‹ Œuvres complètes d'Alexis de TocquevilleChapitre 54 sur 72 · VII · texte numérisé non relu

VII

354 CORRESl»ONDANCE.

au besoin à mon nom : ancien ministre des affaires étrangèreSy cela rendrait la chose encore plus nulurelle.

Adieu, mon cher enfant, je t'embrasse de tout mon cœur.

A M. GUSTAVE DE BEAUMONT

Compiègne, M janvier 1855.

VoIrc lettre d'avant-hiiîr m'a fait grand plaisir, mon cher ami, en nous apprenant que la santé du petit Paul était rétablie. Il nous restait sur le compte de cet enfant une inquiétude vague qui nous était pénible : car nous avons pour ce qui regarde vos enfants quelque chose de l'imagination effarouchée que les parents seuls ont d'ordinaire, et une ombre nous fait peur. Nous nous mettons maintenant à nous préoccuper de la mère....

Je vous avoue que quand je songe à la constitution physique et morale de njadame de Beaumont, et qu'ensuite je viens à penser à la carrière que va embrasser Antonin, je ne puis m'empêcher de trembler. Ma raison continuée médire que pour les fils de gens dans notre position la carrière militaire est la préférable; mais l'instinct se révolte quand j'imagine tous les tourments d'imagi* nation, les maux d'esprit et de corps que doit éprouver la mère, tandis que le fils est exposé à tant d'aventures dangereuses. La vue de cette horrible guerre dont nous sommes témoins suggère naturellement ces idées. Elle sera finie, sans doute, quand Antonin entrera dans Far-

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mec; mais il ne tardera pas à en recommencer d'autres. L'empire est la guerre par mille raisons, mais entre autres, ce me semble, gar celle-ci qu'on ne dit pas : c'est que du moment où la liberté est détruite en France, le lien qui unissait entre elles toutes les vieilles monarchies en dépit de la diversité des intérêts, lien qui a rendu la guerre comme impossible pendant quarante ans, se brise; chacun substitue à la politique de conservation la vieille politique d'agrandissement; aux opinions qui rapprochaient succèdent les intérêts particuliers qui séparent. Les princes qui, jusque-là, ne pouvaient se livrer avec sécurité à aucune de leurs passions, se donnent celte douceur, dès qu'ils n'ont plus peur pour leur existence. On a dit que la guerre pouvait sortir de l'esprit de liberté et de la révolution : cela est vrai. Mais ce qui est bien plus sûr encore, c'est que la compression en apparence définitive de la liberté et de la révolution devait infailliblement, dans un temps donné, ramener la guerre et en faire un accident très-fréquent, comme jadis. Voyez où Antonin, sans s'en douter, m'a conduit.

Je reviens aux seules choses qui soient aujourd'hui de notre compétence. A^ous avez dû recevoir déjà deux numéros de la Gazette (PÀngsbourg; trois ont manqué. J'ai écrit à M. Alexander pour me plaindre; il m'a répondu que personne ne les avait reçus. Ils ont été arrclés parle gouvernement, attendu, ajoute discrètement notre homme, qu'ils contenaient sans doute de fausses nouvelles sur le théâtre de la guerre : vous voyez que mons Alexander connaît son gouvernement!... Que dites- vous

de ecUe nouvelle gazelle? Pour mon comple, j'en suis assez content. Le journal est bien imprimé; il contient beaucoup de matières; et quoiqu'il ne fasse pas connaître, comme la Kôlnishe Zcitung^ les passions de l'Allemagne libérale et révolulionnaire, d'une autre part il jette sur les vues de l'Autriche et de la Russie des vues curieuses. Il reste, à ce que je crois, Russe de cœur, obligé seulement à suivre l'Autriche dans sa nouvelle politique et faisant des efforts amusants pour découvrir que loul ce qui se passe doit être à la fois très-favorable à TAutriche et à la Russie.

