montaigne et pleine, Tout lieu désert, tout rivage et fontaine, Tout lieu remply, et tout espace vu'ide !

O demy Dieux ! ô vous Nymphes des bois !

Nymphes des eaux, tous animaux divers, Si oncq'avez senty quelque amitié,

Vueillez piteux ouïr ma triste voix,

Puis que ma foy, mon amour et mes vers N'ont sçeu trouver en ma Dame pitié.

O faible esprit, chargé de tant de peines.

Que ne veux-tu sous la terre descendre ?

O cœur ardent, que n'es-tu mis en cendre ?

O tristes yeux, que n'êtes-vous fontaine ?

O bien heureux, ô peines trop certaines !

O doux sçavoir, trop amer à comprendre !

O Dieu qui fais que tant j'ose entreprendre,

Pourquoi rends-tu mes entreprises vaines ?

O jeune archer, archer qui n'as point d'yeux.

Pourquoi si droit as-tu pris ta visée ?

O vif flambeau qui embrases les Dieux, Pourquoi as-tu ma froideur attisée ?

O face d'ange ! ô cœur de pierre dure !

Regarde au moins le tourment" que j'endure.

Amour voulant hausser le chef vainqueur Dessus la crainte à la noire séquelle, Mit Tespérance et sa bande avec elle, Sa bande blanche au plus fort de mon cœur.

Amour est fort, mais faible est la vigueur De Tespérance, et la tombe cruelle A ceint le lieu d'horreur perpétuelle Le foudroyant du canon de rigueur.

Mais repoussez T effort de la gent noire, Vous qui tenez le fort de la victoire, N'avez-vous point de vos sujects esmoy ?

Si vous souffrez que ceste prise advienne.

Vous y aurez plus grand' perte que mo\', Veu que la place est plus vostre que mienne.

Qui nombre a, quand Tastre, qui plus luit, Jà le milieu du bas cercle environne, Tous ces beaux feux qui font une couronne Aux noirs cheveux de la plus claire nuict.

Et qui a sçeu combien de fleurs produit

Le verd printemps, combien de fruits rautoinnc. Et les thrésors, que l'Inde riche donne Au marinier qu'avarice conduit :

Qui a compté les estincelles vives

D'Atne ou Vésuve, et les flots qui en mer Heurtent le front des escumeuses rives :

Celuy encor' d'une, qui tout excelle.

Peut les vertus et beautcz estimer, Et les tourments que j'ai pour l'amour d'elle.

C'est humeur vient de mon œil qui adore

Ton saint pourtrait, seul Dieu de mon soucy : De mon coeur part maint souspir adoucy, De tes yeux fort le feu qui me dévore.

Doncques le pris de celuy qui t'honore,

Est-ce la mort et le marbre endurcy ?

O pleurs ingrats ! ingrats souspirs aussi,

Mon feu, ma mort, et ta rigueur encore, De mon esprit les ailes sont guidées

Jusques au sein des plus hautes idées

Idolastrant ta céleste beauté.

O doux pleurer ! ô donx souspirs cuisans !

O douce ardeur de deux soleils luisans !

O douce mort ! ô douce cruauté !

Moy, que l'Amour a fait plus d'un Leandre, De cest oiseau prendray le blanc pennage.

Qui en chantant plaint la fin de son aage Aux bords herbus du recourbé Méandre.

Dessous mes chants voudront (possible) apprendre Maint bois sacré et maint antre sauvage, Non guères loin de ce fameux rivage Où Meine va dedans Loyre se rendre.

Puis descendant en la saincte forest

Où maint amant à l'ombrage encor' est, Iray chanter au bord oblivieux,

D'où arrachant vostre bruit nompareil.

De revoler ici haut envieux, Luy feray voir l'nu et l'autre Soleil-

Divin Ronsard qui de l'arc à sept cordes Tiras premier au but de la ir.emoire Les traicts allez de la Françoise gloire.

Que sur ton luth hautement tu accordes.

Fameux harpeur et Prince de nos Odes Laisse ton Loir hautain de ta victoire.

Et viens sonner au rivage de Loyre De tes chansons les plus nouvelles modes.

Enfonce l'arc du vieil Thebain archer, Où nul que toy ne sceut onc encocher Des doctes sœurs les sagettes divines.

l'olï\^

Porte pour moy parmi le ciel des Gaules

Le saint honneur des Nymphes angevines, Trop pesant fais pour mes faibles espauîcs.

Assez, mes vers, portez dessus vos ailes

Les saints rameaux de ma plante divine.

Seul ornement de la terre angevine.

Et de mon cœur les vives estincelles.

De vostre sol les bornes seront telles

Que, dès l'Aurore, où le soleil décline, Je voy desja le monde qui s'incline A la beauté des beautez immortelles.

Si quelqu'un né sous amoureuse estoile

Daigne esclaircir l'obscur de notre voile, Priez qu'Amour luy soit moins rigoureux

Mais s'il ne veut ou ne peut concevoir Ce que je sens, souhaitez-luy de voir L'heureux objea qui me fait malheureux.

