A M. L'ABBÉ LESUEUR
Albany, 7 septembre 1831.
Jugez du plaisir que j'ai éprouvé en arrivant ici, mon bon' ami, lorsque j'ai trouvé un paquet de lettres contenant la correspondance du 20 et du 30 juin. J'étais extrêmement inquiet des affaires publiques et de vous. Les lettres m'oi)l appris, en effet, que vous aviez été trèssouffrant et que vous l'étiez encore un peu au départ du courrier. Je grille maintenant de lire les lettres du 10 et du 20 juillet. Je sais qu'elles sont en Amérique. Mais on me les a envoyées à Boston , où nous serons dans deux jours. Ce n'est qu'arrivé là que je pourrai avoir' les bulletins ultérieurs de votre santé.
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Il me larde bien, je vous assure, de les couuailre. Je
ne puis vous dii-e, mon bon ami, quel plaisir j'éprouve à
me trouver enfin en communication réelle avec vous.
Jusqu^à présent il n^y avait que Tun de nous deux qui
parlait. Nous causons maintenant. Tous les détails qu'on
me donne sur la manière dont a été reçue ma dernière
lettre me font un plaisir extrême. Donnçz-nioi toujoui's
beaucoup de particularités ; ne craignez pas les petits
riens. Ce sont de grandes choses à deux mille lieues. ..
Nous venons de faire une immense tournée dans Touesl etlenoi^d deTAmérique. La dernière quinzaine a été consacrée à visiter le Canada. Lors de ma précédente lettre, je ne croyais pas faire ce voyage. Le manque de nouvelles politiques nous était devenu si insupportable, «pie nous comptions gagner Albany en droiture. Heureusement nous avons appris en route des nouvelles de France, et nous avons cru pouvoir disposer encore de huit jours pour descendre le Saint-Laurent. Nous nous félii citons beaucoup maintenant d'avoir entrepris ce voyage. Le pays que nous venons de parcourir est, par lui-même, très-pittoresque. Le Saint-Laurent est le plus vaste fleuve qui existe au monde. A Québec il est déjà très-large : un peu plus bas, il a sept lieues d'un bord à l'autre, et il conserve la même largeur pendant cinquante lieues encore. Il prend alors quinze, vingt, trente lieues, et se perd enfin dans TOcéan. C'est comme qui dirait la Manche roulant dans l'intérieur des terres. Cet immense volume d'eau n'a rien du reste qui surprenne, lorsqu'on !?onge que le Saint-Liurent sert seul d'écoulement à tous
les grands lacs, depuis le Supérieur jusqu'au lac Ontario. Ils se tiennent tous comme une grappe de raisin, et aboutissent enfin à la vallée du Canada.
Mais ce qui nous a intéressés le plus vivement au Canada, ce sont ses habitants. Je m'étonne que ce pays soit si inconnu en France. Il n'y a pas six mois, je croyais, comme tout le monde, que le Canada était devenu complètement anglais. J'en étais toujours resté au relevé de 1763, qui n'en portait la population française qu'à 60,000 pei'sonnes. Mais depuis ce temps, le mouvement d'accroissement a été là aussi rapide qu'aux États-Unis, et aujourd'hui il y a dans la seule province du Bas-Canada 600,000 descendants de Français. Je vous réponds qu'on ne peut leur contester leur origine. Ils sont aussi Français que vous et moi. Ils nous ressemblent même bien plus queles Américains des États-Unis ne ressemblent aux Anglais. Je ne puis vous exprimer quel plaisir nous avons éprouvé à nous retrouver au milieu de cette