‹ Œuvres complètes d'Alexis de TocquevilleChapitre 62 sur 72 · coIl^I•:sl»oM)A^•cE · texte numérisé non relu

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son corps à Tcgliso. Il paraît que plusieurs voulaicm qu'on ne lût le leslatnenl qu'au retour de la cérémonie. Mais ce môme X..., toujours obstiné cl prudent, avait chargé spécialement son exécuteur testamentaire de faire respecter celle clause. Celui-ci, enlélé et de plus mécontent, a menacé de faire du bruit, si on voulait passer outre. On a donc cédé, et au dernier moment on a déclaré à l'assistance qu'on allait conduire le mort non u l'église mais en terre. Cela était fort triste en soi-même. Le côté comique fut Tindignation que manifestèrent aussitôt certains hommes pieux du nouveau régime, tels que F..., par exemple; il paraissait scandalisé jus({u'/i l'horreur ; L, V . a presque maudit le corbillard qui tournait vers le Père-Lachaise et non vers Saint-Louis-d'Aiilin. Un homme qui s'est mêlé de l'éducation des prince^s donner un pareil scandale 1 enlendais-je dire autour de moi ; il y a dans ce dernier acte quelque chose d'impardonnable! Adieu, à bientôt! Je tiens votre itinéraire secret et vous embrasse.

A M. LE CONTE DE GliiCOUUT

Tocqiicville, \1 avril 1S57.

J'ai revu ave(; grand plaisir votre écriture, cher monsieur de Circourt. Il y avait longtemps que J'étais privé du plaisir (h recevoir des lettres de vous, et cela me manquai! rœllement. J'avais espéré un instant vous rencontrer en Angleterre où nous avons tant d amis communs. Mais à

A M. LE COMTE DE CIRCOURT. 451

riiislanl où il me semblait vous saisir, vous m'avez échappe tout à coup, comme ces acteurs qui disparaissent par une trappe delà scène. Votre lettre m'explique cette circonstance, et comment le spectacle du monde vous a fait fuir au désert. Vous savez que depuis longtemps je me permets de vous faire des querelles à l'occasion de ce dégoût des hommes qui vous prend tout à coup, et aussi de la vue par trop noire, ce me semble, que vous avez de Tavenir. On doit, si je ne me trompe, juger la condition de son temps comme la sienne propre, par comparaison. On risque sans cela de se trouver toujours malheureux. Quand je me sens tenté d'être mécontent de mon sort, je baisse les yeux vers tant de miisi^rable» qui remplissent le monde cl couvrent pra^que la mr(u(ut de la terre; de même quand je me ^n« de frop mau* vaise humeur contre mescontem^jorainj», je regardai TIiih* toire. Combien de temps pires que le nôtre! (U)mhim d'hommes plus mauvais que nm contemporain^^ i Si tumn avons perdu des vertus mâlt^, combien de [^Akwmn liolentes et déTaslatrices ne&rint [ioint <di(tiédieb! éuntihUm de conquêtes sur la vieille li^rl^rie ! Ne ytymh done pi^ fâchés d*être au monde, je vou>^ pi i<^

Il faut avouer que notre umlttt a r^i^fU dit i:ivUv h une étoile. Le lionheur le h^orï^, d'us^i^ i^ynu^/i* m^umv. Si rinsurretiîonderk 3<; cûte^j ]i<^j ici jJ \ afioi^;^o^;ell4; eût amené une coun>li<^ti<ju foirmidciUe ^laot ^l^î^ di'h'm'ii . Aujourd'hui elle sert ioen^jJlaufeeiiM:*i( Unjfc ^'.^ ^nv\^\^^ cl fait, de plus en plus, pouiles Axi^lait^de VuWmii-A^, Um> raise, non p»s une afflkue de c4k>îk^ tmï^ df^t iU'AAthHi/^

452 CORUESPOiNUANCE.

Croit-on que rambassadcur anglais à Constantinople soit enfin rappelé? Avec quelle admirable désinvolture lord Palmerston a abandonne sa politique et ses agenls, dès que le moment en est venu ! . . .

