A M. LE VICOMTE ERNEST DE BLOSSEVILLE
Compiègîie, 26 mars 1855.
Mon cher Blosseville, j'ai trouvé, il y a trois jours, en allant à. Paris, votre lettre et le volume qui y était joint*.
1. Ce volume était le livre intitulé : Jules de Blosseville, in-8, Évreux, 1854. Histoire touchante et pleine d'intérêt de la vie, des tra^
Je ne saurais trop vous remercier pour Tenvoi de Tune et de l'autre. J'ai emporté avec moi dans ma voiture, en revenant hier ici, la notice que vous avez consacrée à un frère si digne de regrets. Je croyais n'en lire qu'une pai* tic; mais je me suis scnli attiré et retenu par un intérêt si vif et si continu on lisant l'histoire de cet héroiqiic jeune homme (car il l'était à sa manière), que pendant trois heures je n'ai pu m'arracher de ce livre, et suis arrivé jusqu'ici sans m'en douter. Le sujet vous a inspiré; vous l'avez traité avec une simplicité qui convenait au sujet, et qui n'a pas exclu un véritable talent d'écrivain. Enfin, vous m'avez fait plaisir et vous m'avez louché; car il y a dans cette catastrophe, précédée de tant d'ardeur et de tant d'espérances, et que recouvre une obscurité impénétrable, quelque chose de profondément émouvant, même pour œlui qui n'a pas connu votre frère. Il était assurément de la famille de Christophe Colomb et de celle de tous ces grands et admirables découvreurs qui nous ont rendus maîtres de notre globe. Je vous rc* mercie et du livre et surtout du plaisir (si l'on peutap- [)eler plaisir ce qui laisse une impression douloureuse) que m'a donné sa lecture.
vaux et de la mort prématurée de Jules de BJosAeville, frère de Tautcur, officier de marine de la plus grande distinclion. On sait que Jules de lîlosscville, âgé de vingt-neuf ans, entreprit en 1835, comme comman> dant de la Lilloise ^ une expédition do découvertes dans les mers du pôle nord, d'où il n'est point revenu, et où toutes les recherches faites pour le retrouver ont fié infructueuses. Ce volume, écrit par le vicomte Eriicst, aujourd'hui le marquis de Blosseville, est assurément le plus beau monument qui put être élevé à la mémoire de sou frère.
À MADÀàlE LA COMTESSE DE PJSIEUX. 3(i9
A MADAME LA COMTESSE DE PISlElIX*
Tocque ville, 24 juillet 1855.
J'ai appris hier, chère cousine, que nous avions un compJiment à vous faire. Madame d'Alsace est accouchée, et, qui mieux est, d'un garçon. Vous voih'i doncarrièregrand'mère. Vous devez avoir quelque peine à vous habituer à porter ce titre vénérable; et j'ai moi-même bien de la peine à imaginer que vous Pavez, tant il me semble que je suis encore près du temps où je vous voyais si pleine de feu et de vie dans le salon de ma tante*, et près de vous Laure' presque enftmt. Ce salon, que vous eussiez suffi seule à animer de votre esprit, me revient souvent à la pensée. Il me semble que je n'ni jamais rencontré rien de si brillant depuis, et le souvenir de votre excellente mère mêle pour moi beaucoup de (Jouceur à cet éclat. Jamais ni vous, ni moi, ni vos enfants, ni vos petits-enfanfs ne reverront rien de semblable à la sociclc que nous avions alors sous les yeux. Les causes qui l'ont fait naître ont cessé d'exister et ne renaîtront pas. ^
Je vous remercie, chère cousine, de l'offre que vous me faîtes dans votre dernière lettre de m'envoyer le livre dont vous m'avez parlé. Il me serait inutile dans ce moment, où je ne puis penser à commencer un travajl quelconque; mais je vous prie d'apporter l'ouvrage en qnes-
i. Née Monlboissicr, pelitc-filie de M. de Mnlosherbes.