‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 250 sur 602 · DE LA VENENOSITÉ DÉ CERTAINES : PLANTES Î · texte numérisé non relu

DE LA VENENOSITÉ DÉ CERTAINES : PLANTES Î

Aprés auoir discouru de la venenosité des animaux, à present il nous

1 Ce chapitre se compose d’un assez grand nombre d'articles divers. Les uns étaient distingués par une note marginale, les autres par un titre en italique ; j'ai jugé à propos de faire des titres avec les notes marginales à ceux qui n’en ayaient point, et il n’y a que le Doryenium pour lequel il m'ait fallu faire le titre moi-même.

LE VINGT-TROISIÈME LIVRE

conuient escrire de celle d’aucunes plantes, et les accidens qui aduiennent à ceux qui em auront pris, et commencerons à l’Apium risus.

Apium risus.

L'Apium risus, autrement appellé Sardonia, espece de ranunculus , rend lés hommes insénsés , induisamt vne conuulsion ét disténsion des néris telle que les léures se retirent, ën sorte qu’il semble que le malade rie, dont est venü en prouerbe, Ris Sardonien, pour vn ris malheureux et mortel. Son bezahard ou contre-poison est le suc de melisse.

IVapellus , est chaud au 4. degré.

Le suc, fririct où Substance de Napellus, tüe Son homme en vn iour , ou ën trois au plus tärd. Mesmes si par antidotes ét contre-poisons exhibés én temps ét lieï on én rechappe, le malade tombe en fiéure héctique , où en chartre, ou en mal caduc, comme dit Auicenné : c’ést de quoy les Barbares émpoisonnent leurs fleches f, Les äccidens qu'il induit sont (els :

incontinent les léures s’enflamment , ét la langue s’enfle : en sorte qu’elle ñe peut demeurer en la bouche , ains sort dehors auec grande hideur : les ÿeux aussi s'enflamment et sortent hors la teste : les malades tombent en vertiginosités et défaillance de cœur, ils ne peuueñt mouuoir ny bouger les iambés, tant ont les cuisses foibles et debilitées : d’ailleurs ils ont le corps énflé et terni, {ant est grande la malignité de ce poison. Sôn bezahar ést vn petit animal comme vne souris , qui s'engendré prés la racine du-

1 Tels venins sont premierement descrits par Mauliole, sur Le 6. Liu, de Dioscoride, et pa Léuinius âu livre des venins. = À, P,

DES VENINS

dit Napellus, seiché et pris en breuuage du poids de deux drachmies : ou à faute de ce, la graine de raue ou de naueaux mise en breuuage : oignant le corps d'huile de scorpions.

Matthiole, liure quatriéme de Dioscoride, dit que toute la plante du napellus est tres-pernicieuse et veneneuse : mais la racine est plus cruelle que toutes ses autres parties : tellement que tenue quelque espace de temps dedans la main, iusques à ce qu'elle s’y eschauffe, fait mourir celu y qui la tient. le scay, dit-il, des bergers estre morts pour auoir pris imprudemment vne tige de napellus, pour leur seruir de broche à rostir de petits oyseaurx.

Doryeñium et solanum mañicum.

Le doryenium et solanum manicum, ôu mortale, ont accidens assez semblables. Le dorycnium, baïllé en breuuage, donne vn goust Comme de laict à celuÿ qui en à beu, induit sanglots continuels, charge la langue d’humidités, fait ietter le sang par la bouche, ét par embas vne certairnie matiere baueuse, tout ainsi qu'on voit és dÿsenteries et caquesarnigüues. Son bezabar, sont toutes sortes de poissons à coquilles, soyent cruds ou rostis : les langoustes aussi et escreuisses de mer . y sont bonnes, et le boüillon où elles ont cuit.

Quant à la racine de solanum manicum', prise en breuuage auec vin

au poids d’vne dragme, cause des visions assez plaisantes : mais sion redouble le poids, ou qu’on en prenne trois dragmes, elle rend la personne insensée : et qui en prendroit quatre, elle la feroit mourir, comme eserit

2 Wolanum manicum, froid au 4, degré, — “As 0 !

Dioscoride. Le bezahar est semblable à celuy du dorycnium.

Zusquiame, froide au 4. degré.