Ce que vous me diles de l'ennui de ne voir que du parterre ce qui se passe sur la grande scène du monde est bien vrai . Vous auriez dû ajouter que cela paraît surtout dur, quand on a longtemps vécu dans les coulisses de ce vaste théâtre. Mais telle est notre destinée, et qui sait si elle changera jamais? X.... qui, tout en regardant le ciel, voit souvent très-profondément dans les passions des hommes ici-bas, m'écrivait l'autre jour : «Ce régime-ci est le paradis des jaloui. » Ne trouvez-vous pas le mot joli? J'admire comme la langue sacrée l'a bien servi à cette occasion pour peindre avec précision le péché favori de ses adversaires. Rien n'est plus vrai ; et la joie générale que fait éprouver la chiite de tant de personnages dont le bruit prolongé importunait, est assîîrémcnl pour beaucoup dans Tasscn liment que trouve nn ^ gouvcrniment ou le voisin ne brille jamais^ cl «û [msonnr, h vî:ii lir , ne se fait voir que le mâhrc. Je cherche dp ï ; ' ^ i ujth' i h Ewî*

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quelque chose en dépit des circonslances qui semblent nous condamner à robscurité. J'espère, dans deux ou trois mois, avoir terminé tout ce qui doit former la première partie du livre que je médite depuis si longtemps. Alors seulement on pourra se faire une idée de ce que doit être l'ouvrage entier. Cette partie, d'ailleurs, quoiqu'elle se lie de la manière la plus intime au resie, esl, à elle seule, une sorte d'ouvrage entier qui formei'a les trois quarts d'un volume.. . .

Quant à vous, vous êtes absorbé pour le moment dans l'éducation de votre fils. Non-seulement je ne blAme pas cela, mais je vous approuve et vous envie. Quelle occupation attachante et même entraînante cela doit être de développer l'esprit d'un fils, de voir ses senlimenls s'étendre sous votre contact et ses idées grandir! C'est une joie que le ciel m'a refusée, mais non empêché de r>omprendre. Tout ce que vous me dites à propos des études que vous suivez en ce moment avec Antonin, et à cause de loi, m'intéresse tellement que je vous reproche de ne pas me donner plus de détails. J'aimerais savoir quels sont les auteurs avec lesquels vous vivez; quelles choses vous frappent particulièrement, quelles observations vous suggèrent voire travail et celui de votre jeune œmpagnon. Kien de lout cela ne me serait indifférent. J'ai toujours pensé et je pense de plus en plus ce que vous médîtes de l'ancienne méthode d'éducation et de l'étude de l'antiguité. Je crois, comme vous, que le fond de Téducation, sa vraie substance, est dans crette étude af>profondie et non ailleurs ; que c'e^t là qu'on rassemble le

mieux les forces de Tâme qui servent ensuite partout ailleurs, dans les actions comme dans les différents travaux de Tesprit. C'est l'instrument commun avec lequel on fabrique les grandes choses en tout genre.

Mais quand Antonin vous aura quitté, que fercz-vous? Je ne saurais m'imaginer aucune réponse à cette question ; car vous êtes un homme muré. N'avez-vous pas la résolution sérieuse d'entreprendre quelque grand travail? Il y a des moments où il me semble apercevoir chez vous, à travers le triple faianteau qui vous couvre, un homme las qui renonce à la carrière et semble se considérer comme arrivé au bout de ses courses. Vous me paraissez quelquefois vous prendre sérieusement pour un mort, et vous réduire aux vertus de cet état. Cela me surprend et m'indigne quand je pense que, dans notre jeunesse, c'était toujours vous qui étiez sur pied et prêt à marcher. J'étais toujours desponding^ et vous toujours en train. Je le suis moins qu'alors; le seriez- vous devenu? Adieu.

A M. FRESLON

Compiègne, 21 janvier 1855.

Je mène toujours ici ma même vie de bénédictin : c'est assez dire qu'elle ne fournit rien à raconter. Ma petite maison, maître, gens et chiens, est réglée comme une pendule dont je suis Je balancier. Chaque chose se fait exactement, à la même heure et de la même manière; et

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ri^i ne ressemble plus à la veille que le lendemain. Je rn^élonne quelquefois qu'on homme, qui a tant aimé le moarement et le bruit, [mû^se si bien se réduire à faire tic tac pendant des mois entiers. Mais nous avons vu bien d'autres révolutions se faire dans les esprits de notre temps, et de plus malheureuses. Toutes les semaines je fais le projet de revenir m*établir à Paris, et chaque semaine je recule et remets de quelques jours à quitter ma solitude. Le mois prochain ne se passera cependant \A'< sans que je redevienne, je ne dirai pas votre concitoyen, car nous n'avons ni l'un ni l'autre de ri7e, mais votre voisin. Plût à Dieu que je n'en rencontrasse que de semblables à vous! il y a longtemps qtie je serais revenu me fixer dans votre grande ville, si je pouvais Fespérer; mais ceux-là sont rares, et à Paris et en France et partout.

