‹ Œuvres complètes d'Alexis de TocquevilleChapitre 38 sur 72 · AU COMTE LOUIS DE KERGORLAY · texte numérisé non relu

AU COMTE LOUIS DE KERGORLAY

que qui Ta précédée et sur celle qui la suit. C'est certainement un des actes de la Révolution française qui fait le mieux juger toute la pièce, et permet le plus de dire sur l'ensemble de celle-ci tout ce qu'on peut avoir à en dire. Mon doule porte bien moins sur le choix du sujet que sur la façon de le traiter. Ma première pensée avait été de refaire à ma manière le livre de M. Thiers : d'écrire Faction même de l'Empire, en évitant seulement dem'étendre sur la partie militaire, que M. Thiers a reproduite, au contraire, avec tant de complaisance et de talent. Mais, en y réfléchissant, il me vient de grandes hésitations à traiter le sujet de cette manière. Ainsi envisagé, l'ouvrage serait une entreprise de très-longue haleine. De plus, le mérite principal de l'historien est de savoir bien faire le tissu des faits, et j'ignore si cet art est à ma portée. Ce à quoi j'ai le mieux réussi jusqu'à présent, c'est à juger les faits plutôt qu'à les raconter; et, dans une histoire proprement dite, cette faculté que je me connais n'am^ait à s'exercer que de loin en loin et d'une façon secondaire, à moins de sortir du genre et d'alourdir le récit. Enfin, il y a une certaine affectation à reprendre le chemin que vient de suivre M. Thiers. Le public vous sait rarement gré de ces tentatives ; et quand deux écrivains prennent le même sujet, il est naturellement porté à croire que le dernier n'a plus rien à lui apprendre. Voilà mes doutes; je te les expose pour avoir ton avis. '

A cette pfemière manière d'envisager le sujet en a sucœdé dans mon esprit une autre que voici : il ne s'agi-

rait plus d'un long ourrage, mais d'an livre assez court, un Tolume peut-être. Je ne ferais plus, à proprement parler, l'histoire de l'Empire, mais un ensemble de réflexions et de jugements sur cette histoire. J'indiquerais les faits, sans doute, et j'en suivrais le fil ; mais ma principale affaire ne serait pas de les raconter. J'aurais, surtout, à faire comprendre les principaux, à faire voir les causes diverses qui en sont sorties; comment l'Empire est venu ; comment il a pu s'établir au milieu de la société créée par la Révolution ; quels ont été les moyens dont il s'est servi; quelle était la nature rrai> de l'homme qui l'a fondé; ce qui a fait son succès, ce qui a fait ses revers; l'influence passagère et l'influence durable qu'il a exercée sur les destinées du monde et en particulier sur celles de la France. Il me semble qu'il se trouve là la matière d'un très-grand livre. Mais les diflicultés sont immenses. L'une de celles qui me troublent le plus l'esprit vient du mélange d'histoire proprement dite avec la philosophie historique. Je n'aperçois pas encore comment mêler ces deux choses (et il faut pourtant qu'elles le soient, car on pourrait dire que la première est la toile, et la seconde la couleur, et qu'il est nécessaire d'avoir à la fois les deux pour faire le tableau). Je crains que Tune ne nuise à l'autre, et que je ne manque de l'art infini qui serait nécessaire pour bien choisir les faits qui doivent pour ainsi dire soutenir las idées; en raconter assez pour que le lecteur soit conduit naturellement d'une réflexion à une autre par l'intérêt du récit, et n'en pas trop dire afin que le caractère de l'ouvrage demeure visible. Le

iU COMTE LOULS DE KERGORLAY. 267.

modèle inimitabie de ce genre est dans le livre de Monlesqniea sar la grandeur et la décadence des Romains. On y passe pour ainsi dire à travers Tliistoire romaine sans s^arréter; et cependant on aperçoit assez de œtle histoire pour désirer les explications de Tauteur et pour les com* prendre. Hais indépendamment de ce que de si grands modèles sont toujours fort au-dessus de toutes les copies, Montesquieu a trouvé dans son livre des facilités qu'il n^'aorait pas eues dans celui dont je parle. S'occupant d^une époque très-vaste et très-éloignée, il pouvait ne choisir que de loin en loin les plus grands faits, et ne dire, à^propos de ces faits, que des choses très-générales. S^il avait du se renfermer dans un espace de dix ans et chercher sr^u chemin à travers une multitude de fails détaillés et précis, la diflicultéde l'œuvre eut été beaucoup plus grande assurément.

