‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 350 sur 602 · DE L'VSAGE DE L'ANTIMOINE · texte numérisé non relu

DE L'VSAGE DE L'ANTIMOINE

quatre, cinq ou six grains, et qu’on le mistionne auec certains correctifs, comme moyeux d’œufs,vin, decoction de chapon, ou autres choses semblables qu’on connoist estre necessaires :

et ainsi on n’en voit point aduenir d’inconuenient.

Au surplus, ie confesse bien que lors qu'il est calciné ou bruslé, qu’aucuns appellent preparé , il est rendu plus sec et plus dur, et acquiert vne nature de feu : lesquelles choses luy es-

‘ans acquises par la calcination, il est rendu plus chaud, et par conse:

quent plus acre, à cause que toutes choses calcinées perdent leur humidité et sont rendues plus seiches, et celles qui ne sont point acres et poignantes acquierent beaucoup de chaleur par la calcination : dont nous pouuons conclure que celuy qui est crud est moins mauuais que le calciné, yeu qu’il ne laisse à faire son operation sans le calciner, el n’est si acre ne poignant : partant on en doit plustost vser. Ce que l'on fera auec vin en la maniere que nous auons descrite : car par ce moyen on attire son essence et vertu par l'esprit du vin : et fait semblable vacuation que celuy qui est calciné. Toutesfois ie serois bien d'aduis que l’on n’vsast de ce remede si ce n’est en vne grande necessité, et que premierement on ne fust bien resolu que la peste ne procedast du vice de l’air, ains seulement de celuy des humeurs.

Or outre les vertus que l’antimoine crud a de purger par dedans, aussi il a faculté de refroidir et desseicher auec vne astriction : et partant on en met és collyres des yeux : il arreste le

sang qui flue des membranes du cerueau. Il est bon aussi pour les playes recentes, et contre les vieilles vlceres, et principalement celles quisont faites par morsure de chien. Pareïllement on en fait vn onguent pour les bruslures auec gresse, litharge, ceruse et cire. Et lorsqu'il est appliqué du commencement sur icelles, il empesche qu’il n’y vienne aucune ampoule. On en fait des parfums pour arrester le flux menstruel, lors qu’il est excessif :

et cicatrise les vlceres. Il purifie tous metaux : partant les fondeurs de cloches en mettent dans leur metal, à fin que les cloches sonnent mieux :

aussi ceux qui font des miroirs en vsent pour les rendre plus resplendissans. Voïla ce que ïay trouué de la loüange dudit antimoine, tant en Dioscoride que plusieurs autres bons autheurs.

Et à fin qu'on puisse mieux connoistre sa nature et.le recouurer quand il en sera besoin, il faut entendre que c’est vne pierre metallique, plombeuse et sulphurée. Qu'il soit vray, lors qu’on le calcine, vne partie se conuertit en plomb, et rend vne odeur puante sentant bien fort le soulphre. Il y en a de deux especes, à sçauoir masle et femelle. Le masle n’est si bon que la femelle : et se connoist parce qu’il est moins luisant et pesant : au contraire, la femelle est plus pondereuse et luisante, et plus friable , ioint qu’elle se fond plus aisément : parquoy ceux qui en voudront yser la prendront plustost que le masle.

Et ce suffise de l’antimoine.

DISCOVRS

DE LA MVMIE ET DE LA LICORNE

À TRES-HAVT ET PVISSANT SEIGNEVR, MESSIRE CHRISTOPHLE DES VRSAINS,

Cheualier des ordres du Roy, Conseiller en son Conseil priué, et d’Estat, Capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances de sa Maiesté : Seigneur de la Chappelle, Baron de Treiquel, Doue, et Armenonuille, etc.

Monseigneur, vous auez souuenance que l'an mil cinq cens octante, le dernier iour d’aoust, entre l’abbaye de Chally et Armenonuille, l'vn de vos grands cheuaux se cabra et renuersa sur vous, et tombasles sur vn gros et aigu caillou à l'endroit des reins. Le cheual estant bon et genereux, se mit en deuoir pour se releuer:

mais ne se releuant qu’à demy tomba de rechef , et vous donna vn second heurt, et n’eust esté le prompt et fidelle secours d’vn de vos gentilshommes nommé de Selles, qui promptement descendit de cheual et

