‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 228 sur 602 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

DV REGIME DE CEVX QVI ONT ESTÉ EM- POISONNÉS ET MORDS DES CHIENS EN- RAGÉS , ET DES PIQVEVRES ET MOR- SVRES DES BESTES VENIMEVSES Î.

Le malade doit demeurer en lieu chaud, et en air bien clair, de peur que le venin ne soit chassé au dedans par le froid, et aussi à fin que les esprits soient recréés, et esmeus du centre à la circonference par le moyen de la clärté. Aussi on doit parfumer la chambre de choses odoriferantes.

Semblablement il doit manger au commencement viandes acres et salées, comme ails, oignons, porreaux, espiceries,iambon de Mayence,et leurs semblables, et boire bon vin et sans eau, à raison que telles choses sont fort vaporeuses et pleines d’esprits qui resistent au venin, et ne permettent quesa vertu soit espandue au corps et ne se saisisse des parties nobles. Pareïllement on doit vser de viandes crasses et visqueuses, par ce qu'ils font obstruction, et estoupent les conduits et parties vuides : aussi en faut plustot manger plus que trop peu, à cause que l’inanition accroist la malignité des humeurs, qui est chose contraire aux playes venimeuses : toultesfois il y faut tenir mediocrité. Et cinq ou six iours aprés on laissera lesdites viandes, et en lieu d'icelles on vsera de temperées, et plustost humides que seiches : les-

1 Dans les anciennes éditions, même dans celle de 1575, ce chapitre était confondu en quelque sorte avec le précédent, c’est-àdire qu'il portait un titre spécial, mais sans figurer au nombre des chapitres. II m’a paru plus logique de l’en séparer tout-à-fait.

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DES VENINS. 319

quelles seront esleuës selon qu’on les ordonne aux melancholiques : et mettra-on en leurs potages racines aperitiues, lesquelles ont vertu de faire vriner. On leur tiendra le ventre assez lasche : et s’il y a repletion de sang , leur en sera tiré, non au commencement, mais Cinq ou six jours aprés la morsure faite, pour les raisons qu’auons deuant dites. Pour le boire au repas, on vsera de vin mediocrement trempé, à sçauoir cinq ou six iours aprés la morsure, ou d'oxymel, ou de syrop de acctositate citri, auec eau boüillie : et entre les repas, de iulep fait en ceste maniere,

Prenez demie once de jus de limons, et autant de citrons.

Vin de grenades aigres , deux onces.

Eau de petite ozeille, et eau rose, de chacune vne once.

Eau de fontaine boüillie tant qu’il sera besoin.

Et soit fait julep.

Il faut que le malade euite le dormir, iusques à ce que la force du venin soit amorlie et consommée :

car par le dormir, le sang et les esprits se retirent au cenire du corps, et par ce moyen le venin est porté aux parties nobles. Aussi on luy doit faire vser de choses qui resistent aux venins, comme limons, oranges, citrons, racines de gentiane, angelique, tormentille, pimpernelle, verbene, chardon benis(, bourache, buglosse, et autres semblables : et generalement toutes viandes qui en-

‘ gendrent bon suc, comme veau, ché-

ureau, mouton, perdrix, poulailles, et autres semblabies.

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