Qui voudra voir le plus précieux arbre, Que l'Orient ou le Midy avoue.

Vienne où mon fleuve en ses ondes se joue, Il y verra l'or^ l'ivoire et le marbre.

Il y verra les perles, le cynabre, Et le cristal, et dira que je loue Un dign.e objet de Florence et Mantoue, De Smyme encor', de Thebes et Calabrc :

Encor dira que la Touvre, et la Seine Avec la Sone arriveroyent à peine A la moitié d'uii. ' divin ouvrage :

Ne cestuy-là qui n'aguere a fait lire

En lettres d'or gravé 'nr son rivage

Le vieil honneur de l'uj^ne et l'autre lyre.

jà

Ma plus gtand' force estoit rettraite au cœur, Et contre Amour faisait plus de défense, Qjjand ce cruel pour vanger telle offense.

Fut par mes yeux de ma vertu vainqueur.

Lors de ses traicts ne sentoy' la rigueur,

Lors je n'auroy' de son feu cognoissance, Lors ne cuidoy* que sa haute puissance Sur ma foiblesse eust aucune vigueur.

Mais, ô le fruit de ma belle entreprise !

Il a choisi pour gain de ma victoire Au plus haut ciel la beauté qui me tue :

Là faut cercher le bien que tant je prise,

Faisant à tous par mon malheur notoire, QjLie l'homme en vain contre Dieu s'esvertue.

Comme jadis l'ame de l'Univers

Enamourée en sa beauté profonde

Pour façonner ceste grande forme ronde.

Et l'enrichir de ses thresors divers.

Courbant sur nous son temple aux yeux ouverts. Sépara l'air, le feu, la terre et l'onde, Et pour tirer les semences du monde, Sonda les creux des abismes couverts.

Non autrement, ô l'âme de ma vie !

Tu fus à toy par toy-mesme ravie.

Te voyant peinte en mon affection.

Lors ton regard d'un accord plus humain Lia mes sens où l'Amour de sa main Forma le rond de ta perfection.

Ces cheveux d'or, ce front Je marbre, et celle Bouche d'oeillets et <^ lis toute pleine, Ces doux souspir5, ceste odorante haleine.

Et de ces veux l/une et l'autre estincelle.

Ce chant divin qui les âmes r' appelle,

Ce chaste ris, enchanteur de ma peine, Ce corps, ce tout, bref ceste pins qu'humaine Douce beauté si cruellement belle.

Ce port humain, ceste grâce gentille.

Ce vif esprit et ce doux grave stile.

Ce haut penser, cest' honnête silence Ce sont les haims, les appas et Tamorce :

Les traicts, les retz, qui ma débile force.

Ont captivé d'une humble violence.

Pour mettre en vous sa plus grande beauté, Le ciel ouvTÎt ses plus riches thresors :

Amour choisit de ses traicts les plus forts.

Pour me tirer sa plus grand'cruauté.

Les astres n'ont de luire liberté,

Quand le soleil ses rayons met dehors :

Où apparoist vostre céleste corps, La beauté mesme y perdroit sa clarté.

Si le tourment de mes affections

Croist à Fegal de vos perfections

Et si en vous plus qu'en moy je demeure,

Pourquoy n'as-tu, ô fiere destinée.

Rompu le fil de ma vie obstinée ?

Je ne croy point que de douleur on meure.

Sus, chauds souspirs, allez à ce froid cœur,. Rompez ce glas qui ma poitrine enflamme, Et vous, mes yeux, deux tesmoins de ma flamme, Faictes plouvoir une triste liqueur :

Allez, pensers, fleschir cette rigueur,

Engravez-moi au marbre de ceste ame.

Et vous, mes vers, criez devant Madame, Mort ou merci soit fin de ma langueur.

Dictes comment ces tenailles cTyvoire, Pour animer l'immortel de sa gloire Ont arraché mon esprit de sa place,

Et que mon cœur rien qu'elle ne respire I O bien-heureux qui voit sa belle face !

O bien-heureux qui pour elle souspire !

Qye n'es-tu las, mon désir de tout suivre Celle qui est tant gaillarde à la fuite ?

Ne la vois-tu devant ma lente suite De lacqs d'Amour voler franche et délivre ?

Ce faux espoir, dont la douceur m'eny\Te

Tout en un point m'arreste et puis m'incite Me pousse en haut, et puis me précipite, Me faict mourir et puis me faict revivre.

Ainsi courant de sommets en sommets Avec Amour, je ne pense jamais.

Fol désir mien, à te hausser la bride.

Bien m'as-tu donc mis en proye au danger, Si je ne puis à mon gré te ranger.

Et si j'ay pris un aveugle pour guide.

L'enfant cruel de sa main la plus forte M'ouNTÎt le flanc qui est le plus débile Plantant au roc de mon cœur immobile Le sainct rameau qu'en mon ame je porte.

Toute vertu, tout honneur, toute sorte De bonne grâce et de façon gentille Sont pour racine à la plante fenile.

Dont la hauteur jusqu'au ciel me transporte.