J*ai cherché dans tout ce qui précède à te faire bien comprendre Tétat de mon esprit. Toutes les idées que je Tiens de t'exprimer Tont mis fort en travail ; mais il s'agite encore au milieu des ténèbres, ou du moins il n^aperçoit que des demi-clartés qui lui permettent seulement d'apercevoir la grandeur du sujet, sans le mettre en état de reconnaître ce qui se trouve dans ce vaste espace. Je voudrais bien que tu m'aidasses à y voir plus clair. J'ai Torgtieil de croire que je suis plus propre que personne à apporter dans un pareil sujet une grande liberté d'esprit, et à y parler sans passion et sans réticence des hommes et des choses. Car, quant aux hommes, quoiqu'ils aient vécu de notre temps, je suis sûr de n'avoir

'm t%ii Uuni^tUïtr,^ Ht rioo à mm iju'il (aut s'eti j^tviklre de H¥*^ l^tM-it. i<: %ûftt^ SL'uk'UKut (Je iviv\uir la letlre que tf#f* iêt'i$>^''i trente Ié' 10 iioveiiibre, et qui est ivslêe

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riel4|iK &alipt^ cbei boî amtnt de m'èlre renvoyôe. Je lû pm^ ksocK <«Se i^los dîne qoe j*aiiniis êlê trè$-heiireu\ i-f^ po<iv^:>cr èCn^ Jerrrâbie à un homme aussi distingue , le Test sir Cliarfcs LyeD \ el en même lemp<i de fiuiv

•.;^':el4{tte chose qui TC4K>plût

Je' ne TOa§> puienî poini politique^ madame ; car je

vis tlanS' un pap cnii Ton nVn fait point de peur d^ètre

pea*ia ; ei je ne Tenx psss penser à celle qu^on peut fairo

diis les pays où il est permis de sVn occuper sans re-

ioaier le màDoe accident. Je suis Tenu ici pour Toublier,

ei je ranpLe mon |v«eTamme à la leltlt^. Je passe mon

LcLi ps a^rec les sn^os qui vivaient dans les siècles passes,

fi Qullemoit arec ceux du nôtre. Mon oid>li des afEures

ae s'étend pas pourtant aux personnes. Aussi^ madame,

ii-je été très-sensible à votre souvenir. Je vous prie de

ai*T coDserTor toujours une petite place, et de croire que

vous en conservei une fort <rrande dans le mien.

l . i»^4«>.iie aii;rbÎ5 el «^ rÎTSiiii de lieaucoup «îe iiH^riUv

AF BAR05 HCBEET DE TOCQUKTILLE. 267

Toos STfei tenue, au langage que vous avez fait entendre, et aux Totes que vous avez émis dans Faflaire de la mo* tion Rémusat, parce que c'est un grand malheur que les choses aient été poussées à cette extrémité, mais ce n*esl ni votre faute ni la mienne; et/ puisqu'elles en êtaieBl arrivées là, il n\ avait nul doute qu'il fallait résister ou périr. Du reste, après ce vote, comme avant, la situation me parait bien difficile et même bien périlleuse, non-seulement pour la république, mais encore pour les institutions libres. Tespère qu'on s'efforce de ramener ceux des membres de la minorité qui ne sont [VIS irrévocablement engagés, et qu^on prend toutes sortes de ménagements pour empêcher qu'il ne se forme un parti napoléonien compacte. En somme, je suis bien noir pour l'avenir. Je crois que nous luttons en vain, et •jue la nation nous entraine hors de la liberté. Adieu. Ecrivei-moi.

AU BARON HUBERT DE TOCQUETILLE

Somnle, 27 niaH IS5I.

Tai reçu, mon cher enfant, ta lettre du 18 février, et je m'étonne d'être resté si longtemps sans y répon- Jre> car elle m*a fait grand plaisir. Je crois que ma pa-

I. Fik alnê du Ticomte Éloosird de Tocqueville^ cl neTea d'Alexis^ ^uccessÎTetiient attache à Tainbassade tle Vienoe et i celle de Berlin. Une înort prématurée lafruppé en IS05. Alexis de ToctiieTiUe TaTaît en 4izf I«^ sorte adopté pour son fiU et institué son héritier.

