LES SIGNES DES VENINS EN GENERAL
Nous dirons les signes des venins en general, puis nous poursuiurons vne chacune espece en particulier.
Nous connoissons vn homme estre
1 Ce paragraphe était fort différent dans l'édition primitive; on y lisait :
« D’abondant nous auons dit, que les anciens tiennent comme vne chose resoluë, que les bestes venimeuses, qui mangent les autres bestes venimeuses, que leurs morsusures ou piqueures sont plus dangereuses, que de celles qui ne les mangent : aussi que la chair des bestes qui ont esté tuees par les bestes venimeuses ou enragees, ou ont esté frappees de fouldre, est venimeuse :
tout ainsi que nous auons dit cy dessus d’vne nourrice ayant pris vne medecine laxatiue, pendant qu’elle opere, si elle donne à teter à son enfant , luy causera vn flux de ventre iusques à le faire mourir. Semblablement le chapon, le canard, ou autre volaille ayant mangé vn crapaut, ou vipere, ou autre beste yenimeuse , peuuent donner detriment à ceux qui en mangeront, si premierement n’est bien digeree, alteree, et changee de sa nature par la chaleur et alteration d’icelle volaille : parquoy faut desister d’en manger. On voit souuent des morts subites aduenir, etc.»
empoisonné par quelque facon que ce soit, quand il se plaint d’une grande
pesanteur de tout le corps, qui fait qu'il se desplaist en soy-mesme ; quand de lestomach il luy monte quelque goust horrible à la bouche, tout autre que les viandes communes ne font, quelques mauuaises qu’elles soient : quand la couleur de la face se change, maintenant liuide, tantost citrine, et de toute autre couleur estrange et difforme : quand il sent nausée et volonté de vomir : quand il a inquietude de tout le corps, et qu’il luy semble que fout tourne sens dessus dessous.
Nous connoissons ledit venin prins agir de toute sa substance et proprieté occulte, quand sans apparence de grande et insigne chaleur, ou froideur, le malade tombe souuent en defaillance de cœur, auec vne sueur froide, à raison que tel venin n’a point pour obiect aucune certaine partie, contre laquelle de certaine affection et quasi comme par choix elle agisse, comme font les cantharides contre la vessie, et le liéure marin contre les poulmons. Mais comme ce venin agit de toute sa substance et forme secrete ainsi à guerre ouuerte il oppugne la forme et essence de la vie, qui gist en la faculté vitale, qui est au cœur.
A present nous faut declarer particulierement les signes des venins qui operent par leurs qualités premieres et manifestes.
Les venins ou poisons qui operent par leurs qualités manifestes, causent leurs propres accidens , desquels ils monstrent leurs signes apparens. Car ceux qui ont vne chaleur excessiue , subit ils enflamment la langue et le gosier, l’estomach, les intestins , et generalement toutes les parties inle-
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rieures, auec grande alteration et inquietude, et sueur conlinuelle. Et si auec leur chaleur excessiue ils ont vne force corrosiue et putrefactiue , comme l’arsenic, le sublimé , reagal, verd de gris, l’orpiment, et autres semblables, ils causent en l’estomach et aux boyaux des ponctions intolerables et grandes ventosités, lesquelles on oit souuent bruire dedans le ventre, et ont vne soif intolerable.
Aprés ces accidens surniennent soùuent vomissemens auec sueurs, tantost chaudes tantost froides, et defaillance de vertus, puis la mort.
4 La séméiotique des venins chauds, froids, secs, et humides, avait déjà été donnée dans Je premier chapitre de 1575, et ceux des venins chauds et froids dans le li yre des Playes d'harquebuses de 1545, Ces descriptions ne sont pas contraires sans doute, mais elles sont assez différentes pour demander. à être comparées. Nous avons donné ailleurs le texte de 1545, légèrement corrigé en 1564 ( voyez tome IT, page 193); voiei maintenant le texte de 1576 :
« Signes que Le venin est chaud.
« Cela est cogneu par les accidents qu'il cause , à sçauoir douleur mordante, corrosion, inflammation , fieure, grande alteration, delire, resolution de la chaleur naturelle, rougeur et tumeur aux yeux, auec grandes inquietudes : les patients ne peuuent dormir, et sont en perpetuelle sueur, qui vient par le combat et trauail de Nature, et ont le pouls fort frequent.
» Signes que Le venin est froid.
» C’est qu’il cause yn sommeil profond, de sorte qu’à grande peine on peut reueiller les paliens : aussi ils ont horreur et tremblement de tout le corps, et ont l’entendement troublé, en sorte qu’on diroit qu’ils seroyent yures et fols : d’auantage ils ont tout le corps froid, et jettent vne sueur froide:
aussi ont la couleur du visage liuide et plombine : et leurs vomissemens et era-
DES VENINS
Les venins qui sont d’vne excessiue froideur causent aux malades vn sommeil profond , que souuent on ne les peut resueiller qu’à bien grande peine : aucunesfois ils eslourdissent le cerueau , que les malades sont contraints faire plusieurs mouuemens desordonnés, tant de la bouche que des yeux, et des bras et iambes, comme s'ils fussent yures ouinsensés:
. d'abondant il leur suruient vne grande sueur froide , et ont la couleur du visage liuide et iaunastre, et fort hideuse à voir : et ont tout le
chats sont fort yisqueux, el Jeur sang se congele.