Je ne vous dis rien de la politique, parce que je ne sais absolument qu'en dire. Cette raison en vaut bien une autre. Cependant je lis des journaux en français, en anglais et en allemand ; je n'en suis pas plus avancé. Je découvre bien les horizons; mais les objets intermédiaires sont plongés pour moi dans une obscurité impénéti*able. Ce que j'aperçois de plus en plus, et ce que j'ai toujours pensé, c'est que le coup qui a atteint toutes les libertés en France d'une façon qui semble durable, du moins à tous ceux qui ne les aimaient pajs ; ce coup, disje, a changé du même choc tout le système des rapports internationaux dans le monde, et a créé pour les diplomates une nouvelle science à étudier, ou plutôt à rap-

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prendre; car ce que nous voyons n'est que le jeu des anciens intérêts et des anciennes passions des princes, que la Révolution française avait troublés et remplaces par des intérêts et des passions qui s'effacent maintenant à mesure que cette révolution dégénère et devient un changement de despotisme au lieu de l'ère de la liberté Adieu; mille amitiés de cœur aujourd'hui comme toujours.

A M. LE BARON HUBERT DE TOGQUEYILLE

Gompiègne, 31 janvier 1855.

J'ai reçu avec grand plaisir, mon cher ami, ta lettre du 14. J'en ai approuvé le fond et la forme. Tout ce que tu me dis est sensé et en bons termes. Je t'engage à continuer à m'écrire; tes lettres m'intéresseni, et si j'y trouvais l'occasion de te dire quelque chose d'utile, je n'y manquerais pas. Lors même que je ne te répondrais pas ou tarderais à te répondre,. cela ne devrait pas t' empêcher de poursuivre de ton côté la correspondance; car il y a des temps où tu dois avoir à me dire des choses importantes, et où, moi, je n'ai rien à t'apprendre qui t'intéresse. C'est un peu le cas aujourd'hui : ta dernière lettre m'a fait connaître beaucoup de détails au courant dequels j'aime à me trouver, mais elle ne contient rien sur quoi j'aie principalement besoin de le parler. Il me semble que f u es dans une bonne voie et que tu juges ta position et les moyens d'y réussir comme il convient de

A ir. LE BARON HUBERT DE TOCODEYILLE. 361 Je faire. S'il le survenait quelque embarras et que lu m'en avertisses, j'aviserais aussitôt à le donner l'avis que je croirais devoir l'être le plusulile. Toul ceque je te recommande aujourd'hui esl de ne forcer en rien, outre mesure, ta nature; lu dépasserais le but et ferais mal les choses. Tâche seulement de la développer, mais sans trop d'efforts, dans le sens qui t'est le plus utile et le plus profitable. Je ne saurais trop l'engager à ne négliger ni les dehors, ni les apparences, ni le monde; mais, en cela même, il faut ne pas sortir trop violemment de toimême, de tes goûts et de tes habitudes. Tu cesserais d'être naturel, et, par conséquent, d'êlre à ton avantage. Tâche de faire ces choses de manière à prendre une sorte d'inclination pour elles ; alors tu y réussiras avec moins de peine et mieux.

Tes études me paraissent bien entendues. Continue à m'en parler; et si elles te suggèrent des réflexions que tu me communiques, j'en serai bien aise, et je le ferai part des miennes. Tu fais bien de l'acharner à l'allemand. Si tu ne gagnais que cela à Vienne, ce serait déjà un grand résultat obtenu. L'anglais te jiaraitra ensuite un jeu. Romps-toi à parler : rien n'est plus nécessaire et peut plus facilement se faire à ton âge. Surtout ne crains pas de dire des bêtises ; dans une langue étrangère, elles ne comptent pas, et qui veut bien parler ne parle pas du tout.