resse à écrire depuis un mois est venue de Pétai languissant de ma santé. Rien ne porte plus à la paressi* que le mal d'estomac; c'est une maladie qui donne toutes sortes de mauvaises habitudes et quelquefois de traveis h Tesprit, entre autres la tristesse, qui est un grand travers, car elle ne remédie pas au mal qui arrive iM gâte le peu de bien qui peut y être mêlé. Ce mois de mars m'a été très-contraire, non, il est vrai, à ]a poitrine (et c'est là l'important), mais à tout le reste : il a été cependant en général fort doux; mais je crois que c'est cette extrême douceur même, produite par un vent très-énervant qu'on nomme le sirocco, qui m'a dérangé. Ce misérable sirocco a soufflé presque constamment durant les trois dernières semaines, et je m'en suis senti fort affaibli. Je vais du reste beaucoup mieux maintenant, et si j'étais mal, il ne me serait pas permis de m'en prendre au temps; car nous avons maintenant tous les charmes du printemps, avec un air frais qui devrait empêcher d'en éprouver les mauvais effets. Ta tante ne va pas mal, et nous comptons toujours quitter Naples le 14 avril pour gagner Marseille, s'il n'arri%e pas d'ici là quelques incidents de santé qui nous n-liennent.

Je vois que tu es plongé dans les études préparatoires du baccalauréat. C'est une triste besogne; car le problème à résoudre est d'apprendre dans le moins de temps possible le plus de choses possible, c'esl-à-din» sans rien savoir à fond ni d'une façon qui satisfasse : mais la faute en est aux pédants qui ont fait les pru-

grammes, et non aux. bons écoliers comme loi qui s'efforcent consciencieusement de les remplir. Je suis sûr que f u réussiras; car lu fais bien tout ce que tu entreprends, et avec un zèle qui vaut encore mieux que le succès. Je suis fâché que tu ne m'aies pas parlé un peu plus dans ta lettre de tes études et de l'effet qu'elles produisent Rurtoi; car je m'intéresse beaucoup à toi et à tout ce que fil fais.

A MADAMt: LA MAUQUISE DE LElSSE

Paris, 1" juin 1851.

Ma chère cousine, je nie suis occupé au travers do loutes mes affaires de l'affaire de votre fils, comme vous |)0uvez croire. J'ai d'abord voulu voir ce jeune homme, alin de bien comprendre ce qu'il demandait. J'ai élé très-content de lui, et j'en ai tiré le renseignement dont j'avais besoin. Je me suis ensuite adressé aux bureaux du ministère de la marine, et j'y ai appris qu'on n'ac- I .cordait défaveurs de l'espèce de celle que nous sollicilons que pour cause de maladie. Votre pétition n'alléguant aucun motif semblable, je me suis permis de la supprimer. Je ne vous en ai pas demandé une autre n'digéc dans le sens voulu, parce que j'ai craint qu'en votre qualité de sainte femme, il ne vous parût diflivM de faire le mensonge nécessaire. Moi, qui suis enrTt)reun mécréant, j'ai cru pouvoir me le permettre, vous renvoyant toutefois la responsabilité du péché. J'ai donc

270 CORRESPOiNDAiNCE.

demandé la chose en mon nom, et en affirmant que

votre ûls était malade.

Je voulais, en effet, vous aller voir le vendredi dont vous a parlé Edouard : mais vous savez que les gens qui font le moins ce qu'ils veulent sont ceux qui ont la prétention de contribuer au gouvernement des autres. Je n'ai donc pu trouver l'heure dont j'avais besoin. Recevez l'expression de mes regrets, ma chère cousine.

Versailles, 27 juillet 1851.

Cher M. Senior,

J'ai été bien satisfait de l'effet général qu'a produil mon rapport* en France et charméde l'opinion qui s'est manifestée à mon égard chez vous. Je tiens presque autant à ce qui se dit de moi sur un côté de la Manche que sur l'autre; et j'ai d'ailleurs tant de sentiments el d'idées qui me sont communs avec les Anglais, que l'Angleterre est devenue pour moi comme une secondo patrie intellectuelle.