La iusquiame induit vne alienation d'esprit telle que si on estoit yure, vn tournement de corps tel que les malades se distordent les membres, auec tremblement. Sur tout ce symptome en ce venin est insigne : c'est que les malades sortent tellement hors du sens, que l'imagination en eux troublée, pensent qu’on les foüelte par tout le corps, begayans de voix, et bramans comme asnes, puis hennissans ainsi que cheuaux, comme escrit Auicenne. Son bezahar sont les pistaches mangées en bonne quantité.

Auicenne loué le theriaque et le methridat, et boire du vin pur. Aussi de l’aluyne, et de la rue, et du laict.

Champignons.

Des champignons, les vns sont veneneux de leur nature, sçanoir ceux qui rompus changent incontinent de couleur, et se corrompent subit (à ceste cause Auicenne disoit que les champignons pers et verds estoient venimeux }) : les autres, bien que de leur nature ne sont tels, si est-ce que pris en trop grande quantité engendrenten nous aceidens mortels.Vrayement ie ne puis qu'esmeu de compassion de la plus part des hommes qui, poussés d'vne trop grande friandise, ne sé peuuent saouler de ceste semence mortelle, ie ne puis, dis-ie, que ie n’enseigne le moyen comment on pourra manger les champignons sans en sentir dommage, sçauoir : les faisant cuire auee poires sauuages : au defaut desquelles om pourra vser de

: poires domestiques , pourueu qu'on prenne de celles qui sont plus aspres, sans regarder si elles sont fraiches où

seichées au soleil : et non seulement les poires, mais aussi les fueilles et escorces du poirier, tant sauuage que domestique, y sont bonnes !. Car la vraye contrepoison du champignon, c’est le poirier.

Tous les champignons en general estranglent et estouffent ceux qui en mangent : mais ceux qui Sont venepeux en outre rongent les boyaux, gouflent et enflent l’estomach, donnent pointures, sanglots, tremblemens, oppression d’arteres, defaillance de cœur, sueurs froides, et finalement la mort. La raison de tous ces accidens est que tous champignons sont naturellement fort froids et humides, et mesmes fort visqueux et gluans : car pour parler à la verité de leur essence, ils ne sont autre chose sinon vne pituite excrementitielle de la terre, ou des arbres sur lesquels ils naissent : de là vient que si on en prend en quantité, ils surmontent et suffoquent la chaleur du corps, et estouffent la personne.

Leur bezabar est l'ail mangé tout

1 Cet endroit du texte offre quelque chose de singulier dans les éditions ordinaires.

Le texte qui précède indique que l’auteur parle sérieusement, et une note marginale, non moins sérieuse, porte : Moyen de manger en seurelé des champignons. Si on lit le texte primitif de l’édition de 1579, tel que je l'ai conservé ici, il n’y a rien que de très paturel et de très logique. Mais à partir de 1585, à l'endroit même de cette note, l’auteur avait intercalé cette décision tranchante : Ainsi accoustrés , les faut ielter aux priués, el parlant ne feront nul mal. Cela est de toute évidence, mais alors ce n’était pas Ja peine d'annoncer un moyen de les manger en sûreté. C’est pourquoi j'ai préféré le texte primitif, sauf à appeler J’altention du lecteur sur le passage de 1585, qui contredit aussi absolument la première opinion de l’auteur.

LE VINGT-TROISIÈME LIVRE

cru, comme dit le Conciliator de Abäno : ou bien aussi le vinaigre, de tant que par la tenuité de sa substance, il a vertu d’attenuer et inciser les humeurs gluans et visqueux qui, engendrés en nouspar l’vsage des champignons, causent suffocalion : comme dit Galien sur la section 5. des Epidemies.

ÆEphemerum.

Ceux qui ont pris de l’ephemerum , que quelques vns nomment cholchicon, où bulbe sauuage, sentent vne demangeaison generalement par tout le corps, tout ainsi que qui se seroit frotté d’ortie ou de squille : sentent vn rongement d’intestins, auec grande pesanteur et ardeur d'estomach :

mais qûand le mal s’augmente, on vuide par le bas des raclures de boyaux meslées auec du sang. Le bezahar est le laict de femme, d’asnesse, ou de vache, pris tiede.

Mandragore.