population. Nous nous sentions comme chez nous, et partout on nous recevait comme des compatriotes, enfants de la vieille France^ comme ils l'appellent. A mon avis, l'épithète est mal choisie. La vieille France est au Canada ; la nouvelle est chez nous. Nous avons retrouvé là, surtout dans les villages éloignés des villes, les anciennes habitudes, les anciennes mœurs françaises. Autour d'une église, surmontée du coq et de la croix fleurdelisée, se trouvent groupées les maisons du village : car le propriétaire canadien n'aime point à s'isoler sur sa terre comme l'Anglais ou l'Américain des États-Unis. Ces maisons sont
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bien bâties, solides au dehors, propres et soignées au dedans. Le paysan est riche et ne paye pas un denier d'impôt. Là se réunit quatre fois par jour, autour d'une table ronde, une famille composée de parents vigoureux et d'enfants gros et réjouis. On chante après souper quelque vieille chanson française, ou bien on raconte quelque vieille prouesse des premiers Français du Canada; quelques grands coups d'épéc donnés du temps de Montcalm et des guerres avec les Anglais. Le dimanche on joue, on danse après les offices. Le curé lui-même prend part à la joie commune tant qu'elle ne dégénère pas en licence. Il est loracle du lieu, l'ami, le conseil de la population. Loin d'être accusé ici d'être le partisan du pouvoir, les Anglais le traitent de dénuigoguc. Le fait est qu'il est lo premier h résister à l'oppression, et le peuple voit en lui son plus constant appui. Aussi les Canadiens sont-ils religieux par principe et par passion politique. Le clergé forme là la haute classe, non parce que les lois, mais parce que l'opinion et les mœurs le placent à la télé de la société. J'ai vu plusieurs de ces ecclésiastiques : et je suis resté convaincu que ce sont, en effet, les gens les plus distingués du pays. Ils ressemblent beaucoup à nos vieux curés français. Ce sont, en général, des hommes gais, aimables et bien élevés.
Ne serait-on pas vraiment tenté de croire que le caractère national d'un peuple dépend plus du sang dont il est sorti que des institutions politiques ou de la nature du pays? Voilà des Français mêlés depuis quatre-vingts ans à une population anglaise; soumis aux lois de l'Angle-
lérre , plus séparés de la mère pairie que s'ils habitait^nt aux antipodes. Eh bien ! Ce sont encore des Français Irait pour trait; non pas seulement les vieux, mais tous^ jusqu'au bambin qui fait tourner sa toupie. Comme nous^ ils sont vifs, alertes, intelligents, railleurs, emporté^ grands parleurs et fort difficiles à conduire quand 'cy^ passions sont allumées. Ils sont guerriers par ^^^'V:^ ^ Bl aiuioul lé biuiL plus que TaimMiL. A ccUil tH th*s t:^^ t^ux dans le pays, se trouvent des Anglaïs UegnÇv *'t logidens comme aux I)ords de la Tamise; 'V prëtédeiHs, qui veulent qu'on élablissc la m^^ x)Sï^ de songer à passer à la mineure ; gens sages %''''^' que la guerre est le plus grand Ik'au de h mais qui la feraient œpendaut aussi b paj'cc qu'ils ont calculé qu'il y a des chirs,^ a supporter que la mort.
Adieu, mon bon ami, je vous ai du fond de mon cœur'
A H. LK HAHOiN K. D
C'**sl hier ausaîr, imn filial pat] net qui nfa nmiV J'étais déjà iiiq l^its ap|Hirté de Idti'e
jamais.
