EXEMPLE DE LA TROP GRANDE QUANTITÉ DE SEMENCE
Hippocrates sus la generation des monstres dit, que s’il y a trop grande abondance de matiere, il se fera grand nombre de portées, ou vn enfant monstrueux ayant des parties superflues et inutiles, comme deux testes, quatre bras, quatre iambes, six doigts és mains et pieds, ou autres choses : au contraire si la semence defaut en quantité, quelque membre defaudra, comme n’auoir qu’vne main, point de bras, ou de pieds , ou de teste, ou autre partie defaillante.
Sainct Augustin! dit que de son temps il nasquit en Orient vn enfant qui auoit le ventre en haut, toutes les parties superieures doubles, et les inferieures simples : car il auoit deux testes et quatre yeux, deux poitrines et quatre mains, et la teste comme vn autre homme, lequel vesquit assez long-temps.
Cælius Rhodiginus à escrit au liure de ses antiques leçons ? , auoir veu en Italie deux monstres, l’vn masle et l’autre femelle, leurs corps bien parfaits et proportionnés , reste la duplication de la teste : le masle mourut peu de iours apres sa natiuité , et
pris son origine dans un fait réel de quelque monstrüosité mal observée, il est certain, au contraire, que celle-ci est une pure fable et n’a jamais eu le moindre fondement. L'histoire et la figure sont également copiées de Lycosthènes, ouvrage cité, page 517, qui lui-même l’avait pris de Rueff, De conceptu et generatione, 1554, fol. 51.
1 Chap. 8 de la Cité de Dieu. — A,P,
2 Ch. 3, 24liu,— A, P,
. la femelle, de laquelle tu vois ici le pourtrait, vesquit vingt - cinq ans apres : qui est contre le naturel des monstres , lesquels ordinairement ne viuent gueres , pource qu’ils se desplaisent et melancholient de se voir ainsi en opprobre de tout le monde, si bien que leur vie est briefue.
Figure d’une fille ayant deux testes 1.
1 Nous sortons cette fois du domaine de l'imagination pour entrer dans celui de la réalité; aussi ai-je fait soigneusement copier les figures qui suivent. Celle que l’on voit ici se rapproche beaucoup de la fameuse Rita Christina, si bien étudiée par M. Geoffroy Saint-Hilaire. ( Æist. des anomalies de l’organisation, Paris , 1836, t. III , p. 166.) J'ai rétabli le titre de la planche d’après l’é-
| dition de 1573.
Du reste, Paré a probablement emprunté
6 LE DIX-NEVFIÉME LIVRE y
Oril faut icy noter que Lycostheñe escrit vhe chose merueilleuse de ce monstre femelle : car reserué la duplication dé la teste, Nature n’y auoit rieri omis : ces deux testes ( dit-il) auoient miesme desir de boïre , manger,etdormir,et la parolle semblable, comme estoient mesmes toutes leürs affections. Ceste fille alloït d’huis en buis chercher sa vie, ét luy donnoit-on volontiers pour la nouueauté d’vnsiestrange ét fbuueau spéctacle :
toutesfois elle füt dechassée à la longue de la duthé de Bauiere, parce ( disoit-on) qu’elle pourroit gaster le fruict des femmes grosses, pour l’appreherision et idées qui pourroient demeurer en la vertu imaginatiue, de la figure de ceste creature ainsi monstrueuse ?.
L'an de grace 1475 , furent engendrées pareïllement en Italie, en la ville de Veronne, deux filles coniointes par les reins, depuis les espaules iusques aux fesses : et parce que leurs parens estoient pauures, elles furent portées par plusieurs villes d'Italie, pour amasser argent du peuple, qui estoit fort ardent de voir ce nouueau spectacle de nature.
l’histoire et la figure de ce monstre à Boaistuau, ou. cité, folio 128, verso; lequel avait à son tour copié Lycosthènes, ouv. cité, page
1 En 1573, Paré écrivait : que Licosthene , grand philosophe, etc. Il effaça cet éloge dès 1515:
2 Il west bon que les monstres cohabitent entre nous. — À. P. — Cette remarque est de 1579.
Ligure de deux filles gemelles , iointes el Vies par les parties posterieures 1.
L'an 1530, on à Yéu vh hofime en ceste ville dé Paris ; du ventre duquel sortoit vi autre hümie biéh formé de tous Sés ménibres, reserué la testé, ét cest homiie estoit 4ägé de qua-
À Cette figuré appartient éncdre à Lycostiènes, p.490, et se trouvé reproduite à divers endroits de son livre ; du reste, comme la précédente, ellé représente une monstruosité exactément observée. On peut remarquer que les déux sujets sont accolés par leurs parties sernblables, suivant la loi établie par M: Serres. Voyez son ouvrage Recherches d’àahatomie transcendante et pathologique, Parië , 1832, in-4° et atlas in-folio, et mon Anatomie chirurgicale, Paris, 1838; t.1, p. 54, — On trouve une figure pareille dans Rueff, De concept. et generatione, 15b4, fol: 45:
DES MONSTRES ET PRODIGES. f
rante ans ou enuiron, et portoit ainsi ce corps entre ses bras; auec si grande merueille, quele mondes’assembloit à grandes troupes pour le voir : la figure duquel t'est icy represeniée au vif.