L'eau de mes yeux et la vive chaleur

De mes souspirs en vigueur la maintiennent :

Son pasie tein ressemble à ma couleur.

Là mes escrits fueuille seiche deviennent :

Mon vain espoir y est toujours en fleur Et mes ennuis sont les fruicts qui en viennent.

l'olivi ' 127

Cent mille fois, et en cent mille lieux

Vous rencontrant, à ma douce guerrière,

Le pied tremblant me retire en arrière

Pour avoir paix avecques vos beaux yeux.

Mais je ne puis, et ne pourroient les dieux

Frcner le cours de ma volonté fiere :

Si je le puis, la superbe rivière

Fera le mien monter jusques aux cieux.

Que te sert doncq' esloigner le vainqueur,

O toi, mon œil ! si au milieu du cœur

Je sens le fer dont il faut que je meure ?

Ainsi le cerf par la plaine eslancé

Evite l'arc meurtrier qui Ta blessé.

Mais non le traict, qui tousjours luy demeure.

Le crespe honneur de cest or blondissant

Sur cest argent uni de tous costez.

Sur deux soleils deux petits arcs voûtez,

Deux petits brins de coral rougissant, Ce clair vermeil, ce vermeil unissant

Œillets et lys freschement enfantez,

Ces deux beaux rangs de perles bien plantez

Et tout ce rond en deux parts finissant.

Ce val d'albastre et ces costeaux d'yvoire

Qui vont ainsi comme les flots de Loyre

Au lent souspir d'un Zephire adouci.

C'est le moins beau des beautez de Madame,

Mieux engravée au marbre de mon ame

Qpe sur mon front n'en est peint le souci.

Ce voile blanc que vous m'avez donné,

Je le compare à ma foy nette et franche :

L'antique foy portoit la robbe blanche,' Mon cœur tout blanc est pour vous ordonné.

^?sr

Son beau carré d'ouvTage environné,

Seul ornement et thresor de ma manche, Pour vostre nom porte l'heureuse branche De Tarbre sainct, dont je suis couronné.

Mille couleurs par Tesguille y sont jointes,

Amour a faict en mon cœur mille pointes.

Là sont encor' sans fruict bien mille fleurs,

O voile heureux, combien tu es utile

Pour essuyer Toeil, qui en vain distile

Du fond du cœur mille ruisseaux de pleurs.

Le beau cristal des saincts yeux de Madame Entre les lis et roses degouttoit, Et cependant amour qui le goustoit En arrousa le jardin de mon ame.

Au souspirer, qui les marbres entame, Le ciel pleurant, et triste se voutoit, Et le soleil, qui plaindre Tescoutoit S'osta du chef les rayons de sa flamme.

Les vents brusloient d'une chaste amitié L'air, qui autour s'enflammoit de pitié.

En fit plouvoir une triste rousée

Mes yeux estoient deux fontaines de pleurs, La terre adonc qui en fust arrousée En fît sortir mille amoureuses fleurs.

Si le pinceau pouvoit monstrer aux yeux Ce que le ciel, les dieux et la nature Ont peint en vous, plus vivante peinture Ne virent oncq' de Grèce les ayeux.

Toy doncq' amant, dont l'œil trop curieux Pren seulement des beautez nourriture, Fiche ta veuë en ceste pourtraiture Dont la beauté plairoit aux.plus beaux Dieux.

Mais si la vive et immortelle image

Ne te desplait, seule qui le dommage

De maladie, ou du temps ne doit craindre :

l'olive 129

Voy ses escripts, oy son divin sçavoir.

Qpi mieux au vif l'esprit te fera voir, Qmc le visage Apelle n'eust sçeu peindre.

N^Tnphes meslez vos plus merveilles roses Parmi le lys qui sont plus blanchissans, Et les œillets qui sont plus rougissans, Parmi les fleurs plus fraischement decloses.

De tout cela, et des plus belles choses

Que vous ayez en vos prez verdissants,

Faites bouquets et chapeaux florissans.

Or' que des champs les beautez sont encloses.

Et toy, ^ui fais du monde le grand tour, Bien que tu n*ais au Taureau fait retour.

En mille fleurs et mil' et mil' encore.

Peins mes ennuis, et qu'on y puisse lire

Le nom qu'Anjou doit sur tout autre élire Pour décorer celle qui le décore.

Qjiant la fureur, qui bat les grands coupeaux. Hors de mon cœur l'Olive arrachera, Avec le chien le loup se couchera.

Fidèle garde aux timides troupeaux :

Le ciel, qui void avec tant de flambeaux, Le violent de son cours cessera :

Le feu sans chaud et sans clarté sera, Obscur le rond des deux astres plus beaux :

Tous animaux changeront de séjour

L'un avec l'autre, et au plus clair du jour Ressemblera la nuict humide et sombre :

Des prez seront semblables les couleurs,

La mer sans eau, et les forests sans ombre.

Et sans odeur les roses et les fleurs. .

■Ip^*

O fleuve heureux, qui as sur ton rivage De mon amer la tant douce racine, De ma douteur la seule médecine, Et de ma soif le désiré breuvage !

O roc feutré d'un verd tapis sauvage !