ei sa tendresse, je me doutais que la maladie élait plus grave que vous ne me le disiez; et bien des fois, dans la route, j'ai répété à Beaumont que je tremblais d'apprendre un grand malheur en arrivant à Boston. Hier, bien qu'il fût tard, je me suis fait donner mes lettres à la poste. En ouvrant le paquet et en ne voyant pas son écriture, j'ai connu la cruelle vérité. J'ai éprouvé en ce moment, mon cher Edouard, la plus vive et la plus poignante douleur que j'aie jamais ressentie dans ma vie. C'est un de ces chagrins que les mots ne peuvent rendre. J'aimais notre bon vieil ami comme notre père ; il en avait toujours partagé les soins, les inquiétudes, la tendresse, et cependant il ne tenait à nous que par le fait seul de sa volonté. 11 nous a quittés pour toujours, et je n'ai pu recevoir sa dernière bénédiction ! On a beau dire, mon cher ami, qu'on doit s'accoutumer d'avance à l'idée de se séparer d'un vieillard de quatre- vingts ans; non, on ne s'habitue point à l'idée de voir disparaître tout à coup le soutien de son enfance, l'ami, et quel ami! de toute sa vie. J'espère pai^venir à me roidir enfin contre ce malheur affreux ; mais il n'en restera pas moins au fond de mon âme l'idée poignante, parce qu'elle est vraie, que nous avons perdu ce que ni le temps, ni l'amitié, ni l'avenir, quel qu'il soit, ne peut nous rendre, ce qui n'est donné qu'à peu de personnes de trouver dans ce mottde : un être dont toutes les pensées, toutes les affections se rapportaient à nous seuls ; qui ne semblait vivre que pour nous. Je n'ai jamais vu ni entendu parler d'un pareil dévouement. Oh! si tu savais, mon
pauvre j^douard, quelle fôte je me faisais de le revoir! avec quel bonheur je me représentais sa joie en me serrant de nouveau dans ses bras!- Dans mon avant-dernière lettre je m'adressais à lui comme s'il civait encore pu m'entendre; je lui peignais ma joie au retour. Au lieu de cela, je verrai sa chambre déserte ; je ne vous em- , brasserai' tous qu'avec de l'amertume au fond du cœur! Non, je ne puis encore me figurer que je sois séparé de lui pour toujours. La nuit dernière, il me semblait encore le voir devant moi avec ce regard de bonté et de tendresse qu'il avait toujours en nous regardant. Mais je n'entendrai plus jamais sa voix ; il ne me reste plus de lui que ses conseils et son exemple. Oh 1 mon pauvre ami, je voulais t'écrire tranquillement; mais ces cruelles idées sont plus fortes que ma volonté, et je vois à peine ce que j'écris. La pensée de cette séparation éternelle pèse comme un poids insupportable sur mon âme. Je la retrouve partout; elle semble s'attacher à tous les objets. Ne craignez pas cependant pour ma santé*. Je vous le dis en vérité; elle est bonne, et la nécessité absolue où je suis de m'occuper m'aidera, j'espère, à supporter cette cruelle épreuve. Au milieu de ma douleur, il y a une idée qui me soutient : il est peut-être heureux d'avoir cessé de vivre dans les circonstances où nous vivons. Il est parti pour un monde meilleur, nous laissant tous sinon heureux, du moins encore tranquilles. Qui sait le sort qui attend sa famille adoptive à l'entrée d'une époque de révolutions comme celle où nous sommes ? Peut-être eût-il été réservé à des épreuves qu'il lui eût été impossible de supporter?
A V. LE BAROX E. DE TOCQUEYILLE. 61
El puis, mon cher ami, jamais je n'ai été sâr du bonhaïr âemel de personne comme du sien. J ai lu beaucoup de choses dans ma Tie sur Fimmortalité de Tàme, et je nVn ai jamais été aussi complètement convaincu qu'aujourd'hui. Que celui qui, comme notre bon ami, n'a\écu que pour bien faire, subisse le même sort que les plus grands criminels, voilà contre quoi ma raison et mon ooeor se soulevait avec une violence que je n'avais jamais sentie. Hier au soir, je l'ai prié comme un saint; j'espère qu'il a entendu ma voix et qu'il a vu que ses bieD&its n'avaient point été tout à fait perdus. Ma plus grande consolation dans ce moment, mon cher Edouard, est de pens^ que nous ne lui avons jamais causé pour notre part un chagrin véritable. 11 n'y a pas un moment de sa vie où il n'ait pu voir à quel point nous lui étions atladiés. D me l'a dit cent fois. C'était là le seul charme de sa vidllesse, et c'était à nous qu'il le devait;. et cependant que nous âions loin de nous être acquittés envers lai! Ce pauvre vieil ami ! avec quel désintéressement il sacrifiait toujours son bonhau* au nôtre ! Je suis sûr qu'en me quittant il était poursuivi des plus tristes pressentiments. Eh bien! pour rendre la séparation moins pénible, il m'assurait presque avec gaieté qu'il avait la fmne espérance de me revoir. H me l'écrivait encore dernièrement, pourdiminuer l'am^ume del'absence .J'avais presque fini par me laisser aller à le croire moi-même; mais nous nous trompions l'un et l'autre : je ne le re- Terrai jamais. Remercie mon père et ma mère pour les tendres soins qu'ils lui ont donnés; ma mère surtout.