La mandragore, prise en quantité excessiue, est venimeuse, et de sa racine et de son fruict : elle assopit les sens, elle rend les hommes lasches, tristes, eteslancés, mornes, etsans aucuneforce,et fait que les patiens, aprés auoir bien prié et s’estre bien tourmentés, s’endorment en toute telle sorte et habitude de corps que la force du venin les aura rencontrés et surpris : de facon que les Medecins en vsoient anciennement lors qu’on vouloit brusler ou couper vn membre, pour oster le sentiment de douleur. Quant aux pommes d’icelles, elles peuuent estre mangées estans meures , et desnuées de leurs pepins de dedans, sans danger : mais les mangeant verdes, et aus“c leurs

quantité :

DES VENINS

grains, elles sont mortelles, et cau-

sent des accidens mortels. Car en premier lieu, elles engendrent vn feu et vne ardeur qui brusle toute la partie superficielle du corps : le malade a la bouche si seiche, qu’il est contraint de demeurer tousiours à gueulle bée pour attirer l'air froid : et qui n’y donne prompt remede mourra en Spasme. Son bezahar est manger trois iours durant du refort auec du pain et du sel, comme eserit le Conciliator.

Il faut faire esternuer le malade : ce mal se cure en baïillant à boire de la graine de coriandre, ou de pouliot auec eau chaude.

Pauot noir.

L’odeur fascheuse du suc de pauot noir, qu’on appelle opium, fait qu’il est malaisé à mesler parmy le boire sans qu'on s’en apperçoiue, tout ainsi qu’on fait de la mandragore : entendu principalement qu’il ne fait mourir la personne, si l’on n’en prend grande mais de tant qu'il y a danger pour l'ignorance des Medecins ou Apoticaires qui en peuuent ordonner plus qu'il ne faut, l'on le connoistra, pour ce que par sa frigidité insigne il induit vn sommeil tres-profond, auec vnprurit et demangeaison et frisson, si grande, que souuent le malade en est excité de son profond sommeil :

au reste ils tiennent tousiours les yeux fermés sans se mouuoir. Ce trauail cause vne sueur puante qui distille goute à goute : tout leur corps est palle et transi, et ont les léures enflammées, et leur voit-on relascher la mandibule d’embas: ils iettent vn souffle froid et lent, et lors qu’on leur verra les ongles ternis, le nez {ors, et que les yeux leur enfonceront, c’est signe qu’ils sont prochains de mort.

Le bezahar est le castoreum donné

ae à boire en poudre iusques à deux dragmes auec du vin.

De la Ciguë.

La ciguë, prise en breuuage, cause vertigines, troublant l'entendement, tellement qu’on diroit les malades estre enragés : offusque la veuë, elle prouoque hocquets, rend les extremités toutes gelées, cause conuulsion :

la trachée artere serrée et estoupée, ils meurent comme si on les estrangloit. Parquoy il faut faire vomir promptement le malade, et luy bailler clysteres. Cela fait, il luy faut faire boire de bon vin tout pur, ou maluoisie, ou hypocras, à fin d’eschauffer les parties interieures, et mesmes trois ou quatre doigts d’eau de vie.

Matthiole, sur le liure sixiéme de Dioscoride, dit auoir conneu lesdits accidens par experience à vn vigneron : cultiuant ses vignes auec sa houë, par fortune arracha des racines de ciguë, cuidant que ce fussent racines de pastenades, lesquelles il fit cuire en sa maison, et les mangea à souper auec sa femme : aprés souper s’en allerent coucher. « A la minuit » estans resueillés couroient çà et là » par la maison, ne voyans goute, » comme fols et enragés, se hurtans » la teste contre les parois, tellement » qu'au matin ils estoient tous meur- » {ris, et les paupieres des yeux gros- » ses, monstrans vne hideuse face.

» Les voisins m’appellerent pour les » guarir : et m'estant enquis des @o- » mestiques de ce qu’ils auoient man- » gé à leur souper, ie trouue qu'ils » auoient mangé des racines de ci- » guë, en lieu de pastenades. Car ie » metransporteen/a vigne, où on me » monstra le lieu d'où le vigneron » auoit tiré lesdites racines : on en » trouua d’autres qui commençoient

» à produire des fueilles, Ce qu'ayant » consideré, ie reuins subit vers » les malades ausquels , moyennant » l’aide de Dieu , ie fis retourner en » peu de temps leur premiere santé et » entendement. »

Petrus Aponensis estime fort en ce cas vn breuyage fait de deux dragmes de theriaque auec decoction de dictame ou de racine de gentiane auec du vin : et affirme que c’est le vray antidote contre la ciguë.

