‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 246 sur 602 · DE LA PICOVEVRE D'VNE VIVE · texte numérisé non relu

DE LA PICOVEVRE D'VNE VIVE

La viue a eu ce nom à cause de sa grande viuacité, car estant tirée de la mer , demeure long temps en vie :

ses aiguillons sont veneneux, principalement ceux qui sont au bout de ses ouyes. Pour ceste cause les cuisiniers leur coupent la teste deuant que les seruir à table. A Rouen les poissonniers ne les osent vendre, que premierement ne leur ayent coupé la teste.

Ceux qui en sont piqués sentent

1 Premier liure des animaux. — À. P.

? Le chapitre ne s’arrêtait point là dans les anciennes éditions ; mais l’auteur y avait réuni deux paragraphes concernant la vive et sa piqûre, qu'il m'a paru plus logique de reporter en tête du chapitre suiyant,

grande douleur à la partie, auec inflammation d'icelle, fiéure, defaillance de cœur, gangrene et mortification, et par conséquent la mort, si promptement on n’y remedie !,

Puis n’agueres, la femme de monsieur Fromaget, greffer aux requestes du palais , fut piquée d’vne viue au doigt medius : et peu de temps aprés il s’enfla bien fort, anec grande rougeur et peu de douleur. Elle voyant que la tumeur s’augmentoit iusqu’à la main, craignoit qu'il ne luy suruint vn tel accident qui de n’agneres pour vn €ças semblable estoit aduenu à vne sienne voisine, vefue de feu monsieur Bargelonne, lieutenant particulier au Chastelet de Paris, pour auoir esté ainsi piquée: dont luy estoit suruenu (pour sa negligence) vne gangrene et mortification fotale du bras, et en fin mourut miserablement.

Or estant arriyé vers madame Fromaget, et ayant entendu la cause de son mal, promptement je luy appliquay sur le doigt, et semblablement sur la main, vn cataplasme fait d’vn gros oignon cuit sous la braise, et du leuain auec vn peu de theriaque. Et le lendemain matin ie luy fis tremper toute sa main en de l’eau assez chaude, à fin d'attirer le venin au dehors :

1 Ce sont là les deux paragraphes que l’auteur avait laissés dans le précédent chapitre, el qui sont de 1579, Ce qui suit, au contraire,est de 1575; c'était le 24° et dernier chapitre, qui alors débutait de la manière suivante :

«Ie ne veux encores laisser à reciter ceste histoire d’vne piqueure de yiue, qui est yn poisson qui nous est fort en vsage :

et de sa piqueure sourdent de pernicieux accidens , voire Ja mort, qui n’y donne ordre de bonne heure. »

Après quoi l’auteur passait au récit des deux histoires suivantes, dont la date peut

être ainsi assez bien assignée, eo

et aprés ie luy fis plusieurs scarifications superficielles autour du doigt :

puis luy appliquay des sangsues sur lesdites scarifications, lesquelles tirerent suffisamment de sang : et aprés l'appliquay du theriaque dissout en eau de vie: et le lendemain trouuay son doigt et sa main presque toute desenflée, et sans nulle douleur :

et quelques iours aprés fut entierement guarie.

Autant en auois-ie fait n’agueres au cuisinier de monsieur de Soussy, tresorier de l'Espargne , lequel se piqua semblablement d’vne viue, dont tou! le bras estoit enflé et enflammé iusqu'à l’espaule, et en brefs iours fut pareillement guari.

Ces histoires seruiront aux ieunes chirurgiens, quand ils se trouueront à l'endroit de pareilles piqueures 1.

Dioscoride escril que pour remedier à la piqueure, faut appliquer la viue fendue par la moitié, ou de l’aluyne, ou de la sauge, ou du soulphre incorporé auec du vinaigre.

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