qui a si besoin elle-même de soutiens. Puisque le malheur a voulu qu'aucun de nous ne fût là pour recevoir son dernier soupir, ce m'est du moins une consolation que ses derniers moments aient été entourés d'attentions et de preuves d'amitié. Il les aura senties, j'en suis sûr; son cœur ne perdait rien.
12 septembre.
Voilà déjà deux jours que je suis arrivé ici. Je commence à reprendre le cours de mes occupations et à pouvoir, de temps en temps, me tirer de moi-même; mais il faut bien y rentrer quelquefois, et alors je ne puis le rendre quelle impression déchirante j'éprouve. Chacun a sa manière de sentir. Il y a des chagrins qui sont communicatifs. Moi, je voudrais pouvoir fuir le monde entier... et cependant j'éprouve de la consolation à l'écrire. C'est un triste bonheur; mais c'est un bonheur cependant de décharger son cœur et d'exprimer une douleur qu'on sait partagée. Je sais que tu comprends tout ce que j'éprouve, parce que tu l'as éprouvé toi-même. Les liens qui nous attachaient à notre pauvre ami n'étaient-ils point les mêmes? Comme moi, combien de preuves d'une amitié sans bornes n'as-tu p*is reçues de luil qui a jîh mais pris plus d'iulcrtH que lui h ce qui i'arrirail d'hi**^ reux ou de malin ineiix ! ef quand iu élais rtiAtude, rjiifi de soins il avait de loi ? (défait la même dimt: pimrérM eun de nous. Je nie souviens que quand jVirtiv umbili c'était sur son vîsajre que je rlierelinis h lUv \
lait espérer ou craindre. Sur ce point je le croyais plus que moi-môme. Te rappelles-tu, mon cher Edouard, quand nous sommes revenus d'Italie, quel bonheur il a eu de notre retour? Je crois encore le voir ! Il avait les larmes aux yeux, et ne savait comment exprimer sa joie. Une des plus grandes satisfaclions qui eût pu m'arriver dans ce monde eût été de lui redonner un pareil moment de plaisir ; mais Dieu ne l'a pas voulu.
Je commence, mon cher ami, à ne plus penser sans cesse à la perle que nous venons de faire; mais il me semble que chaque fois que ma pensée se porte sur cet objet, et elle le fait mille fois par jour, j'éprouve toujours la même angoisse que le premier moment. Je crois qu'il en sera toujours ainsi; ma raison est d'accord en cela avec mon cœur. J'ai perdu un des plus grands biens de ce monde. Dix ans n'empêcheront pas que cela ne soit aussi vrai qu'aujourd'hui. Plus je compare l'amitié qu'il avait pour nous à tout ce que je connais du même genre, plus je trouve qu'elle ne ressemblait à rien ; et cependant elle n'est plus maintenant pour nous qu'un souvenir.
Je pense que ce doit être pour vous une cruelle chose do recevoir maintenant les lettres que je lui écrivais. Moi-même je sens que mon cœur se brise en pensant à tout ce que je lui mandais de gai ou de rassurant. Il y a quelque chose d'horrible pour moi dans la pensée qu'a:i moment même où j'exprimais de pareilles idées, il n'existait déjà phis. Enfin, mon bon ami, que te dirai-je? Il y a au fond de mon cœur une amertume affreuse, une douleur profonde qui m'ôte le courage d'entreprendre quoi»
que ce soit et fait que je me livre aux travaux qui m'intéressent le plus, comme un condamné à sa tâche. Il me semble que je vois tous les objets sous une couleur sombre, et que tout .ce qui m'enloure est changé comme moi-même.
