‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 200 sur 602 · CONVERSATION ET COMPAGNIE DES SAINS · texte numérisé non relu

CONVERSATION ET COMPAGNIE DES SAINS

Or ayant conneu par les signes susdits que quelqu’vn sera espris de lepre ja confirmée, et considerant le danger qu’il y a de conuerser auec telles gens, les magistrats les doiuent faire separer et enuoyer hors de la compagnie des sains, d'autant que ce mal est contagieux quasi comme la peste, et que l’air ambiens ou enuironnant, lequel nous inspirons et attirons en nos corps, peut estre infecté de leur haleine, et de l’exhalation des excremens qui sortent de leurs vlceres : et l'homme sain conuersant auec eux l’attire, cequ’ayant fait, il luy altere et infecte les esprits, et par consequent les humeurs, dont aprés les parties nobles sont saisies, qui cause la lepre. Et pour ceste occasion, il est bon et necessaire de les faire separer, comme j'ay dit : ce qui ne repugne point aux sainctes Ecritures. Car il est escrit que le Seigneur fit separer les lepreux hors de l’ost des enfans d'Israël. Aussi aux leuites est commandé le semblable ! : et est ordonné pour les connoistre, qu'ils ayent les vestemens deschirés, et la teste nue, et soient couuerts d’vne barbute, et appellés sales et ords :

mais auiourd'huy on leur baille des cliqueties et vn baril, à fin qu’ilssoient conneus du peuple.

Neantmoïins ie conseille que lors qu’on les voudra separer, on le face le plus doucement et amiablement

1 Nombre 5. — Leuit, 13. — À, P.

DE LA PÊTITÉ VEROLLE ET LÉPLE,

qu’il sera possible, ayant memoire qu’ils sont semblables à nous:et où il plairoit à Dieu, nous serions touchés de semblable maladie, voire encor plus griefue. Et les faut, admonester que combien qu’ils soient separés du monde, toutesfois ils sont aimés de Dieu en portant patiemment leur croix. Qu'il soit vray, Iesus Christ estant en ce monde a bien voulu communiquer et verser auec les lepreux, leur donnant santé corporelle et spirituelle : car il est escrit qu’vn lepreux s’inclina deuant Lesus Christ, disant: Seigneur, situ veux tu me peux nettoyer : et [esus estendant sa main le toucha, et luy dit : Iele veux, sois net : et incontinent la lepre fut pettoyée. Outre plus est escrit que Jesus vne autre fois guerist dixladrest.

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