» Signes des venins secs,
» Les patiens ont vne aridité et seicheresse à la langue et au gosier, auec vpe soil intolerable , parceque le venin se communique au corps par Îles veines, arteres, et nerfs : dont il aduient qu'il desseiche et consomme l’humidité substantifique, qui fait retirer le euir et toutes les parties nerueuses, ainsi qu’on voit resserrer vn par chemin deuant le feu : au moyen de quoyil s'ensuit yne copslipation de yepire, el aux conduits tant de l’yrine que de la sueur, et estans estoupez ne permettent que J'eau excessiuement beuë soit euacuee : dont il s'ensuit vne grande douleur par tout le corps, et en fin la mort,
« Signes des venins humides.
« Les malades ont vn continuel et profond sommeil, et quasi est impossible de Jes garder de dormir : aussi ils ont vn grand flux de ventre, auec vne lassitude et resolution, ou reJaschement de tous Jes nerfs, mesme que les yeux sortent quelquesfois hors de la teste.
« Or voila Jes signes et indices vniuersels des venins qui operent par qualitez manifestes : lesquels si on voit qu’ils perseuerent et augmentent , quelque chose qu’on Y puisse faire, il faut faire presage de la mort : aussi au contraire, s'ils diminuent, c’est signe de guarison. » ;
corps stupide et endormi, et s'ils ne
, Sont bien tost secourus, ils meurent.
‘| Lesquels venins sont comme ciguë,
pauot, morelle, iusquiame, mandragore et autres semblables.
Les venins secs ont presque tousiours la chaleur pour compagne, auec vne certaine humidité : car neantmoins que l'on die que le soulphre soit chaud et sec, toutesfois il a vne humidité pour congreger sa forme, comme toutes autres choses composées requierent : mais on donne aux choses la qualité qui domine en elles. Les venins secs rendent la langue aride, et la gorge seiche, auec vne soif non extinguible, c'est à dire, qui ne se peut appaiser. Le ventre se resserre , et les autres parlies interieures, ainsi que le parchemin fait deuant le feu. À ceste cause l’vrine ne sort qu’à grande difficulté, tous les membres deuiennent secs et retirés, et les malades ne peuuent dormir : lesquels venins sont comme litarge, ceruse, plastre, escaille d’airain , limeure de plomb, antimoine preparé, et autres semblables.
Les venins humides causent vn perpetuel sommeil, flux de ventre, auec relaschement de tous les nerfs eliointures : tellement que quelquesfois les yeux sortent hors de la teste.
Il s'ensuit aussi souuent vne pourriture des mains, pieds, nez, oreilles, et vne soif extreme pour la chaleur qui prouient de la grande pourriture, puis la mort s'ensuit. Aucuns tiennent qu’il ne se trouue point de poison humide, parce qu’il est impossible de trouuer d’humidités iusques au quatriéme degré, Toutesfois le contraire se verifie par Fexemple de celuy qui dormant de nuict fut mordu d’vn serpent, ainsi que Gilbertus An glicus recite : et mourant, son valet
au malin le tirant par le bras le pensant resueiller, toute la chair dudit bras pourrie tomba, les os desnués de chair : ce qui ne peut estre aduenu que par l’excessiue humidité du venin qui estoit aux dents et baue du serpent. Aussi Hippocrates a bien dit{, que la disposition de l’année estant pluuieuse et humide, suiette au vent de midy, il est aduenu par ceste humidité veneneuseetcorrompue, qu'en aucuns la chair des bras et des iambes pourrie tomboit en pieces, et les os demeuroient nuds et desnués dicelle : non seulement à d’aucuns la chair se trouuoit pourrie, mais aussi la propre substance des os. D’où on peut conclure qu’il y à des venins d’vne humidité si excessiue, qu’ils peuuent faire mourir les personnes par lentiere putrefaclion des membres : ce qu’on voit aduenir à la verolle, tant grosse que petite, et aux charbons el anthrax pesliferés.
Et quand tels et pareils signes apparoissent , il sera facile les combattre par leurs contraires, encore que l’on ne connoisse le venin particulierement.
Il n’y a point de signes certains des venins quioperent par propriété specifique ou occulte?, parce qu’ils ont ceste nature de l'influence du ciel,
1 Premier liu. des Temperamens. — A.P.
£ 2 En 1552, Paré ne disait que quelques
mots de ces venins ; en 1576, il avait un para-,
graphe assez différent du texte actuel. On lisait ce passage après celui de Ja note de la page précédente.
a Wignes des venins qui operent par proprieté occulle.
» Les signes que le venin opere par vne proprieté occulle, c’est-à-dire, qualité non manifeste, mais de toute leur substance, ne se peuuent bien descrire, pour la diuersité
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| qui ne s’esmeut jamais à faire sa pro-
pre action, sans que l’obiect de son contraire se presente : et partant on ne les connoist que par experience, sans en pouuoir donner aucune raison, comme la torpille qui stupeñie le bras de celuy qui la touche, le liéure marin qui gaste les poulmons, les cantharides qui blessent la vessie, la piqueure de la viue qui cause gangrene et autres accidens. Ce que nous dirons cy aprés.