L'igure d’un homme, du ventre duquel sortoit un autre homme 1:
S)) ai )l ni x)
En Piedmont en la ville de Quiers, distante de Thurin enuiron de cinq lieuës, vne honneste dame accoucha d’yn monstre le dix-septiéme iour de ianuier à huit heures du soir, ceste presente année 1578; la face estant
{ Paré ne dit pas qÜ'il ait vu lui-même ce monstre; il l’a manifestement copié de Boaistuau, qui dit lavoir vu à Valerice en 1530 , et qui conséquemment le déctivait de mémoire après un long Lemps écoulé; oùv.
bien proportionnée en toutes $es parties. Il a esté monstrueux au resté de la teste, en ce qu’il en sortoit cinq cornes approchantes à celles d’un belier, rengées les vnes contre les autres au haut du front : et au derriere vue longue piece de chair pendante le long du dos ,en maniere d’vn chaperoh de damoiselle. Il auoit autour de son col vne piece de chair double couchée en la maniere d’yvn collet de chemise tout vni, les extremités des doigts ressemblans aux griffes de quelque oiseau de proye, les genoux aux iarrets. Lé pied et la jambe droite estoient d’vn rouge fort haut en couleur : le reste du corps estoit de la couleur dvn gris enfumé. On dit qu’à là näissance de cé monstré qu'il iéltà vh grand cry, qui éstonna télléient la sagé-femme et toute la Compaguié, que l’éffroy qu’ils en éurent leur fit quitter le logis. Dont la nouueélle 6stant. venue iusques à monsieur lé prince de Piédmont, pour le désir qu'il auoit de le voir, l’énuoya quérir, én la presence duquel plusiéurs en firént ditiérs idgerhens !.
Ce present monstré que voÿei Cÿ depeint à ésté trouué dedans un œuf, ayant la face ét visage d’vn home, tous les chéueux de petits séfpen-
cité, fol. 86. Dans tous les cas il ést infini< ment probable que l’enfant parasite, il émergeait du ventre, avait que l'abdomen et les mertibres inférieurs: Le motistré dé Benais, que M. Lisfranc avait eu l’idée d’opérer, était presque en tout setiblable à celui-ci. Voyez mot Æhatomie cliir, t: 1, p. 52:
Lycosthènes, ouv: cité, p: 524, donne une figure toute pareille, comme la représentätion d’un homme qui fut vu en Savoic en 1519.
1 Celte histoire, comme oh aurait pu le présumer d’ajrès sa dâte, à été ajoutée par l'autêur dähs 80h Édition de 1579. Il est pro»
teaux tous vifs, et la barbe à la mode !
et façon de trois serpens qui luy sor-
toient hors du menton : et fut trouué le quinziéme iour du mois de mars dernier passé. 1569, chez vn aduocat nommé Baucheron, à Authun en Bourgongne, par vne chambriere qui cassoit des œufs pour les mettre au beurre, entre lesquels cestuy-ci estoit : lequel estant cassé par elle, veit sortir ledit monstre, ayant face humaine, les cheueux et barbe de serpens, dont elle fut merueilleusement espouuentée. Et fut baillé de la glaire dudit œuf à vn chat, qui en mourut subitement. De quoy estant aduerti monsieur le baron de Senecey cheualier de l’ordre, a esté de sa part enuoyé ledit monstre au roi Charles, qui pour lors estoit à Metz.
bable qu’il s’agissait d’'uneencéphalocèle postérieure ; pour les autres phénomènes, ils ont été certainement grossis ou défigurés par la peur ou la crédulité. Paré ajoutait :
La figure l'est icy representée apres le naturel ; mais, malgré cette annonce fastueuse, la prétendue figure d’après nature était si manifestement imaginaire et ridicule que je n'ai pas hésité à la supprimer. J’ignore du reste à quel auteur il a pu l’emprunter.
1 Malgré la date de cette histoire, elle ne
L'an 1546, à Paris vne femme grosse de six mois enfanta vn enfant ayant deux testes, deux bras, et quatre iambes, lequel ouuris, et n’y trouvay qu’vn cœur (lequel monstre est en ma maison, et le garde comme chose monsirueuse !) : partant l’on peut dire n’estre qu’vn enfant.
Figure d'un enfant ayant deux testes, deux bras et quatre iambes.
se trouve pas dans l’édition de 1575, et a été ajoutée seulement en 1579. Elle est fondée sur quelque chose de réel , sans doute, et l’on a trouvé quelquefois dans des œufs des figures bizarres. Mais évidemment l’imagination la plus crédule à pu seule inventer cette tête d'homme avec des cheveux et une barbe de serpents.