Pourquoi mon plaidoyer en faveur de la révision iic vous a-t-il pas convaincu? Qu'y a-t-il de contradictoire entre ce que j'ai écrit à celte occasion et ce que je you^^ disais l'hiver dernier? L'élection inconstitutionnelle du président me paraissait un événement trèsrprobable : je le crois encore, quoique Louis-Napoléon Bonaparte ail

1. Rapport du 8 juillet iS51 sur la révision de laGoDstitulion.

achevé de s'aliéner les classes supérieures et presque tous les hommes politiques éminents; quoique, autant que j'en puis juger, sa popularité dans le peuple lui-même soit fort diminuée et diminue tous les jours. Cependant, je vous avoue que je persévère à regarder sa réélection comme à peu près inévitable, par l'absence de tout concurrent possible, et par suite de l'anxiélé générale. Je crois que le courant bonapartiste, s'il est détourné, ne peut Tétre que par un courant révolutionnaire dont le danger serait plus grand encore : enfin, je pense que Napoléon réélu inconstitulionnellement, tout devient possible, en fait d'entreprise contre la liberté. Je le croyais si bieh, il y a six mois, comme aujourd'hui, que je me rappelle vous avoir dit alors que, probablement, la fin de tout ceci serait de me faire quitter la vie publique, afin de ne pas me mêler à un gouvernement qui tenterait de détruire en droit ou d'annuler en fait les institutions constitutionnelles, et peut-être y réussirait pour quelques années, grâce à la fatigue des esprits. Croyant peu à la possibilité de maintenir la République, qui eût été le gouvernement de mon choix s'il eût été possible, j'eusse vu sans peine Louis-Napoléon devenir

rt*. cluîC permanent si j'avais t^ru possil)le, d^mc pttrlj qu'il [Hit i^lliûr autour de lui la Lcle de la sociélé;

^'îiulrc, qu'il pût voulût être un prince constitu-

I je ûf? tHj^ Ms cela possible, je vous l'ai

tiui' j'^1 lis mun rctuur ni'*i mon-

j'avais r^usou. Le j résl-

ém constiLuLionuelIcs

que Télail Charles X lui-même. Il a sa légilimilé a sa manière, et il croit aux constitutions de l'empire comme l'autre au droit divin. En outre, il est, déplus en plus, séparé de la presque totalitç des hommes qui ont le talent ou l'habitude de mener les affaires, et réduit i\ chercher son point d'appui dans les instincts ou les puassions du peuple proprement dit. Ainsi la réélection, surtout inconstitutionnelle, peut avoir les plus tristes conséquences, et cependant elle est presque inévitable, i^i l'on n'a recours aux passions révolutionnaires que je ne veux point réveiller dans la nation. Où mène tout ceci, sinon à désirer la révision dont l'effet serait ou de ren dre la réélection du président impossible en changeant la nature et l'origine du pouvoir exécutif, ou moins dangereuse en la rendant légale?

Beaucoup de gens en France et même quelques personnes en Angleterre m'ont reproché de m'être tenu si énergiquement sur le terrain de la Constitution et d'avoir entraîné l'Assemblée à y adhérer d'avance par son vote môme. On m'a reproché d'avoir prévu le cas où Ir président serait élu irrégulièrement et d'avoir engagé, dans ce cas, l'Assemblée à la résistance. C'est une erreur qu'il est facile de découvrir en relisant le raj)porl. Je n'ai pas prévu ni voulu prévoir ce que ferait, ou devrait faire l'Assemblée dans le cas d'une réélection inconstitutionnelle : cela dépendra en effet entièrement des circonstances et surtout du nombre des votes. Il est évident qu'il y a telle manifestation de la nation devant laquelle il serait prudent et patriotique de céder. Ce que j'ai dit et fait dire

à l'Assemblée : c'est que d'ici là il ne fallait pas permettre que personne s'écartât de la légalité; qu'il fall.ait empêcher les partis et le gouvernement lui-même d'entraîner le peuple dans des candidatures inconstitutionnelles; qu'il fallait, agir et engager tout le monde à agir de manière que la nation fût jusqu'au bout maîtresse d'elle-même, et influencée par ses seuls intérêts et ses seules pensées. J'ai dit cela avec autant de vigueur que je l'ai pu, d'abord parce que je croyais très-utile que cela fût dit, et ensuite parce qu'il me convenait de le dire. Il se peut qu'il arrive un moment tellement critique, que je sois moi-même d'avis qu'il faut laisser le peuple violer la Constitution; mais je laisserai faire cette triste besogne par d'autres. Je n'abattrai jamais de mes mains le drapeau de la loi dans mon pays. Un autre motif m'a porté à être net et explicite sur la question de légalité. Il y a deux choses dans la révision : un mouvement national respectable et une intrigue qui consiste à affaiblir la puissance morale de la Constitution à l'avance. Je voulais bien seconder le premier, mais non favoriser l'autre. En somme, notre situation est plus compliquée, plus inextricable et plus obscure qu'elle ne l'a jamais été. Nous sommes toujours dans une de ces positions étranges et terribles où rien n'est impossible et rien n'est à prévoir. Ce qu'il y a de moins invraisemblable, c'est l'élection du président, et en même temps celle d'une assemblée beaucoup moins président tielle qu'on ne le suppose; de telle façon que si Louis- Napoléon ne profite pas de la première impulsion pom 18