O de mes vers la source cabaline !

O belles fleurs ! 6 liqueur cristaline !

Plaisirs de l'oeil qui me tient en servage,

Je ne suis pas sur vostre aise envieux Maïs si j'avoy' pitoyables les Dieux, Puisque le ciel de mon bien vous honore,

Vous sentiriez aujsi ma flamme vive,

Ou comme vous, je seroy' fleuve et rive, Roc, source, fleur, et ruisselet encore.

Lxxvni

La canicule au plus chaud de sa rage

Ne fait trouver la fraische onde si belle, Ni Tarbrisseau si doucement appelle Le voyageur au frais de son ombrage :

La santé n'est de si joyeux présage

Au lent retour de sa clarté nouvelle, Qpe le plaisir en moy se renouvelle, Qpand j'apperçoy l'angelique visage.

Soit qu'en riant ses lèvres coralines

Monstrent deux rancs de perles çristalines.

Soit qu'elle parle, ou danse, ou balle, ou chante.

Soit que sa voix divinement accprde Avecq' le son de la parlante corde.

Tous mes ennuis doucement elle enchante.

Du ciel descend tout céleste pouvoir,

Pour décorer cest ame bien-heureuse, Qjil dessus toy ma terre plantureuse Comme un Phcenix fait ses ailes mouvoir.

GoogI

LOLIVE

Le Dieu de Loyre, enfiammé de la voir,

Ard jusqu'au fond de son onde plus creuse.

O grand' beauté, à puissance amoureuse.

Qui fait aux eaiix nouveau feu concevoir !

S'elle est à rive, il semble que les fleuves

Tardent leurs cours : s'elle erre par les bois, Les chesnes vieux en prennent robbes neuves.

Le ciel courbé se mire dans ses yeux, Echo respond à sa divine voix Qui fait mourir les hommes et les Dieux

Toy qui courant à voile haute et pleine.

Sage, rusé et bien-heureux nocher.

Loin du destroit, du pyrate, et rocher, Voles hardi où le désir te meine :

Ne crains pourtant, oyant ma souveraine Caler la voile, ou les ancres lascher.

Sa douce voix ne te pourra fascher, Voix angelique, et non d'une sereine.

Si tu la vois, tu verras le soleil

Du beau visage, à cestuy-là pareil Que rOcéan de ses longs bras enserre.

O mille fois le bien aimé des Dieux,

Qui sans mourir, et sans voler aux deux, Peut contempler le paradis en terre !

Celle qui tient Taile de mon désir.

Par un seul ns achemine ma trace Au paradis de sa divine grâce, Divin séjour du Dieu de mon plaisir.

Là les amours volent tout à loisir.

Là est rhonneur engravé sur sa face.

Là les vertus, ornement de sa race,

Là les beautez qu'au ciel on peut choisir.

Mais si d'un œil foudroyant elle tire

Dessus mon chef quelque traict de son ire, L'abisme au fond de l'etemeUe nuia.

Là n*est ma soif aux ondes périssante, Là mon espoir et se fuit et se suit.

Là meurt sans fin ma peine renaissante.

Vous qui aux bois, aux fleuves, aux campagnes, A cr)', à cor, et à course hastive Suy\'ez des cerfs la trace fugitive, Avecq* Diane et les^iymphes compagnes :

Et toy ô Dieu, qui mon rivage bagnes.

As-tu point veu une nymphe craintive Qui va menant ma liberté captive, Par les sommets des plus hautes montagnes ?

Hélas ! enfans, si le sort malheureux

Vous monstre à nu sa cruelle beauté.

Que telle ardeur longuement ne vous tienne.

Trop fut celuy chasseur avantureux, Qui de ses chiens sentit la cruauté Pour avoir veu la chaste Cynthienne.

Déjà la nuict en son parc amassoit

Un grand troupeau d*estoilles vagabondes, Et pour entrer aux cavernes profondes.

Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassoît.

Déjà le ciel aux Indes rougîssoit,

Et Taube encor' de ses tresses tant blondes Faisant gresler mille perlettes rondes, De ses thresors les prés enrichissoit :

Qpand d'Occident, comme une estoille vive Je vy sortir dessus ta verde rive, O fleuve mien, une Nymphe en riant.

Alors voyant ceste nouvelle Aurore,

Le jour honteux d'un double tein colore Et l'Angevin et l'indique Orient.

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L'oLn'E 133

LXXXrV'

Seul et pensif par la desene plaine

Resvant au bien qui me fait douloureux.

Les longs baisers des colombs amoureux Par leur plaisir firent croistre ma peine.

Heureux oiseau, que votre vie est pleine

De grand* douceur ! ô baisers savoureux I O moy deux fois et trois fois malheureux, Qui n*ay plaisir que d'espérance vaine !

Voyant encor' sur les bords de mon fleuve Du sep lascif les longs embrassemens De mes vieux maux je fis nouvelle espreuve.

Suis-je donc veuf de mes sacrez rameaux ? ' O vigne heureuse, heureux enlacemens, O bord heureus, ô bien heureux ormeaux.

