CHAPITRE XIX
DES SYMPTOMES OVI SVIVENT L’AME- TRIE DES EXCREMENS : ET PREMIERE- MENT DV FLVX DE VENTRE.
Aprés les symptomes de l’action lesée, viennent ceux qui appartiennent à l’ametrie des excremens. Entre lesquels est le flux de ventre, qui est vn accident fort commun des fiéures, quelquesfois vtile et profitable, quelquesfois tres-mauuais et pernicieux.
Celuy qui est tousiours mauuais est le lienterique, qui vient de boire trop, ou de quelque malignité qui par les fiéures pestilentielles et malignes dissout les forces de l’estomach et des intestins.
À ce flux de ventre icy, il faut tant qu'on peut forlifier l’estomach et les intestins , tant par les remedes interieurs qu’exterieurs. On fait des poudres auec les choses qui astreignent et fortifient, comme spodium, santaux, bol armene, sang de dragon, perles preparées, coraux, et autres.
On donne des opiates auecla conserue deroses, le mastich, la chair de coings, le rhapontic, les mirabolans : exterieurement on fait des linimens auec huiles de myrtilles, de mastich, de coings : on applique des emplastres de mastich et de cotignac à l’estomach:
on fait des sachetset fomentations de
DES FIÉVRES.
choses adstringentes et corroboratiues. Que si tout cela ne profite, on recourt aux choses qui prouoquent le sommeil , lequel, comme dit Hippocrates au liure de Victu in acutis, arreste toutes sortes de fluxions.
L’autre flux de ventre qui est vlile est humoral , ou diarrhoïque, par lequel les mauuaises humeurs sont euacuées. Mais à fin qu’il soit profitable, premierement , il faut qu’il survienne à la fin des fiéures, 1ors que les humeurs sont cuites et domptées par la nature : secondement, il faut qu’il soit moderé, veu que toutes choses qui sontsans mesuresont ennemies de la Nature. De là nous apprenons qu’il ne faut pas tousiours arrester le cours de ventre : car ce seroit bien souuent enfermer le loup dans la bergerie, comme l’on dit. En outre nous apprenons que le cours de ventre moderé nous montre le dessein de la nature, qui est de chasser hors les humeurs nuisibles. C’est pourquoy il ne faut point faire de difficulté, lorsqu'on voit tel flux de ventre, de donner quelque doux purgatif, à fin d'aider à la - nature, qui bien souuent ne vuide quele plus clair : le terrestre ou limonneux demeurant au corps, qui est bien souuent cause de recidiues. C’est pourquoy il est bon de donner les purgatifs qui puissent entraisner, auec ce qui sort volontairement, les humeurs plus grossieres et limonneuses. Que si le flux deuient immoderé, alors il faudra temperer les humeurs chaudes auec medicamens rafraichissans, fortifier l’estomach auec des corroboratifs , adoucir les boyaux auec quelques clysteres detersifs et anodins :
purger doucement les humeurs auec le catholicum doublé de rheubarbe, ou auec la rheubarbe en infusion, ou bien meslée en tablettes ou opiates.
On peut pareillement prouoquer le sommeil, qui arreste les fluxions, comme dit est, contempere les humeurs, et fortifie les parties.
Il y a deux autres sortes de flux de ventre, l’vn qui vient de l’imbecillité ou corruplion des parties nobles, qui est tout à fait mortel : et l’autre qui est colliquatif, à cause du grand feu qui fond la substance propre du corps, et celuy-cy n’est gueres moins perilleux.Toutesfoisil faut {ascher à moderer ceste grande chaleur par toutes sortes d'artifices, ce qui reüssit quelquesfois assez heureusement.