‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 232 sur 602 · DV BASILIC · texte numérisé non relu

DV BASILIC

Entre tous les serpens, le Basilic est le plus venimeux, comme estant mesme le venin des autres.

Nicandre dit que lors qu'il se traine, tous les autreslefuyent et luy quittent la place : estant comme aduertis par son sifflet, tant de l'heure de son arriuée que de son depart.

Galien dit : que le basilic est vn serpent iaunastre, ayant la teste munie de trois petites eminences, ou enleueures , marquetée de taches biancheastres, en forme de couronne, et pour ceste cause il a esté nommé Roy des Serpens. Par sa morsure, et son siffler, et toucher, fait mourir tous autres animaux. D’auantage son venin est si cruel, que si on le regarde trop attentiuement , tue ceux qui le regardent.

Solin escrit que le corps mort du basilic a encore de grandes vertus:

pour ce ceux de Pergame l’ontachepté à grand prix, pour empescher les araignes de faire leurs toiles dedans le temple d’Apollon, et les oiseaux d'y faire leurs nids, estant pendu audit temple. Estant mort, nulles bestes sentant l'odeur de sa charongne, n’osent le toucher pour le manger : et si par fortune ils en mangent, ils

1 Galien, liure de la theriaque à Pison.— A. P.

LE VINGT-TROISIÉME LIVRE

meurent subitement, non seulement pour auoir mangé de son corps, mais aussi pour auoir mangé des bestes mortes par sa morsure. Pour ces raisons Lucain escril :

Le Basilic tont seul est regnant par le sable , Où sifflant il se rend à tout autre effroyable : Plus qu'Yn autre venin le sien est dangereux, Qui chacun va chassant du regard de ses yeux.

Il fait mourir les herbes et arbrisseaux par où il passe.,non seulement par son toucher, mais aussi par son haleine.

Pline dit ‘ qu'en Egypte y a vne fontaine nommée Nigris, pres de laquelle y à vn animal petit, et malaisé de ses membres, qui est la mort du genre humain. Il est de longueur de douze doigts, et est orné par la teste, comme vn diadesme, d’vne tache blanche : son corps est iaunastre.

Lors qu’il rempe, il leue la partie de deuant de son corps, et la porte droite, ne s’aidant à cheminer que de celle de derriere. La region Cyrenaïque le produit. Pline dit que la belette est son ennemie mortelle, et qu'elle le fait mourir de sa seule haleine : qui est que la bonne Nature n’a jamais voulu laisser vne telle peste, sans vn contraire qui est la belette, laquelle a autant de force contre le basilic, que luy mesme a contre les hommes. Aussi que le lion, combien qu’il soit hardy et furieux entre tous les animaux, craint toutesfois le coq, qui est vne besle sans force et resistance à comparaison.

Erasistrate dit que le lieu de Ia morsute du basilic tout subit deuient iaulne comme or, etle corps tout enflé, et que la chair des muscles tombe

par morceaux toute pourrie: et baïlle

1 Pline, liu. 8. chap. 21. — A. P.

DES VENINS

contre son venin vne dragme de castorée à boire auec du vin ou du suc de pauot.

Aëce dit estre vne chose superflue que d’escrire aucun remede contre sa morsure, d'autant que la subite dissolution des esprits estant faite, il est impossible de donner remede à temps.

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