Parmy les fleurs ce faux Amour tendit Une ré d'or légèrement coulante, Sous les rameaux d'une divine plante.

Où de pié quoy ce cruel m'attendit.

Bien me sembla que quelque voix me dit, Hoste les pas de ta course trop lente, Qu^^ une main doucement violente Serrant la corde à terre m'estendit.

Lors je fus pris et ne me prenoy' garde Qu'en mille nœuds lié je me regarde En la prison d'une beauté céleste :

Là e'st ma foy, geôlier nuit et jour,

O douce chartre ! ô bien-heureux séjour Qui m'a rendu la liberté moleste.

Près d'un boccage, au milieu d'un beau pré

Où d'un ruisseau la fraischeur toujours dure Je te feray un autel de verdure De mille fleurs tout autour diapré.

I}4 ŒrV'RES COMPLèTES DE J. DU BELLAY

LA je pendray en un tableau sacré

A ton saint nom une riche peinture, Où je feray de vers une ceinture, De mille vers s'ils te viennent à gré.

Souspire donc de ta plus douce haleine, Me déscouvrant sur le col de porphyre Ces laqs dorez coulpables de ma peine.

Ainsi des vents te soit donné TEmplre,

Ainsi ta Flore, ô bien heureux Zephyre, Te soit toujours et toujours plus humaine.

Vent doux soufflant, vent des monts souverain, Qui voletant d'ailes bien empennées Fais respirer de souêves halenées Ta douce Flore au visage serain.

Pren de mes mains ce vase, qui est plein De mille fleurs, avec Taurore nées. Et mir encor* à toy seul destinées.

Pour t'en cou\Tir et le front et le sein.

En cependant au thresor de ces rives Je pilleray ces emeraudes vives, Ces beaux rubis, ces perles, et sapWrs

Pour mettre en l'or des tresses vagabondes Qui çà qui là folastrent en leurs ondes, Grosses du vent de tes plus doux souspirs.

Lxxxvm

Si longue foy peut mériter mercy, J'auray le gain de ma perte passée, Si mon destin toute ardeur n'a chassée Du beau soleil, dont je suis esclarcy.

Amour qui fut longuement endurcy, Ores piteux à mon ame offîensée, A mis les yeux au creux de ma pensée, Clair à luy seul, à tout autre obscurcy.

La forest prend sa verde robbe neuve,

La terre aussi, qui n'aguere estoit veuve, Promet de fruits une accroissance pleine.

L OLIIT

Or cesse donc Thyver de mes douleurs, Et vous plaisirs, naissez avec les fleurs Au beau soleil que mon printemps rameine.

Zephyre soufle, et sa Dame ramené

Les belles fleurs dont la terre est couverte : La forest neuve oit sur sa teste verte Progne gémir, et plaindre Philomene.

Le ciel trompeur, qui le front rassérène.

De ses thresors nous tient la porte ouverte, •Et pour tirer un gain de nostre perte, De nouveaux fruits la nature a fait plaine.

Tous animaux qui cheminent, et nouent,

Qjii vous glissant, et qui par Tair se jouent Sentent le feu, et je suis le feu mesme.

Vous seulement osez faire la guerre

Contre celuy dont la puissance extrême Doute le ciel, l'air, la mer, et la terre.

Toy qui fais voir la lumière incogneûe Au chaste flls du jaloux inhumain, Qpand tu pillas d*une trop docte main La proye en N'ain de Pluton retenue :

L'horrible Dieu qui tonne sur la nue,

Meu justement pour son frère germain, Darda les traits vangeurs du sort humain.

Te foudroyant, de sa flamme cogneùe.

Las moy chetif qui Toblivieux bord

Malgré T Enfer, Acheron et son port, Ay despouillé de sa plus riche proye!

Celle que j'ay fait compagne des Dieux,

Me bat, me poingt, me brusle, me foudroyé, Par les doux traits qui sortent de ses yeux.

Rendez à l'or ceste couleur qui dore

Ces blonds cheveux, rendez mil' autres choses,

A rOrient tant de perles encloses

Et au soleil ces beaux yeux que j'adore.

Rendez ces mains au blanc yvoire encore,

Ce sein au marbre, et ces lèvres aux roses, Ces doux souspirs aux fleurettes decîoses.

Et ce beau sein à la vermeille Aurore.

Rendez aussi à Tamour tous ces traits, Et à Venus ses grâces et attraits :

Rendez aux cieux leur céleste harmonie.

Rendez encor ce doux nom à son arbre,

Ou aux rochers rendez ce coeur de marbre.

Et aux lions cest humble felonnie.

Ce bref espoir, que ma tristesse allonge, Traitte à moy seul, et fidèle à Madame, Bien mille fois a promis à mon ame L'heureuse fin du soucy qui la ronge.

Mais quand je voy sa promesse estre un songe, Je le maudy, je le hay, je le blasme.

Puis tout soudain, je l'invoque et reclame Me repaissant de sa douce mensonge I

Plus d'une fois de moy je l'ay chassé :

Mais ce cruel, qui n'est jamais lassé De mon malheur, à vos yeux se va rendre.

