POVR SE DONNER GARDE D’ESTRE EMPOISONNÉ
La maniere de se donner garde d'estre empoisonné est fort difficile :
car les meschans empoisonneurs et parfumeurs, qui secretement baïllent les poisons, conduisent leur trahison et leur meschancetési finement, qu'ils trompent les gens les plus experts et de meilleur iugement qu’on sçauroit trouuer. Car ils ostent l’amertume des venins, et Les meslent auec choses douces : ainsi ils leur font perdre leur mauuaise odeur par la mixtion des choses odorantes et parfums. Aussi la poison donnée auec saulses appetissantes est fort dangereuse, d’autant qu'elle est auallée auidement, et plus difficilement vomie.
Etpartant ceux qui craignent d’estre empoisonnés, comme souuent aduient aux prelats et beneficiers pour auoir leur despoüille, se doiuent garder de toutes viandes appareillées ( par gens suspects) auec saulses qui sont fort douces ou fort salées, ou aigres, et
generalement toutes celles qui sont de haut goust. Parciliement estans bien allerés, ne doiuent boire à grands traits, ne manger goulument :
mais bien considerer le goust de ce qu’ils mangent et boiuent, D’auantage ils doiuent manger des choses qui rompent toute la force du venin deuant toutes viandes, et principalement vn boüillon gras fait de bonnes viandes. Semblablement doiuent prendre au matin vn peu de methridat ou theriaque, auec vn peu de conserue de roses, puis boire vn peu de bon vin ou maluoisie, ou des fueilles derue, auecques vne noix et figues seiches , qui est vn singulier remede.
Et où quelqu’vn auroit soupçon d’auoir pris quelque poison par la bouche, ne faut dormir en tel cas :
car la force du venin est quelquesfois si grande et si forte ennemie de Nature , qu’elle execute son pouuoir, que souuent elle monstre tel effet en nos corps que fait le feu allumé en la paille seiche. Car souuent aduient qüe ceux qui sont empoisonnés, deuant que pouuoir auoir secours des Medecins et Chirurgiens, meurent.
Dont subitilse doit faire vomir en prenant de l'huile et eau chaude : en lieu de l'huile on fera fondre du beurre, et le prendre auec eau chaude, ou decoclion de graine de lin, ou fenugrec, ou quelque boüillon gras : car telles choses font ietter le venin hors par le vomissement : ioint qu’ils laschent le ventre, et par telles euacuations le venin est vuidé hors, et son acrimonie amorlie. Ce qu’on voit par experience, que lors que nous voulons appliquer des cauteres potentiels ou vesicatoires, si la partie est ointe de choses huileuses , tels remedes acres ne pourront vlcerer la partie. D’auantage, le vomissement pro-
29/4 fite, non seulement parce qu'ileuacue le venin : mais aussi que souuent il manifeste, ou par l’odeur, où par la couleur, ce qui aura esté prins: et ainsi par tel moyen on pourra auoir recours aux remedes contrarians au venin.
Aprés aüoir vomi, si on à coniec- Ture que là poison soit descendue aux boÿaux , of pourra vser de clysteres äcrés , pour euacüer ce qui pourroit estre demeuré et attaché contre les intestins, Et où le malade ne pourroit vomir, il luy faut faire prendre des purgations propres, qui resistent aux venñinis, comme est l’agaric , l’aloés, la petite centauré, larheubätbe, et aütres choses ordonnées par le docté Medécin. L'on doit vser puis aprés de tlysteres composés de cassé, dé boüillon gras, auec suif de motüton où béürfré, où laict de vache, et muücilaves de lin, et psillij, où dé coings , à fin qué la poison n’adhéré contre 1es boyaux , comte on à accoustimé donner aux dysenteries.
Par leur onctuosité et visquosité, ils amortissent l’acrimonié du venin qui se peut adhérer contre les boÿäux, et defendent les parties saines qu’elles ne sentent la force du venin.
Ils sont bons pareilléement quand le Yéenin à vlceré les parties intérieures, Pour céste causele laict beu en grande quanlité, äprés le Yomisserient, ét baïillé par clystéres, ést vn remede tres-singulier , parce qu’il rompt la force du venin, et souuent le guarit.
Ïl faut icÿ noter, qu'on doit tousiours commencer à lirer le venin par la voye où il aura entré. Comme s’il à eslé baillé par odeur, faut fairé esternuer : si par le boire ou thangér, pat vomissemenht : si par le siège, par clystéres : si par le col de la matrice, par sÿringuer : Si par MOrsures, ou
LE VINGT-TROISIÈMÉ LIVRE
piquéures où ésgratigneures , par remedes qui Pattirént au dehors, comme nous dirons Cÿ aprés.