‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 128 sur 602 · DE LA SEICHERESSE , NOIRCEVR, ET AV- TRES ACCIDENS DE LA LANGVE · texte numérisé non relu

DE LA SEICHERESSE , NOIRCEVR, ET AV- TRES ACCIDENS DE LA LANGVE

D’autantque la langue a sa tunique commune qui l'enueloppe auec toute la bouche, l’œsophage et le ventricule, et qu’elle a de petites veines par lesquelles elle a communication auec les visceres, il arriue de là que de la couleur de la langue nous iugeons de la disposition des entrailles, et des humeurs qui sont contenues dans les veines. Aussivoyons-nous durant les fiéures que la langue prend diuerses qualités et affections, selon la condition, violence, et malignité de la fiéure. Cela arriue volontiers à la langue, pource que les vapeurs qui s’esleuent de bas en haut, lors qu’elles sont paruenues iusques à la langue, pour ne pouuoir passer outre et pour trouuer la langue molle et spongieuse, elles s’y attachent et la rendent telle qu’elles sont, tantost aspre et rude, tantosl noire, tantost fendue, tantost seiche, et ainsi des autres. Doncques tous ces accidens icy sont produits par les fumées bruslées qui s’esleuent de tout le corps, et font le mesme effet que les fumées qui s’esleuent du bois qui brusle, lesquelles noircissent la cheminée, et y font croistre vne suye qui la couure comme vne grosse crousle.

Or l’aspreté de la langue venant d’vne grande seicheresse doit estre corrigée par les remedes qui humectent, lenissent et adoucissent, comme par le syrop violat, de iuiubes, de sucre candi, sucre de reglisse tenu en la bouche. À mesme effet on prepare vYn gargarisme de decoction d'orge,

de racine et semence de guimauues, de semence de lin, de fueilles de laictue et de pourpié, de fleurs de violettes, auec quelque syrop conuenable.

Les mesmes medicamens sont bons à la noirceur de la langue, ensemble les frictions que l’on y fait auec vn linge rude ou auec vne cuilliere d’argent, lauant aussi la bouche auec verjus, vinaigre, vin blanc, syrop aceteux , miel rosat, suc de limons, d'orange et autres.

Quand la langue est fendue et comme decoupée en diuers lieux, pour l’adoucir on prepare le mucilage de semence de coings et de psyllium :on1a laue auec le laict clair, ou mesme auec le laict : on fait vn gargarisme de feuilles de laictue, de pourpier, de plantin, de langue de chien, semence de coings et de psyllium, auec le miel rosat ou violat, et le syrop violat. Pour les ordures qui s'attachent à la langue, aux dents et au palais de la bouche, on les gratte auec vnecuilliere d'argent, et on laue la bouche auec les mesmes remedes cy dessus specifiés.

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