‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 209 sur 602 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A SCAVOIR SI LES ANIMAVX VIVANS DES BESTES VENIMEVSES , SONT VENI- MEVX, ET SI ON EN PEYT MANGER SANS DANGER Î.

Les canars, les cicoignes, les herons, les paons, les cocqs d'Inde et autres poullailles mangent et viuent de crapaux , viperes, aspics, couleuures, scorpions, araignes, chenilles, et autres bestes venimeuses. Sçauoir, si tels animaux ayans mangé telles bestes, puis mangés des hommes , les peuuent infecter et empoisonner?

Mathiole dit, que tous les modernes qui ont escrit des venins tiennent asseurément que tels animaux mangés ne peuuent aucunement nuire :

au contraire nourrissent le corps ne plus ne moins que les autres qui n’auront mangé telles viandes venimeuses, parce que ces animaux conuertissent en leur nature leurs viandes venimeuses. Laquelle raison et opinion, encore qu’elle aye grande apparence, que ce venin se digere et se conuertisse en la substance de ces animaux qui en viuent ordinairement : toulesfois ie croy qu'il ne s’ensuit pas que la chair faite de tel aliment venimeux, mangée des hommes, ne porte quelque nuisance, et croy que si on en mangeoit souuent, elle pourroit causer plusieurs maladies, et en fin la mort. l’ay pour tes-

1 Ce chapitre répond essentiellement au à

chap. 4 de l'édition de 1575, mais la rédaction en a été presque entièrement refondue.

Toutefois, comme ces changements ne portent guère que sur la forme, je noterai seulement ceux qui affectent davantage le sens et la doctrine.

LE VINGT-TROISIÈME LIVRE

moins Dioscoride et Galien, qui asseurentlelaict, qui n’est autre chose que le sang deux fois cuit, tiré des bestes qui paissent la scamonée, lellebore ou le tithymal, estre merueilleusement laxatif, si on en boit .

Pareillement on voit, quand les Medecins veulent purger vn enfant estant encore à la mamelle, donnent des medecines laxatiues aux nourrices, pour rendre leur laict medicamenteux et purgatif. Ce que ray veu de recente memoire , qu’Yne nourrice malade , les Medecins luy ayans ordonné vne medecine laxatiue, et l’enfant l'ayant aprés telée auoir le cours de ventre, et estoit-on bien empesché de l’arrester , et fut-on contraint luy bailler vne autre nourrice, attendant le temps que la medecine eust du tout fait son operation ?.

1 Ce paragraphe se présente assez différemment dans l’édition de 1575. D’abord Paré ne citait pas Matthiole ; il disait simplement : aucuns tiennent qu'elles ne peuuent aucunement nuire ; puis il ne mettait pas en avant son opinion personnelle, et il se contentait de dire : Les autres tiennent le contraire. Enfin il ajoutait, pour terminer le paragraphe :

«… En quoy on peut cognoistre, que les plantes laxatiues et venimeuses ne perdent leur vertu Jaxatiue, ny leur venin, encore qu’elles soyent cuites, et bien digerées. Cela se voit és griues, qui mangent et se repaissent de geneure: leur chair sent vn goust de geneure, etc. »

Cet exemple, de même que ceux qu’il citait à la suite, se retrouvera un peu plus loin dans le texte actuel.

2 Ce paragraphe est de la rédaction nouvelle.de 1579. Tout ce que l'ancienne édition portait à ce sujet consiste dans le passage que voici :

« Plus on voit pareillement, que le iour qu'vne nourrice aura pris vne medecine Jaxatiue, l’enfant tetant son laict subit, le

DÉS VENINS

D'auantage on voit les griues ayans mangé de la graine de genéure, que leur chair s’en ressent. Aussi les poullailles ayans mangé de l’aluyne, leur chair est amere, et s'ils ont mangé des aïls, le sentent semblablement.

Les moruës et autres poissons, ayans esté prins auec les ails, ils sentent si fort que plusieurs n’en peuuent manger : neantmoins qu'on les salle, fricasse, ou qu’on les face boüillir, retiennent tousiours l’odeur et saueur des ails. Aussi les connins ayans esté nourris de pouliot et de genéure, leur chair s’en ressent, retenant l’odeur et goust plaisant. Au contraire, s’ils sont nourris de choux et de sang de bœuf (comme on fait à Paris), difficilement on en peut manger, à cause qu'ils retiennent le goust de choux. Ie diray encore d’auantage, que les Medecins commandent de nourrir les chéures, vaches et asnesses d'herbes propres, quand ils veulent faire boire leur laict aux etiques, ou à d’autres malades ! :

.-ce que Galien? dit, qu’il n’ignore point que les chairs des animaux sont alterées et fumées par la viande et nourriture qu'ils prennent.

Or pour le dire en un mot, ie suis d’aduis qu’on ne mange de tels animaux qui auront deuoré les bestes venimeuses, si n’estoit long lemps aprés, et que premierement le venin

ventre se laschera, voire quelquesfois si fert, que l’on est contraint changer de nourrice pour allaicter l'enfant, de peur qu’il r’eust trop grand flux de ventre, qui luy pourroit nuire et le faire mourir, iusques à ce que son laict soit retourné en son naturel. »

1 L'édition de 1575 disait : pour bailler aux phiisiques , ou à autres malades qui en ont besoing ; et la citation de Galien n’a été ajoutée qu’en 1579.

2 Liu. 2. des simples. — À. P.

ILT.

n’eust esté labouré et digeré, et transmué en autre qualité par le benefice de la chaleur naturelle des animaux qui les auroïent mangées ! : car on voit des mortssubites aduenir, dont la cause est inconneuë aux hommes, qui peut estre pour auoir mangé de teiles bestes, dont l’vn peut eschapper, et l'autre mourir. Cela se fait pour la preparation et disposition des corps qui recoiuent et repugnent au venin.

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