A LADV THÉHÉZA LEWIS

Tocque ville, 5 aoùl 1857.

Je me sens un peu embarrassé, madame. Je craias de vous ennuyer en vous écrivant : et cependant je ne voudrais pas que mon silence vous fît croire qu'en quittant l'Angleterre j'ai perdu le souvenir de tous les témoignages d'amitié que j'y ai reçus, particulièrement chez vous. Le moyen de me tirer de cette difiîculté, c'est de vous prier de ne point prendre la peine de me répondre, du moins tant que vous serez à Londres. Je sais à quel point vous êtes accablée d'occupations dans cette ville, et je me reprocherais en vérité d'y rien ajouter.

Je serais bien ingrat si je ne ressenlais pas vivement tout ce qu'on a fait pour moi dans ce pays; et je puis vous assurer que je ne le suis point. Parmi les personnes auxquelles je dois le plus de gratitude, se trouve lord Clarendon ; je le lui ai déjà écrit. Veuillez, je vous prie, le lui dire. J'ai été particulièrement sensible à la confiance qu'il m'a montrée en me laissant lire les docuinenls diplomatiques du commencement delà Révolution. J'ai eu le grand plaisir, en outre, de Irouver dans tes, pièces la preuve que l'opinion si généralement accré-

. .:«• tf-ifii Fifi{Dii<ito' '^ii&e* Etes Anii^î!.t{ii< ai^Jifl^iiiid s<tVïri-l!ei«ik''aîill

*^Ui'^(flrirk"DB«i'e.. JTaioflirîSiî îsrjRKul |iji2>ir aimssi à le dinre aia ;:ciJlL<c^ «(jniuisL^ je fcil'-î'îiflrai Haï fijDi de MiKi>iïi innvo».

Jt lOi/'Uiei a^oflfle, iffiiKïHJaam\ c-ll je shûïs sût «juae w»«ft> zztt puiifJii!«L"5iiE«:2^»ijMei!iiMil^irê (lft}«aiill leeJiaimiieqiiQej'ai IrvMiiw î nmucim <*^«ofl]ir eta Aini^ileflieTre, j"êp«no'Mve Mime gxauDKÎe (dk)>wiftffLT à mme reiLmoida^eir «le nDio^fl^tcau «ibiDKS iii(i}iD mefiBucsie et $j4i2£§^ ïïm:m kÀL Lai ini&e JlerAi]);^!!<e'llerre m'ai un f^ti ^ilie, il «fisfl vr-iiii, la pme^nmàèire iwie de k FranHf-e ; il m^'a s^-mliie rinc no .'SB TÔlb^e e';ui:i!l ejnioi»ine iniîK"îitts pro^^re qu*ai\'ïftiiiill jitiiSi ê-tfmî^ muns cîi^tmïps hcho'Îidis tîea etnLîvês ell niia zïiiJiâDfln pi'itts ks"i$e. Ce qm me maiihij'ire le pHiics daiHis ratffietflî îftfffliêol de ce pinvsHei^ aij^^nes ;3iw>îr quDimê le ^Ci.L'tfv cVtsJl b vnÉe de Infe-sîiracds a bines rv^|V5(ikliit$ «le ' :«::^ icv^uis d^in^ b Cî3i!ïiî.iiji3i;^iiîe. Les gnuiids acbirvs; sobîI 'iiift' is&sikuû^ysiï airt>ll«<X'ralîkjiiîe qaiie je tiù-jus eci^ie Itieaii-

XiO!ji> êj'trcHMVKXfiBs id une grtaiiMÎe aiaxiedê à r<i*(Nra<K>n i»>s afikMires de Tliide. Ma femme, quai a oi^î^^rw dans le • *i\^mT h G!)4re anjlike, en est cu>nsl(ammt'iil j^miieeiiipêe ; -ti:^ jpïiifluriîua i^H^ je swîs les; dcn-efof|>iemenls de ce drame i-^tfic ujDe enrkît^iliê ïn<i|îiièlie. Je s«k ctOkn\aînaK d« reste, c^ie i^QHffls triomp>berez. Mais que de sang |*ivdeBïX a d<ejà

àâmàj, madame, rappelei-moî de la manière la phis fariknlière à sir G. CMrniic;:Ul et TeuslUz agrver pour d^me amitié bien sineèreel d^uie rv-

.i5i COKRESPONDANCE. ^

connaissance qui est ressentie plus facilement qu'exprimée.