pulaire pour meilre la main sur tous les pouvoirs, il peut se retrouver de nouveau en face d'une assemblée qui ne lui laisse pas ses coudées franches. En face de celte situation sans exemple dans Thistoire, la nation est parfaitement calme et même assez prospère. Sauf Tagriculture qui souffre toujours, le mouvement industriel ne décroît pas ; il s'est accru, au contraire, dans ces derniers temps. Chacun, sans s'exposer à de grands risques, poursuit avec activité et persévérance son négoce et s'occupe avec ardeur et avec profit de ses affaires, comme si tout n'était pas incertain pour demain. On ne voit pas sans doute arriver 1852 sans une terreur très-grande et même, à ce que je crois, exagérée. Mais nous avons tous reçu l'éducation des révolutions : nous savons qu'il faut y vivre comme le soldat en campagne, que la chance d'être tué le lendemain n'empêche pas de songer la veille aux soucis de son dîner et de son coucher, et même à l'occasion de se distraire. Nous en sommes tous là ; et quand je vois l'attitude de toute la nation, je ne puis m'empêcher de l'admirer. Jusqu*au milieu de tous ses travers et de toutes ses faiblesses, c'est un grand peuple.

Ce que vous me dites, que le bill contre les tititss ecclésiastiques ne mènera à rien, me paraît vraisemblable, grâce aux mœurs du pays. Mais pourquoi faire des lois pires que les mœurs? c'est le contraire qui devrait être. Je vous avoue que j'ai été de cœup et d'esprit avec ceux qui, comme lord Aberdeen et M, Glad* stone, se sont opposés, au nom de la liberté et du princij c

A M. StlNIOR, ËSQ. S75

même de la réforme, à ces atteintes à la fois vaines et dangereuses que le bill a portées, au moins en théorie, à rindépendanee de la conscience. Où se réfugiera la liberté religieuse, si on la chasse de l'Angleterre? Si ceux qui partent des principes du libre examen et de la tolérance qui en découle nécessairement se mettent à être intolérants, quel droit ont-ils, je vous prie, de reprocher rien, en fait d'intolérance, à la cour de Rome, qui, si elle conteste les principes de la raison indi* viduelle, ne viole pas du moins ses propres principes ? Je sais qu*il est fort imprudent déjuger ce qui se passe dans un pays étranger; toutefois je ne puis m'empécher de croire que, quand on verra de loin tout ce mouvement et toute cette agitation causés par ce qu'on nomme the papal aggremonj cela ressemblera beaucoup, quoique en petit, aux passions qui s'emparèrent de la nation il y a deux siècles, après I9 découverte du popnh plot. Le mouvement actuel paraîtra moins violent, mais non pas plus raisonnable; et ceux qui y auront aidé se* ront plus surpris que nous ne le sommes nous-mêmes en le regardant.

Je finis cette interminable letli*c en vous priant de croire à tous mes sentiments de sincère amitié.

ifë COHItKSKOXr»Âi^C£,

A M. UmM Aë£VE, KSQ,

Paris, 27 ooveinBre I85f-

Je VOUS demande pardon, mon cher ami, de n avoir pas encore répondu à votre lettre, et de n'y répondre aujourd'hui encore qu'en peu de mots. Je n'ai jamais éié^ je vous le confesse, moins qu'à présent en humeur cerivanle. De quoi parler, si ce n'est de poliliquti^ ^^ quel Lrislc sujet de conversation que celui-là ! En vérilc jiî n'ai point le courage d'enlrcprendi'e une pnreilk tAclio, Une vons dirai-je d'ailleurs que vous n'ayez appris par les journaux? Le spectacle dont je suis le témoin, s'il m'était permis de m'y arracher, me t'eraii fîiir dans la littérature ; mais cela est encore défendu, <-i je ne puis encore que jouir en imagina lion du lcjii[S où, loin des affaires publiques, de ceux qui s'en occupent et nieme de ceux qui en jua^^L sans conversation? politiques, et, s'il se peut, s^|^^iiX| je tâcherai de ui'isoler de mon temps cl moi-même et de moî-mémcl pour ce momcot-là dans le où nous causerons de tout, fl*a' de moi qui

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