1 Ces discours ont été publiés à part en 1582 ( voir dans mon Introduction la Bibliographie); mais dès 1585 ils avaient été refondus dans les OEuvres complètes, savoir, le Discours de la Mumie au livre des Contusions et gangrenes, et le Discours de la Licorne au livre dex Penins. Comme tous deux formaient des digressions trop étendues dans les lieux où l’auteur les avait en-

vous retira à bien grand’peïne de dessous , vous estiez en extreme danger de vostre personne: de fait que à l’instant tombastes en syncope, et defaillance de cœur et de parolle, et fustes porté en vostre maison , où estant couché au lit les mesmes accidens retournerent et perseuererent l’espace de quatre heures, durant lesquelles par la diligence de madame vostre compagne ( Dame certes de grandes vertus), ne fut rien oublié de tout ce que l’on peut imaginer pour vous secourir. Et pour ce faire furent appellés Medecins et Chirurgiens des lieux

cadrés, il m’a paru plus convenable de les reproduire à part, d'autant plus que cela me permeltait de donner l’épire dédicatoire qui les précède dans l'édition originale, et qui, bien que plusieurs passages en soient copiés des Discours mêmes, n’en est pas moins une pièce très intéressante, qu’on regrettait de ne pas trouver daus les grandes éditions de Paré,

DISCOVRS DE LA MVMIE ET DE LA LICORNE

proches, comme Senlis, Dampmartin, et mesmement madame la Connestable vous envoya monsieur le Féure, medecin ordinaire du roy qui lors estoit à Gentilli, qui vous fit saigner et adapter tous autres remedes propres à telles blessures: et ne fut rien oublié pour seder les douleurs, et resoudre le sang meurtri quiestoit espandu aux lombes , et pareïllement iusques au petit ventre et aux cuisses :

et voyant que vous ne sentiez tel et si prompt allegement que eussiez desiré , m'enuoyastes querir à Paris.

Ayant receu voslettres, pour le seruicequeie vous dois, ensemble à toute vostre maison, ie montay promptement à cheual. Arriué rapperceu vne bien grande tumeur et enfleure mollasse, vn peu au dessus de los sacrum : fus d’auis de faire ouuerture, pour donner issue à beaucoup de sang caillebotté, et aux serosités, qui arrestées sous le cuir pouuoient causer pourriture, gangrene, et autres plusieurs accidens mortels, qui en telles et si grandes contusions ont de coustume suruenir. L’ouuerture faite, ne sortoit par l’espace de dix ou douze iours moins de choppine desdites serosités et sang caillé, à chaque fois qu’on vous habilloit ‘, de sorte que les seruiettes et couurechefs qu’on vous mettoit sur vostre playe, ployées en quatre ou cinq doubles, estans torses distilloient comme qui les eust tirées d’vn plein seau d’eau. Ce que considerant, ie commencay à craindreque par là il ne se fist vne colliquation de tout votre corps, et par consequent finissiez vos iours tabide, attendu mesmes qu’à raison de plusieurs grandes cauités d’où sortoient les matieres mentionnées , il conuenoit faire en-

! Habiller, synonyme de panser.

core quelques autres incisions. De quoy ie voulus bien aduertir madite dame,etmonsieur de Paleseau vostre gendre, et madame vostre fille, qui fort curieux estoient de vostre santé :

les suppliant au reste que, tant pour le regard du danger apparent, que vostre respect qui estes vn des plus signalés de la France, que nous eussions d’auantage de conseil. A quoy madite dame ne voulant rien espargner , fit soudain escrire au Roy qu’il plust à sa Maiesté lu y enuoyer monsieur Pigray , homme bien entendu en la chirurgie : ce que le Roy fit volontiers. Aussi on envoya querir monsieur de Mouron, homme estimé entre les hommes doctes et bien entendu en la medecine et chirurgie, et pareillement à Paris querir monsieur Hautin , Docteur regent en la Faculté de Medecine, messieurs Cointeret et le Fort,Chirurgiens, qui arriués, aprés auoir veu , sondé et consideré vostre playe, conclurent auec nous vnanimement qu'il estoit plus que necessaire faire nouuelles ouuertures, à fin d’auoir plus de commodité et liberté pour mondifier les cauités qui estoient sous le cuir tout moulu et contus. Dieu benist notre labeur , et en auez esté bien guari, graces à Dieu. |