P. S. Ma femme veut que je vous parle d'elle et vous offre son bon souvenir. %

A M. GUSTAVE DE BEAUMONT

Tocqucvillc, 17 août 1857.

Votre femme qui, il y a quelques jours, a écrit la plus charmante lettre du monde à la mienne, lui a annoncé le dernier et heureux examen d'Antonin. Je suis bien aise que celle épreuve soit passée, et je vous vois désormais jouissant du plaisir de vous retrouver chez vous avec tous les vôtres autour de vous, et dans le charme de la vie des champs. Plus je vais, plus, pour ^na pari, je suis sensible à ce charme-là. Autrefois, après la vie que j'ai menée à Londres, le calme profond de ma retraite m' et paru d'abord pénible ; des jours et peut-être des semaines se seraient passés avant que l'agitation de mon esprit fût assez calmée pour me permettre de goûter les plaisirs très-doux, mais très-tranquilles et très-uniformes, de mon intérieur. Cette fois j'ai été saiéi sans transition par celle impression de bonheur domestique, qui sur-le-champ a remplacé et comme violemment chassé de mon cœur toutes les impressions plus vives, mais moins pénélrar.les, qui l'avaient rempli en Angleterre. Suis-je devenu plus sage que dans noire jeunesse,

A M. GUSTAVE DK UEAlilONT. 455

on seulement plus vieux ? Je crains que je sois Feulement devenu plus vieux; mais je ne veux pas regarder les choses de Irop près. Tant il y a que je suis enchanté d'être de retour chez moi, enchanté d'y reprendre mille petites occupations, dont je n'ai pas même le mérite de me bien tirer, et surtout enchanté d'y être seul.

Vous triompheriez si vous voyiez la peine que j'ai à me remettre au travail, et la pente qui m'entraîne à m'endormir dans les petites affaires de tous les jours. Ou plutôt vous ne triompheriez pas, mais me gronderiez et vous auriez raison. Je ne crois pas me tromper en affirmant que cette somnolence sera passagère, et que, dès que je serai quitte des visites, je reprendrai l'œuvre avec plus d'ardeur et d'entrain que jamais. Il me semble du moins ressentir cette impatience intérieure, qui autrefois précédait chez moi l'action vive

Quelles horreurs viennent de se passer dans l'Inde, et s'y passent peut-être encore ! Je ne puis m'imaginer que la domination anglaise soit véritablement en péril malgré les apparences. Du reste, personne ne connaît, au vrai, les dispositions de l'Inde, pas même en Angleterre : c'est ce que m'ont avoué tous les hommes d'Élat de ce pays, à commencer par lord Palmerslon. C'est là le plus grand mal qu'a produit le gouvernement de ce grand pays par une compagnie. Elle a dérobé l'Inde à la vue de l'Angleterre; et l'eût-elle bien gouvernée, il ne faudrait pas moins déplorer ce résultat. Car tout le ressort des Anglais est en eux-mêmes, dans leur perspicacité

ifiO CORRESPONDANCE,

pralique, dans leur énergie à corriger, réprer, suppitvr le vice des insliltilions et raction des faits eoniraires. Mais pour cela, il faut voir, connaître, comprendre. Depuis un siècle, ils ne voient rinde qu'à Iravers un corps étranger qu'on nomme la Compagnie. On a fait valoir bien des arguments contre cette institution coloniale; mais non celui-là, qui me semble pourtant le principal. Il frappe aujourd'hui; mais il est bien tard... J'aurais encore cent choses à vous dire, mais me voilà au bout de mon papier.