Je le remercie des recherches que tu as faites à ma demande. Si lu peux le procurer le code de Marie- Thérèse, n'y manque pas. Je sais que toutes les lois ont

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diang(^. depuis; aussi esl-ce plutôt rÀlIcmngncdclTSO que celle de 1850 que je veux connaître. Cependant celle-ci m'inlérosse aussi très-vivement : car c'est un pay<^ en grande révolulion, quoique la révolution se fasse d'une aulrc manière qu'elle ne s'est faite cliez'nous. Tout ce que tu me dirais de Télat actuel de l'Autriche, de In forme de ses institutions, des dispositions du pays, de l'opinion publique, de ses tendances.... enfin tout ce qui servirait à me faire connaître ce qui se passe dans le sein de ce grand corps, aurait pour moi un grand intérêt; et d(î pareilles lettres, en le forçant à réunir sur le papier ce que tu sais et à traiter des matières de cette espèce, te seraient un exercice trèH-utile. C'est, après tout, le fond môme de ton métier que tu aj)prendrais là, en dehors de tes fonctions orficielles. Il va sans dire qu'il faut avoir grand soin de ne mêler à ce que tu peux me dire sur l'Aulriclie et eu général sur des matières qui se rapportent au gouvernement et à la politique, rien de ce que tu pourrais savoir confidentiel lement-à cause de ta* position parlicidière. Mais tout ce que tu sais en dehors de là et ce qui est dans le domaine public, peut m'ôtre communiqué sans inconvénient et avec l'avantage que je te disais plus haut. Le travail que je t'indique est celui que font la plupart des diplomates écrivant à leur ministre : lu le ferais avec profil. Tu peux ôlre sûr que je répondrais toujours soit par des observations, soit par des cpieslions qui le mettraient sur de nouvelles voies.

Compiègnc, 1" février 1855.

Mon cher monsieur Lewis,

Quoique je sois en dehors de la politique et, dans ce moment, pour ainsi dire en dehors du monde, je ne puis m'empécher de me préoccuper des affaires générales de l'Europe, et ce qui arrive aujourd'hui en Orient à Toccasion de notre double expédition de Crimée me cause un profond sentiment de douleur. Je parle surtout de ce qui regarde votre armée; car la nôtre, quoique souffrant bien plus qu'on ne dit, me paraît sauve; mais votre pauvre et brave armée est en grand péril. Je m'en afflige à cause de vous et aussi, je l'avoue, par une raison plus générale. La manière dont vous avez conduit la guerre en Grimée, tout en faisant honneur au peuple anglais, sera amèrement exploitée chez nous contre le gouvernement libre. Tandis que les circonstances semblent glorifier chez nous le pouvoir absolu, chez vous elles paraissent déconsidérer la liberté : double appa* rence qui n'est bonne ni pour nous ni pour vous-même, dont les institutions subiront peut-être, dans les esprits du moins, sinon dans les lois, un contre-coup plus rude que ne peut Têtre la perle d'une armée. Au fond, pourtant, il n'y a là que des apparences. Ce qui a donné à notre armée (indépendamment de l'aptitude particulière que possède notre peuple pour la guerre) les qualités

solides qu'on lui voit, ce sont des circonstances on élrangères, ou contraires au gouvernement absolu. I^ première est vingt-cinq ans de guerre continuelle en Afrique, ce qui nous a permis., remarquez bien cela, nonseulement de nous aguerrir en général, mais d'apprendre préciîément à lutter contre les difficultés que nous rencontrons maintenant en Orient. Lamoricière me disait un jour, sous la tente, en Algérie, un mot profond : a Savez-vous, me disait-il, quel est le problème à résoudre pour conquérir l'Afrique? C'est de trouver le moyen d'y faire partout la soupe en tout temps. » La seconde circonstance qui nous a préparés à cette épreuve, c'est la liberté même qui, entourant d'une immense publicité tout ce que faisait cette armée d'Afrique, n'a pas permis qu'il s'y établît aucun abus, qu'il s'y fît aucun passe-droif, et a maintenu dans son sein une ardeur et un zèle incomparables. Pendant ce temps-là, chez vous, l'attention publique était absorbée par d'autres choses que par l'armée. Vous aviez pour ainsi dire oublié son existence; il me semble, au moins quant à sa partie administrative, qui est peut-être, dans toute bonne armée, la principale. Malheureusement, je ne puis comprendre comment, au milieu de la guerre, vous pouvez changer tout à coup les vices de votre système. Vous n'avez pas chez vous, comme au commencement de la guerre de S:^pt-Ans, M. Pin, et en face de vous Louis XV. Croyez pourtant que si l'Angleterre ne se relève pas vite et glorieusement de ce choc, si elle reste sous le coup de la destruction de son armée pour ne plus paraître grandement dans la lutte que par

son argent el par ses vaisseaux, sa position dans le monde sera singulièrement diminuée et avec elle le renom de ses institutions.