Je ne veux point cependant terminer cette lettre sans te parler de toi et d'Alexandrine. Embrasse-la bien de ma part. Il me semble que ce malheur vous rend tous encore plus chers pour moi. Jamais je n'ai senti plus vivement qu'aujourd'hui que tout le bonheur de ce monde se trouve dans les affections de famille.
Boston, 27 septembre 1851.
J'ai reçu, à trois jours de distance, ma chère maman, les courriers du 30 juillet et du 10 août. Je vous remercie vivement du soin que vous avez de m'écrire; je n'aurais jamais osé compter sur le plaisir de voir si souvent de votre écriture ; et quand je pense à l'effort que vous coûte une Jettre, les vôtres deviennent bien précieuses pour moi, je vous assure. Je vous avoue cependant que le moment où j'ouvre le gros paquet qui m'arrive de France, sans voir l'écriture de notre bon ami, est bien pénible. C'est une impression à laquelle je ne puis m' habituer. J'étais si certain, autrefois, de trouver dans chaque paquet un témoignage de sa tendresse, une de ces lettres qu'on aurait conservées avec soin, eût-
A MADAMK LA CUMTKSSE DB TOCULEVILLK. O:.
«•Ile été adressée à un autre, lant il savait répandre de charmes sur les moindres choses ! l'absence de celte lettre me ghice le cœur, et y laisse pendant longtemps une amerliime inconcevable. Je vous ai déjà fait remercier, ma chère maman, mais je veux vous remercier moi-même de tous les soins que voiis lui avez donnés dans sa dernière maladie ; il me semble que j'en suis plus louché que si je les avais reçus moi-même. Notre vieil ami aura vu combien il nous clait cher; et ses derniers moments en auront été adoucis. C'eût été pour moi la plus grande de toutes les consolations, de pouvoir me Irouver alors près de lui et de recevoir sa dernière bénédiction. Ce bonheur m'a été refusé; et au lieu de cela, je suis entraîné, chaque jour, dans des travaux qui éloignent mon esprit de la perle que nous avons faite el m'empêche de me livrer, comme je le voudrais, comme je le devrais peul-etre, au souvenir de sa tendresse et de ses exemples. J'espère cependant que si, comme je n'en doute pas, il voit ce qui se passe dans nos cœurs, il aperçoit que je ne suis pas ingral et qu'il occupe au fond d(* mon àme une place qui sera toujours la sienne, tant que je vivrai.
J'ai peur, ma chère maman, que vous et les autres membres de la famille, vous ne vous exagériez les avantages que je dois retirer de ce voyage-ci. Le résultai le plus clair que je lui vois est de me donner d.; l'expérience et de me fournir, sur la plupart des questions qui nous agitent en France, des idées qui pourront m être un jour d'une utilité pratique. Mais écrirai-je ja-
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mais rien sur ce pays? C'est ce que j'ignore, en vérilc, complélement. Tout ce que je vois, tout ce que j'entends, tout ce que j'aperçois encore à distance, forme une masse confuse dans mon esprit que je n'aurai peut-être jamais le temps ni le pouvoir de débrouiller. Ce serait un travail immense, que de présenter le tableau d'une société aussi vaste et aussi peu homogène que celle-ci. Je continue à recueillir avec ardeur toute sorte de documents.
Nous parlons aujourd'hui pour Hartford, dans le Connecticut; nous serons à Philadelphie vers le 6 octobre.
Adieu, ma chère maman, je pense à vous tous sans cesse. Je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que. mon père, mes frères et mes sœurs. Elles m'ont écrit toutes les deux les lettres les plus tendres. Je vous envoie une lettre pour mon oncle Rosambo.