A M. BODCHITTÉ

Tocqifeville, 25 aoùl i857.

Je suis bien fâché, mon cher ami, d'apprendre que l'état de mademoiselle votre nièce n'est pas encore assez satisfaisant pour vous donner la certitude de pouvoir vous éloigner d'elle au mois d'octobre. Je conçois votre répugnance à vous éloigner des vôtres avant d'avoir l'esprit tout à fait tranquillisé. Tout ce que je puis vous dire, c'est que si vous pouvez venir, vous nous ferez grand plaisir. Votre voisin Rivet m'a promis de venir aussi vers celte époque ; et dans le même temps Ampère sera établi à poste fixe chez nous. Vous voyez que vous pouvez compter sur une bonne compagnie.

Je suis revenu d'Angleterre, il y a trois semaines, après avoir fait dans ce pays un voyage qui ne m'a pas appris beaucoupdenouveau (car jeconnaisdepuislonglempS très-

A M. DE LAYERGNE. 457

liieii IcsAnglaischezcuxelhorsdecliczeiix), mais qui m'a rlc? exirêmement agréable. J'ai trouvé dans ce pays une réception si flalleuse, que j'ai dû, en bonne conscience, 1 allribuer autant aux principes que je soutiens qu'à moijnéoie, et ai pu m'en réjouir légitimement. Vous pensez que ces impressions rapportées de mon voyage n'ont pas diminué le désir que j'ai de continuer mon livre de mon mieux. Mais cela même m'oblige à des études et à des soins qui m'empêchent même de prévoir quand je pourrai publier.

Je voudrais bien, pour toutes sortes de raisons, que vous puissiez, vous aussi, vous remettre bientôt à l'œuvre; cela prouverait que vos préoccupations de famille ont cessé, et nous ferait espérer une étude originale sur ce sujet éternel : l'action de Dieu sur 1 homme et de l'homme en vue de Dieu ; sujet dans lequel chaque génération vient déposer su pensée, que chaque individu traite intérieurement, soit volontairement, soit involontairement, sans en jamais trouver le fond; peut-être n'y a-t-il pas de fond, pas du moins que puisse toucher Tintelligence humaine.

Crovez à tous mes sentiments de bien sincère amitié.

A M. DE LAVERGXE

Tocqiirvill'», 4 septembre 1857.

Yolre lettre nous a fait le plus grand plaisir, cher coni avons appris ainsi de vos nouvelles et eu la

KiS CORRKSPONDANCK.

preuve que vous pensiez quelquefois à nous : deux choses qui nous sont loujours Irès-agréables à savoir. Il mo semble comprendre par votre lellre que vous êtes maintenant de retour à Paris. C'est donc là que je vous écris. Ainsi que vous le savez, j'ai fait, depuis que nous nous sommes vns, un voyage en Angleterre.... 11 faut que je vous dise sur-le-cbamp que, partout où j'ai prononce voire nom et m'en suis recommande, j'ai eu le plaisir de voir que vous ôles apprécié par les Anglais comme vous méritez de l'élre. Le mérite si solide de voire livre^ (mérile que je me (laite d'avoir découvert un des premiers) vous a donné là, dans l'eslimc publique, la place élevée qui vous est due. J'ai joui infiniment de ce légitime succès. Sur nn seul point je me suis permis quelquefois de combatire une opinion que vous avez émise et à laquelle votre nom donne un grand poids. Les Anglais ont conclu des arlicles, si remarquables, du reste, que vous avez publiés dans la Revue des Devx Moiidei sur le recensement, que la France élait en pleine décadence. Je vous avoue que si l'on se borne h parler du bien-éire matériel et des cboses qui y conduisent, je n'en crois rien ; et c'est ce que j'ai cberché à prouver à mes amis d'outre-Mancbe, bien étonnés de me voir sur ce point d'une autre opinion que celle d'un bomme que je louais, d'ailleurs, si souvent. Je crois que l'impression produite en Angleterre par vos articles a dépassé ce que vous vobliez. Elle va bien au delà du gouvernement ne-

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