1 Cette parenthèse manque dans toutes
DES MONSTRES
Aristote dit {, qu’vn monstre ayant deux corps ioints ensemble, s’il est trouué auoir deux cœurs, on peut veritablement dire estre deux hommes ou femmes : autrement s’il est trouué n’auoir qu’vn cœur auec deux corps, ce n’est qu’vn. La cause de ce monstre pouuoit estre faute de matiere en quantité, ou vice de la matrice qui estoit trop petite, parce que nature voulant créer deux enfans , la trouuant trop estroitte, se trouue manque, de façon que la semence estant contrainte et serrée, se vient lors à coaguler en vn globe, dont se formeront deux enfans ainsi ioints et vnis ensemble,
L'an 1569, vne femme de Tours enfanta deux enfans gemeaux , n’ayans qu'vne teste, lesquelss’entre-embrassoient : et me furent donnés secs et anatomisés par maistre René Ciret, maistre barbier et chirurgien, duquel le renom est assez celebre par tout le pays de Touraine, sans que je luy donne autre loüange?.
les éditions du vivant de Paré, et se lit pour la première fois en 1298. Toutefois on peut la regarder comme authentique, d’après la note marginale que nous reproduisons plus bas.
1 Aristote en ses Probl., et 4 chap. du liu. 4, de Gener. animal. -- A. P.
2 Ces deux monstres derniers sont en la possession de l’autheur. — A. P. — Cette note existe déjà dans l'édition de 1573.
On peut remarquer, à l’occasion de cette figure et de la précédente, que quand À. Paré a lui-même observé les sujets, ses descriptions n’accordent rien à l’imagination, et que ses figures pourraient encore être reproduites parmi les plus exactes dans les ouvrages les plus modernes.
ET PRODIGES. 9
Figure de deux gemeaux n'ayant qu'une seule teste.
Sebastien Munster escrit auoir veu deux filles l’an 1495, au mois de septembre, prés de Wormes, au village nommé Bristant, lesquelles auoient les corps entiers et bien formés, mais leurs frontss’entretenoient ensemble, sans que par artifice humain on les peust separer, et s’entre-touchoiïent presque du nez : el vesquirent iusques à dix ans, et lors en mourut vne, laquelle fut ostée et separée de l’autre :
et celle qui demoura viue mourut tost aprés, quand on separa sa sœur morte d’auec elle, pour la playe
io LÉ DIK-NEVFIÉME LIVRE;
qu’élle atoït reCeuë dé la separation :
la figure desquelles l’est icy represen- LOS
Figure de deux filles ÿémelles,, lesquelles s’entretenoiént par le frohi
L'an 1570 , le 20. iour de iuillet, à Paris, rue des Grauelliers, à l’enseigne de la Cloche, nasquirent ces
1 Toutes les éditions complètes, à partir dé celle de 1575, portent : L’est icy dessus represeniée ; ét en effet la figure est avant le texte conimé la plupart des précédentes. J'ai préféré Jà rédäétion et l’ätrangenient des figures de l'édition primitive de 1573. Du reste, malgré la citation ambitieuse de Sébastien Munster, l’histoire et la figure sont prises de Lycosthènes, ouvr. cité , p. 504.
deux enfans ainsi figurés , remarqués par les chirurgiens pour masle et femelle, et furent baptisés à S. Nicolas des Champs, et nommés Loys el Loyse. Leur pere auoit nom Pierre Germain, dit Petit-Dieu, de son mestier aide à maçon, et leur mere Matthée Pernelle.
Figuré de devx enfañs monstrieux , wagueres nés à Püäris.
Le lundÿ dixiéme iour de iuillet mil cinq cens soixante et douze, en la ville du Pont de Sée, prés d'Angers, nasquirent deux énfans femelles, 1ésquels vesquirént demie heure, et receurent Baptesme : et estoient bien formés, fors qu’vne main senestre n’auoit seulement que quatre doigts:
etestoientconioints ensemble enleurs parties anterieures. à Sçauoir, depuis le menton iusques à l’ombilic, et n’auoient qu'un seul nombril, et un seul cœur, le foye diuisé en quatre lobes.
Figure de deux filles iointes ensemble, n’agueres nées en la ville du Pont de Sée, prés Angers 1,
Cælius Rhodiginus, chapitre troisiéme , liure vingt-quatriéme de ses Antiques leçons, escrit qu’il fut produit un monstre à Ferrare en Italie, l'an de grace mil cinq cens quarante, le dix-neuuiéme iour de Mars, lequel lors qu'il fut enfanté, éstoit aussi grand etbién formé que s’il eust eu quatre mois accomplis, ayant le sexe feminin et masculin, et deux testes , l’yne de masle ; et l’autre de femelle.
1 Ruef, ouvrage cité, folio 44 et 45, donne deux figures presque semblables, comme la représentation de monstres observés à Schaffouse el à Einsidien en 1543 et 1553,
Portrait d'un monsire hyañt deux teslés ; l’une de masle ét l'autre de femelle 1,