De l'Aconit.

L’Aconit est vne herbe qu'aucuns appellent Luparia, parce qu’elle tue les loups, Elle croist en Acones, dont elle a pris le nom, qui est vn village des Periendins. Matthiole dit qu’on en trouue en abondance aux montagnes de Trente : les païsans d’alentour lappellent Vulparia, parce qu'outre qu’elle tue les loups, elle tue aussi les regnards : semblablement les chiens, chats, et tous autres animaux quien mangent:elle tue les rats et souris de sa seule odeur. Auicenne l'appelle Strangulator leopardi, paree qu’elle estrangle les leopars. Diecoride dit que les scorpions touchés de sa racine demeurent tous estourdis, et meurent : et meslée parmy la chair tue les sangliers, loups et pantheres, et generalement toutes autres bestes sauuages. Les fleches trempéesdedans son jus, leurs blessures sont mortelles.

Les personnes qui auront pris de l’aconit en beuuant ou mangeant, sentent un gout astringent ef aucunement doux, mais aprés cesle aspreté et douceur ils séntent une certaine amertume, ce qu’eserit Aëcius.

I1 cause vertigine, et perturbation de l'esprit, Il fait venir les larmes aux yeux : il cause grande pesanteur d'es-

LE VINCT-TROISIÉME LIVRE

tomach et au ventre, et fait peter souuent. Il induit tremblement de tout le corps auec grande enfleure, comme si on estoit hydropique. Pline escrit au liu. 27. chap. 2. que son venin est vne poison si subite, que si on en touche les parties honteuses des animaux femelles, il les fait mourir le mesme iour.

Son principal antidote est de promptement vomir. Le coneiliateur Petrus de Abano ! ordonne de la sarrasine, ou de l’aristoloche longue. Matthiole dit que s’il y a du venin dans le corps, ilse combat contre luy, ayant fait rencontre de pareil : et donne seulement ce combat, quand il trouue le venin dedans les parties nobles. C’est miracle que deux venins mortels estans dedans vn corps, l’yn amortit l'autre, tellement que la personne demeure sauue. Or ceste herbe est figurée en Matthiole, lequel dit auoir ses fueilles semblables au concombre, et n'en a que quatre pour le plus, etraucunement velues et herissées, et pleines d’aiguitlons , semblablement les queuës. $a racine est reluisante comme albastre quand elle est recente, et de grosseur d’vn doigt, large au commencement, puis peu à peu finissant en pointe courbée nouëuse, ressemblant à la queuë d'vn scorpion. Sa tige est longue d’un empan. Au sommet, a vn heaume semblable à celuy d’vn homme darmes (pour monstrer qu'il est armé enuers tous et contre tous animaux) où est enclose sa semence, contenant vn cruel venin, mortel et dia-

1 Toutes les éditions portent : le Conciliateuret Peirus de Abano. C’est sans doute une faute d'impression, car il s’agit ici d’un seul el unique auteur, déjà cité plusieurs fois dans ce chapitre.

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bolique, par vne occulte et indicible cause, DePif.

I y à semblablement des arbres venimeux, comme l'if et le noyer.

Les cheuaux, bœufs et vaches qui mangent des fueilles de l'if, et les hommes qui dorment dessous, le plus souuent meurent. Les accidens qu’il cause sont flux de ventre, yn froid par tout le corps, et vn estouffement à l'endroit de la gorge. Ce qui aduient non seulement à cause de sa froideur, mais aussi par vne partjculiere nature et malignité cachée en luy : laquelle aussi particulierement pourrif les humeurs, et escorche le dedans des boyaux.

Sa copntre-poison est semblable à celle de la ciguë. Nicandre ordonne à boire de bon vin pur.

Du Noyer,

Le noyer est semblablement venimeux comme l'if. Ce que Greuin ! dit auoir experimenté sans y penser. Car ayant dormi long temps sous vn noyer en plein esté, il sentit tout le corps refroidi, auec yn grand mal de teste, qui luy dura cinq ou six iours,.

On peut user contre son poison de chose semblable que contre l’if.

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