AL COMTE LOUIS DE KERGORLAY
Sorrcnto, 15 décembre 1850.
Je ne sais, mon cher ami, si tu as appris par mes parents et nos amis les nouvelles de notre voyage. Dans ce cas, on aui*a dû te dire que nous avons éprouvé beaucoup de faligue et encore plus de contrariété. Marie a été si épuisée par la mer, qu'arrivée à Naples, elle sentait une extrême répugnance à se rembarquer pour aller en Sicile. J'ai cru devoir renoncer à cette partie du voyage, mais non pas à la manière de vivre que je comptais adopter en Sicile. Sous ce rapport nous n'avons rien changé à nos plans. Nous faisons, aux environs de Naples, dans un lieu charmant qu'on appelle Sorrente, ce que nous voulions faire à Palerme ; c'est-à-dire que nous avons loué un appartement garni, où nous sommes établis avec nos domestiques et où nous vivons très-retirés. Le lieu, comme je te le disais, est charmant; la maison que nous habitons, très-bien placée, très-bien meublée et, en somme, inûoiment agréable; le pays qui nous entoure est admirable, les promenades sans nombre, et, jusqu'à présent, le climat délicieux. Au milieu de toutes ces belles choses, cependant, je ne tarderais pas à m'ennuyer si je ne parvenais à me créer une forte occupation d'esprit. J'ai apporté ici des livres. J'ai l'intention de continuer ce que j'avais déjà commencé à Tocqueville cet été, avec beaucoup d'entrain etdeplaisir, qui était un récit de ce que j'avais