Là fait sa plainte : et vous qui jours et nuicts Avecques luy riez de mes ennuis.

D'un seul regard le me faites reprendre

Ores je chante, et ores je lamente,

Si l'un me plaist, l'autre me plaist aussi, Qjii ne m'arreste à l'eflfet du soucy, Mais à l'object de ce qui me tourmente..

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^yj

Soit bien ou mal, desespoir ou attente,

Soit que je brusle, ou que je soy transi.

Ce m*est plaisir de demeurer ainsi :

Egalement de tout je me contente.

Ma Dame donc, Amour ma destinée.

Ne changent point de rigueur obstinée, Où haut ou bas la fortune me pousse.

Soit que je vive, ou bien soit que je meure, Le plus heureux des hommes je demeure, Tant mon amour a la racine douce.

Quand vos beaux yeux Amour en terre incline Et vos esprits en un souspir assemble Avec ses mains, et puis les desassemble - D'une voix claire, angelique et divine,

Alors de moy une douce rapine

Se fait en moy : je me perds, il me semble Que le penser, et le vouloir on m'emble Avec le coeur du fond de la poitrine.

Mais ce doux bruit, dont les divins accens Ont occupé la porte de mes sens, Retient le cours de mon ame ravie.

Voi]a comment sur le mestier humain

Non les trois sœurs, mais Amour de sa main Tist et retist la toile de ma vie.

Dieu qui reçois en ton giron humide

Les deux ruisseaux de mes yeux larmoyans.

Qui en tes eaux sans cesse toumoyans.

Enflent le cours de ta course liquide.

Quand fut-ce, ô Dieu, qu'en la carrière vuide De ton beau ciel, ces cheveux ondoyans, Comme tes fk«s au vent s'ebaiK>yans, Deçà de là vogoyent à pleine bride ?

Ce f^ alors. <|oe cent fnmplies capcnvs Emrt les bns, «ortircm nr lass mes, l.jjyuun le crem de u Uoode nuison :

Ce iat ^kyn qac les Dîeox et ramée, Firett wr un% ma terre fortonée, Renatstre For de raiitH|oe saboo.

XCM

X y |»r les bob ks Drv-ades courantes,

Ky par le» champs les fiers scadroas armez, Xy par les flots les grands vaisseaux ramez, Ky sur les fleurs les abeilles errantes,

Xy des forests ks tresses verdoyâmes,

Xy des o%'seaux ks corps bien empluraez Ky de b nuict les flambeaux aUumez Ky des rochers les traces cmdoyantes,

Ky ks piliers des saincts temples dorez, Ky les palais de marbre élaborez, Ky Tor encor', ni la perle tant claire,

Ky tout le beau que possède les cieux,

Ky le plaisir pourroit plaire à mes yeux Kc voyant point le soleil qui m*esclaire.

XCMl

QmI a peu voir la matinale rose

D*une liqueur céleste emmiellée, I Qpand la rougeur de blanc entremeslée

Sur le naif de sa branche repose :

> Il aura veu incliner toute chose

* A sa faveur : le pied ne Ta foulée,

] La main encor* ne Ta point violée,

i Et' le troupeau approcher d'elle n'ose :

Mais si elle est de sa tige arrachée,

De son beau tein la fraischeur descheissée Perd la faveur des hommes et des Dieux. ' Hélas I on veut la mienne dévorer,

Et je ne puis que, de loin, l'adorer 1 Par humbles vers (sans fruict) itigenieux.

/Gooc

. l'olive 139

S'il a dit vray, seiche pour moi Tombrage

De l'arbre sainct, ornement de mes vers,

Mon nom sans bruit erre par l'univers,

Pleuve sur moi du ciel toute la rage.

S'il a dit vTay de mes souspirs l'orage,

De cruauté les durs rochers couvers,

De desespoir les abysmes ouvers,

Et tout péril conspire en mon naufrage.

S'il a menty, la blanche main d'yvoire

Ceigne mon front de fueilles que j'honore :

Les astres soyent les bornes de ma gloire, Le ciel bénin me descouvre sa trace :

Vos deux beaux yeux, deux flambeaux que j'adore,

Guident ma nef au port de vostre grâce.

O fausse vieille, ô fille de l'Envie,

Et de l'Amour, fille qui à ton père

As enfanté dommage et vitupère,

En corrompant le miel de nostre vie. O geinne,*ô fléau de nostre fantasie,

Qui jusqu'en l'ame as ton cruel repère!

O le seul mal du bien que l'on espère,

Fausse aveuglée, inique Jalousie !

Vent pestilent, air infect, qui apportes

La mort au cœur par plus de mille portes

Sale harpye, oiseau de triste augure, Tu es le mal, qui ne crains, ô superbe !

Emplastre, unguent, jus de racine ou d'herbe,

Vers enchanté, ou magnifique figure.

Vieille qui prens de crainte nourriture, De faux rapport et de légère foy, Pourquoy fais-tu soudain que je te voy Geler mon feu d'une triste froidure ?

