‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 233 sur 602 · DE CERTAINS SERPENTS ESTRANGES · texte numérisé non relu

DE CERTAINS SERPENTS ESTRANGES

Jean Leon Africain escrit en son liure d’Afrique, qu'à Calicut on trouue des serpens d’estrange façon, estans de la hauteur d’vn gros pourceau, ayans la teste plus grosse et plus hideuse , et quatre pieds, estans fort dommageables aux habitans. Il y en à qui sont si venimeux , que par leur morsure la personne tombe subitement morte. Et si quelqu’vn auoit tué vne de ces bestes, le roy le feroit mourir comme s’il auoit tué vn homme. Le roy et les habitans du païs ont vae folle opinion de ces bestes, estimans qu'ils sont les esprits de Dieu, disant que si ainsi n’estoit, ils n’auroient la puissance de meltre un homme à mort par leur simple morsure : de sorte que ces animaux ont ce credit de se pourmener parmy la ville, connoissant bien ceux qui ne les craignent pas, ausquels ne font aucun mal. Combien (dit-il) que de son temps il soit aduenu, que par vne nuict l’vn de ces animaux entra dedans vne maison où il mordit neuf personnes, que l’on trouua au matin roides mortes, et fort enflées. Et nonobstant cela , ils ne laissent les auoir en grande admiration, tellement

que si en allant en quelque voyage ils rencontrent vne de ces bestes, ils le repuitent de bon-heur, esperans de cela que leurs affaires et entreprises ne peuuent venir qu’à bon port.

I dit plus, qu’au royaume de Senegua y à des serpens longs de deux pas et plus, et n’ont ailes ny pieds :

mais ils sont si gros qu’ils engloutissent vne chéure entiere sans la desmembrer : croyez-le si vous voulez.

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