DE LA MORSVRE OV PICOVEVRE DE LA VIPERE , ET DE SES ACCIDENS Î
Tous les remedes qui ont esté cy deuant escrits desmorsures des chiens enragés, peuuent pareillement aider à toutes morsures et piqueures des autres animaux venimeux. Toutesfois on trouue des particuliers remedes pour chacune morsure et piqueure.
Ce que dirons le plus succinctement qu’il sera possible.
Les viperes ont, entre leurs genciues, certaines petites vessies pleines de venin ?, qui s'imprime incontinent au lieu où elles font ouuerture. Les patiens sentent douleur grandement poignante en la partie, laquelle promptement- s’enfle bien fort, voire tout le corps, si on n’y donne subit remede. EH sort de la playe vne sanie crasse et sanguinolente : et autour d'icelle il se fait des vessies comme celles des bruslures : et l’vlcere corrode et mange la chair. Aussi les ma-
1 Ce chapitre est presque littéralement copié du chap. 3 de édition de 1575; cependant il y a quelques modifications. Le titre d’abord n’était pas le même ; il portait : De {a morsure el piqueure d'aucunes bestes venimetses ; et après le premier paragraphe seulement venait ce titre secondaire : De La morsure devipere etdeses accidens, L’arrangement actuel est de 1579.
2 Ceci est le texte corrigé en 185 ; le livre de 1575 portait : Les viperes onten leurs genciues entre leurs dents certaines pelites vessies pleines de venin, lequel de sa nature est froid, comme de tous serpens, et s’imprime, etc. L’édition de 1579 s’était borné à retrancher les derniers mots : lequel de sa nature est froid comme cle tous serpens.
lades sentent inflammation au foye, et aux genciues : et tout le corps deuient fort aride et sec, et de couleur palle et blafarde, et ont vne soif inexlinguible, Ils sentent par fois grandes tranchées au ventre, et vomissent plusieurs humeurs choleriques 16 tombent souuent en syncope, et ont hocquets, comme yneconuulsion d’estomach, auec vne sueur froide : et la mort s'ensuit, s'ils ne sont secourus deuant que le venin ait saisi les parties nobles,
Matthiole dit auoir veu vn paysan qui, fauchant vn pré, auoit par fortune coupé vne vipere par le milieu :
eticeluy print le tronçon de la teste, l'estimant morte. Aduint que la teste, se courbant contre la main, le mordit asprement au doigt : et sucçant la playe pour cuider attirer le sang (qui Ja auoit esté enuenimé) il mourut sur le champ,
Or ie yeux icy reviter vne autre histoire, à fin de tousiours instruire le ieune Chirurgien. Le roy Charles estant à Montpellier, ie fus mords d’vne vipere au bout du doigt index, entre l’ongle et la chair, en la maison d’vn Apoticaire nommé de Farges, lequel dispensoit alors le theriaque, auquel ie demanday à voiries yiperes qu'il deuoit mettre en la composition.
I n’en fit monstrer assez bon nombre qu’il gardoit en vn vaisseau de verre, Où l'en prins vne, el fus mords d’icelle voulant voir ses dents, qui Sont en la mandibule superieure de Sa gueule, couuertes d'yne petite membrane en laquelle elle garde son venin, lequel s’imprime (comme ray dit) en la partie, ipcontinent qu’elle ll a fait ouuerture. Et ayant receu ceste morsure, ie sentis subit vne extreme
LE VINGT-TROISIÉME LIVRE
douleur, tant pour la sensibilité de la partie qu’à cause du venin : alors ie me serray bien forf le doigt au dessus de la playe, à fin de faire sortir le sang ef vacuer le venin, et garder qu'il ne gaignast au dessus !. Puis demanday du vieil theriaque, lequel delayay auec eau de vie, en la main de l’vn des seruiteurs dudit de Farges, et trempay du cotton en la misture, et lappliquay sur la morsure :
et aprés peu de jours ie fus guary sans aucun accident, auec ce remede seul.
Ea lieu de theriaque, on peut asseurément vser de metkbridat, On peut pareillement vser de tous remedes poignans et fort attirans, pour obtondre la malice du venin : comme la squille cuite sous la cendre, ou des ails et porreaux pilés, et appliqués dessus,
Autre. Prenez farine d'orge delayée auec vinaigre, miel, erottes de chéure, et appliquez dessus en forme de cataplasme.
Autre. Tout promptement on doit lauer et fomenter la playeaucec vinaïigre et sel, et vn peu de miel ?.
Galien dit au liure de la Theriaque à Pison, que l’on attirele venin d’vne morsure de vipere, ÿ appliquant vne L teste de vipere sur la playe : autres y mettent la vipere entiere bien pilée.
1 J'appellerai l'attention du lecteur sur cette sage précaution de la ligature, que Paré a oublié de mentionner daps les préceptes généraux du livre agtuel, mais qu’il avait très bien signalée dans le liyre des Playes d'harquebuses de 1552 et 1564. Voyez tome IT, page 192,
2 Jei se terminait le chapitre en 1575; le reste est de 1579.
DES VENINS