Si tu es donc à mes plaisirs si dure,

Pourquoy viens- tu loger avecqqes moy ?

Va te noyer en ce fleuve d'esmoy, Fleuve infernal, où le froid toujours dure.

Au fond d*enfer va pleurer tes ennuis, Parmi Tobscur des éternelles nuicts :

Pourquoy te plaist d'amour le beau séjour ?

Si la clarté les ombres espouvante :

Oses-tu bien, ô charongne puante.

Empoisonner le serain de mon jour ?

O que Tenfer estroittement enserre

Cest ennemi du doux repos humain, De qui premier la sacrilège main Arracha l'or du ventre de la terre.

Cestuy vrayemeni mena premier la guerre Contre le ciel, ce fier, cest inhumain Tua son père et son frère germain.

Et fut puni justement du tonnerre.

O peste, ô monstre, ô Dieu des maléfices.

Par toy premier, la cohorte des vices Sortit du creux de la nuict plus profonde.

Par toy encor* s'en revola d'ici

L'antique foy, et la justice aussi Avec l'amour, l'autre soleil du monde.

Des chiens veillans le long cri douloureux, Le soin du guet, et la ferrée porte, La tour d'airain pouvoient rendre assez forte Contre l'assaut du nocturne amoureux :

Trop en estoit le sort avantureux,

Mesm' à celuy que la vengeance porte, S'il ne se fust de sa divine sorte Changé en or ce métal malheureux.

C'est ce fier là, qui esgale aux campaignes

Les durs sommets des plus hautes montagnes.

Goo^le^

Plus foudroyant que nVst le trait des deux.

Le fer, le feu, les grands citez fermées,

Les hauts rampars, et les bandes armées, Donnent passage à Tor audacieux.

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Mais quel hyver seiche la verde souche

Des saincts rameaux, ombrage de ma vie ?

duel marbre encor', marbre pasle d'envie, Blesmit le tein de la merveille bouche ? /

Mais quelle main, quelle pillarde mouche Ravit ses fleurs, c'est toy fiévTe hardie, Qui fais languir par une maladie, ^

Moy en mon ame et Madame en sa couche.

O toy, que mère et marastre on appelle, As-tu donc fait une chose si belle Pour la deffaire ? ô Dieu qui n'as point d'yeux,

Si contre moy la nature conspire

Voire le ciel, la fortune et les Dieux, Défend au moins l'honneur de ton empire.

O Cytherée, ô gloire Paphienne,

Mère d'Amour, vien piteuse à la belle,

Qui le secours de tes grâces appelle,

Saincte, pudique, et chaste Cyprienne.

Soustien aussi. Vierge Tritonienne,

De ton vieux tige une branche nouvelle :

Toy, qui sortis de la saincte cen'elle,

Sage Pallas, Minerve Athénienne, Oyez encor' vous les deux yeux du monde.

L'honneur jumeau de l'isle vagabonde,

Le juste dueil de ce cœur gémissant.

'Ainsi la nuict tes baisers favorise.

Chaste Diane : ainsi Parnasse prise.

Docte Phœbus, ton laurier verdissant.

Esprit divin, que la trouppe honorée

Du double mont admire, en t'escoutant.

142 ŒUVRES COMPLèTES DE J. DU BELLAY

Cygne nouveau, qui voles en cliantant Du chaud rivage au froid liyperborée :

Si de ton bruit ma Lyre énamourée,

Ta gloire encor' ne va point racontant, J^aime, j'admire et adore pourtant Le haut voler de ta plume dorée.

L*Ame superbe adore sur sa rive.

Du sainct laurier la branche toujours vive, Et ta Délie enfle ta Sône lente.

Mon Loyre aussi demi-Dieu par mes vers, Bruslé d'amour estend les bras ouvers Au tige heureux qu'à ses rives je plante.

O noble esprit, de grâces allié,

Que ta vertu, la Muse et la Nature, Ont par destin, et non par avanture, Avec le mien estroittement lié :

O de mon cœur la seconde moitié :

Si de ton feu quelque scintile dure, Soulage un peu le tourment que j*endure.

Me consolant d'excuse, ou de pitié.

Inspire moy les tant douces fureurs, Dont tu chantas cette fiere beauté Qui t'aveugla à semblables erreurs.

Ainsi d'amour le feu puisse descendre, Pour amollir cest' humble cruauté En l'estomac de ta froide Cassandre.

Sus, sus mon âme, ouvre l'œil, et contemple L'arc triomphal de l'amour supernel.

Qui pour laver ton péché paternel Porta le fais de ta perte si ample.

Là, de pitié est le parfait exemple :

Sus donc mes vers, d'un vol sempiternel Portez mes vœnx en son temple éternel :

Le cœur fidèle est de Dieu le sainct temple.

S'il a servi pour rendre l'homme franc, S'il a purgé mes péchez de son sang, Et s'il est mort pour ma vie asseurer.

S'il a gousté l'amer de mes douleurs, Prodigues yeux ne devez-vous pleurer D'avoir sans fruict despendu tant de pleurs ?