Je me suis laissé entraîner à causer avec vous de choses donl je ne devrais pas me mêler. Je ne voulais qu'obtenir de vos nouvelles. Donnez-m'en, je vous prie. Vous avez tout le temps de me répondre ici, car je n'irai me fixer à Paris qu'à la fin du mois. Rappelez-nous, madame de Tocqueville et moi, de la manière la plus amicale au souvenir de lady Théréza, et agréez pour vous-même, mon cher monsieur Lewis, l'assurance de ma sincère amitié.

P. S. Où en êtes-vous de vos travaux? où en est l'Histoire romaine?

À M. w. N. SENIOR, ESQ.

Compiègne, 15 février 1855.

Nous avons, mon cher Senior, appris avec beaucoup de regret la grippe de madame Senior et la reprise de voire bronchite. Je ne voudrais pas faire comme le pédagogue de la Fable, qui sermonne les gens quand le sermon ne sert plus de rien, et cependant il m'est impossible de ne pas vous dire que c'est une grande imprudence à vous lie. vous laisser prendre par l'hiver en Angleterre. Ce f Mî fcmsavez n est qu^une indisposition, mais deviendra 'idie^si vous persislez ù préférer ainsi Tagrément *mB prie de hi(*n songer à cela, les années ■^enc pas tenter ainsi le diable.

r.OO COlillKSPONDANCK.

Ce que vouH me dile» que rÂnglelerre doit ^e \Hjmer à èlni la plus grande puin^^ance maritime et ne doit p*^ vi^er h occuper le même rang parmi leu pummat» militaires est vrai. Aussi ce qui a produit en France ef^ ululant quojVu puis juger par la lecture d«s journaux ulUt^ mands, dans toule TAIIemagne, les impressions que yt vous faisais connaître dans une précédente lellre, ce n*chi pas de ne point voir h rAngleliwe une armée de cinq cent mille hommes. Ces impressions ont tenu à d<^x fails triVdislincIs de celui-lfa : à la mauvaise adminintra* lion (h ce qu'on croit, du moins, peut-être h torl) de l'armée que vous aviez; secondement, et surtout h la vue lU* rimpossihililé où vous semblezôlre d'en lever uneautn». Dans les idées du continent, un peuple qui ne peut pas lever des soldats dans lu proportion de ses besoins, est un peuple qui diminue beaucoup de valeur. Toula» les id/^^s non-seulement de grandeur, mais de patriotisme, sont liées dans nos esprits & celle-là ; et moi-môme j'avoue (pie je comprends dirOcilemenl comment, dans l'état du monde, lorsqu'il est si difficile d'acheter des soldats, et quand toutes les nalions s'en procurent si aisément d'une autre manière, vous |)ourrez tenir le haut rang où voni^ éles parvenu, si vous ne pouvcîz obtenir de votre jwuplc l'établissement de quelque chose d'analogue à la con« Fcriplion.

En général, quoiqu'il soit un peu imprudent de parler d'un pays qui n'est pas le sien, je me permets de dire (]ue les Anglais auraient tort de se croire auesi séparés et en dehors du reste du monde qu'ils l'ont été jusqu'ici,

A W. LE VICOMTE ERNEST DE BLOSSEVILLE 367 de telle sorte que ce qui se passerait universellement sur le continent ne dût pas influer sur leurs propres instilctions. Je crois que dans l'âge du monde où nous somnies, et surtout dans celui où nous entrons, nul peuple européen ne peut rester longtemps absolument différent de tous les autres; et que tout ce qui devient la loi générale du continent ne peut manquer d^exercer a la longue une très-grande influence sur le sort des lois particulières de la Grande-Bretagne, malgré la mer, et plus qu'elle, les mœurs et les institutions spéciales qui vous ont caractérisés jusqu'à présent. Nous ne verrons peutêtre pas de notre temps la vérification de ce que je dis là ; mais soyez sûr que ceux qui viendront après nous le verront; et je ne craindrais pas qu'on mît ma lettre chez un notaire, et qu'on la relût dans cinquante ans d'ici.

Veuillez, je vous prie, dire à madame Grote que j'ai reçu sa dernière et très-intéressante lettre, et que je l'en remercie. Instruisez-la de nos projets et dites-lui que je ne quitterai pas ce lieu sans lui écrire.

Adieu.

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