O Seigneur Dieu, qui pour l'humaine race As été seul de ton père envoyé Guide les pas de ce cœur desvoyé L'acheminant au sentier de ta grâce.

Tu as premier du ciel ouvert la trace.

Par toy la mort a son dard estuyé, Console donc cet esprit ennuyé, Que la douleur de mes péchez embrasse.

Vien, et le bras de ton secours apporte A ma raison qui n'est pas assez forte, Vien esveiller ce mien esprit dormant :

D'un nouveau feu brusle moy jusqu'à l'ame, Tant que l'ardeur de ta céleste flamme Face oublier de l'autre le tourment.

Père du ciel, si mil' et mille fois . Au gré du corps, qui mon désir convie, Or que je suis au printemps de ma vie, J'ai asservi et la plume, et la voix :

Toy qui du cœur les abysmes cognois, Ains que l'hyver ait ma force ravie, Fay moy brusler d'une céleste envie Pour mieux gouster la douceur de tes loix.

Las, si tu fais comparoistre ma faute Au jugement de ta majesté haute Où mes forfaits me viendront accuser,

dui me pourra défendre de ton ire ?

Mon grand péché veut me condamner. Sire, Mais ta bonté me peut bien excuser !

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Dieu, qui changeant avec obscure mort Ta bien-heureuse et immortelle vie Fus aux pécheurs prodigue de ta vie, Pour les tirer de Teternelle mort :

Telle pitié coulpable de ta mort

Guide les pas de ma fascheuse vie Tant que par toy, à plus joyeuse vie Je soy* conduit du travail de la mort.

N'avise point, ô Seigneur, que ma \'ie Ke soit noyée aux ondes de la mort, Qpi me distrait d'une si douce vie ;

Oste la palme à ceste injuste mort Qui jà s'en va superbe de ma vie, Et morte soy toujours pour moy la mort,

Voici le jour que Teternel amant

Fit par sa mort viwe sa bien-aimée,

QmI telle mort au cceur n'a imprimée, , ^

O Seigneur Dieu, est plus que diamant.

Mais qui pourra sentir ce doux tourment, Si l'ame n'est par l'amour enflammée ?

Souffle luy donc, pour la rendre allumée, L'esprit divin de ton feu véhément.

Pleurez, Aies yeux, de sa mort la mémoire,

Chantez, mes vers, l'honneur de sa victoire, Et toy, mon cœur, fay-luy son deu hommage.

O que mon Roy est invincible et fort !

O qu'il a fait grand gain de son dommage, Qpi en mourant triomphe de la mort.

Dedans le clos des occultes idées.

Au grand troupeau des âmes immortelles.

Le prévoyant a choisi les plus belles Pour estre à luy par luy mesme guidées.

Lors peu à peu devers le ciel guindées Dessus l'engin de leurs divines ailes Volent au sein des beautez éternelles Où elles sont de tout vice eniondées.

Le juste seul ses eleuz justifie,

Les reanime en leur première vie, Et a son fils les fait quasi égaux.

Si donc le ciel est leur propre héritage, Qui les pourra frauder de leur partage Au poinct qui est rextrême de tous maux ?

Si nostre vie est moins qu'une journée En l'éternel, si l'an qui fait le tour Chasse nos jours sans espoir de retour.

Si périssable est toute chose née,

Que songes- tu, mon ame emprisonnée ?

Pourquoy te plaist l'obscur de nostre jour, Si, pour voler en un plus clair séjour, Tu as au dos l'aile bien empennée ?

Là est le bien que tout esprit désire.

Là le repos où tout le monde aspire.

Là est l'amour, là le plaisir encore.

Là, ô mon cœur, au plus haut ciel guidée.

Tu y pourras recognoistre l'Idée De la beauté qu'en ce monde j'adore.

Arriére, arrière, ô méchant populaire,

O que je hais ce faux peuple ignorant !

Doctes esprits, favorisez les vers

Que veut chanter l'humble prestre des Muses.

Te plaise donc, ma Roy ne, ma Déesse, De ton sainct nom les immortalizer, Avec celui qui au temple d'Amour Baise les pieds de ta divine image*

O toy, qui tien le vol de mon esprit.

Aveugle oiseau, dessille un peu tes yeux.

Pour mieux tracer l'obscur chemin des nues.

Et VOUS, mes vers délivres et légers,

Pour mieux atteindre aux célestes beautez Courez par l'air d'une aile inusitée.

De quel soleil, de quel divin flambeau

Vint tort ardeur ? lequel des plus hauts Dieux Pour te combler du parfait de son mieux, ; Du Vandosmois te fit Tastre nouveau ?

Quel Cygne encor' des Cygnes le plus beau Te presta l'aile et quel vent jusqu'aux cieux Te balança le vol audacieux Sans que la mer te fust large tombeau ?

De quel rocher vint l'éternelle source.

De quel torrent vint la superbe course, De quelle fleur vint le miel de tes vers ?

Monstre le moy qui te prise et honore,

Pour mieux hausser la plante que j'adore Jusqu'à l'égal des lauriers toujours verds.

CŒLO MUSA BEAT

Digitizj

^.Googl^^

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