Lorsque commencastes à vous bien porter, et vos douleurs à s’appaiser, vous me fistes cest honneur de discourir de plusieurs belles choses, entre les autres comme on ne vous auoit point donné à boire de Mumie au commencement de vostre cheutte:

lors ie vous fis response que j'en estois ioyeux, parce qu'elle pouuoit beaucoup plus nuire que aider, à cause que c’est de la chair des corps morts puants et cadauereux, et que jamais n’auois veu que ceux ausquels

on en auoit donné à boire où à manger, qu'ils ne vomissent tost aprés en auoir pris , auec grande douleur d’estomach. Et tant s'en faut qu’elle puisse arrester le sang qui descoule des vaisseaux d’vne contusion, que plustost par l’agilation que fait ceste bonne drogue au corps , il en flueroit encore d'auantagé. Aussi que les anciéns Iuifs, Arabes, Chaldées, Ægÿptiens, n'ont jamais pensé faire embaumer leurs corps pour estre mangés des chrestiens : mais auoient en si grand honneur, reuerence ét recommandation les corps des trespassés, pour l’esperance de la resurrection, qu'ils ont recherché de les embaumer pour les conseruér et garder à iamais, s'ils eussent peu faire, en plusieurs ét diuerses sortes, comme of verra par cé discours. D'auantage seruoient iceux Corps ainsi émbâäumés de souuerains gages et asseuranceé de leur foy : si bien que s’il estoit aduenu qué aucuns eussent affaire de quélqué grosse somme d'argent , ils ne failluient point de la trouuer à emprunter sur gagé de lYn dé leurs parens, Se tenans tout asseurés les credileurs que moyÿennañt tel gagé, le débiteur manquéroit plustost de vie que de foy, tant ils auoient à cœur de retirer tel gage. Et si la fortune faisoit, et le malheur fust si grand que aucun s’oubliast de tant en ses nécessités que dé ne vouloir où sçauoir trouuer moÿeï de retirer son gage, il tombôit en tel deshonneur et infamie, qu’il n’eust pas ésté bon à donner à manger aux chiens, et ne se fust aussi osé monstrér en public :

car on luy faisoit là liuéé comme l’on fait à vn loup où vn chien enragé, et de liberté tomboit én vne ignominieuse seruitüude, comme ayant desauoüé sa race ét son origine. Par ces

DISCOVRS

choses , l’on voit comme les anciéns Tuifs n’ont fait embaumer leurs corps pour lés faire manger aux chresliens.

D'auantage, Hippocrates ét Galien n’en parlerentny ordonnerent iamais pour quelque câuse que ce fust. Et si elle eust esté propre aux contugions ou autres maladies, il est cértain qu’ils ne l’éussent oùblié à descrire.

De la corne de Licorne,

Monseigneur, aprés vous auoir discouru de la Mumie, voulustes aussi sçauoir ce qu'il me sembloit de la corne de Licorne, et si 'auois conneu pär.quelque experience qu’elle eust puissance contre les venins. Lors ie vous fis response, qu’on ne sçait à la verité quelle est ceste beste, mesme que aucuns doutent que ce ne soit vne chose controuuée. Car les vns disent que c’est vne beste inconneuë, et qu'elle naist aux Indes : les autres en Æthiopie : d’autres és terres neufues, et lés autres és déserts inaccessibles : et n'en parlent tous que par oùy dire, Et comme ils sont différens de la description des lieux où naist ladite Licorne , ils sont paréillement discordans de là forme et figure ét couleur et de Sa corne, ét des pieds, et des mœufs : car les vns disent qu'elle est la plus furieuse et cruelle de toutes les bestes, et qu’elle hurle fort hideusement, et que iamaïs on ne la prend viue : autres au conträire la disént fort douce et benigne, ét s’ämourâächer des filles, prenant plaisir à les contempler, ét qu'elle est soutient prise par ce moyen. Plusieurs tiennent que si l’on fait tremper de la corne de Licorne en dé l’eau, ét qué de cesté éau on face vn cercle sur vne table , puis qu’on mette dédans ledit cercle yn scorpion ou araignée, où Yi crapaut, tue cès bestes

DE LA MVMIE ET DE LA LICORNE

méürent, ét qu’elles ne passent au cunemént pardessus le cercle. Le lay voulu expérimenter, et aÿ trouué cela éstre faux et ménsonger.

Autres disent que si on faisoit auallër à vn poulet ou pigeon qui eust pris arsenic, Où Sublimé, où quelqué autre venin, il n’en sentiroit aucun mal : céla est pareillement faux; comme l'experience eñ fera foy.

Autres tiennénñt pour chose veritäble qué la vrayé Licorne estant Mise En l’eau, Se prend à boüillonner, fésant esleuer petites bubes d’eau !

cotiifie perles. le dis qué cela se fait äussi bien aux corfies de bœuf et de moüton ; et d’autres animaux, voire 65 Lez dé pôts, tuilles et bricques : ce que Ÿous vistes paf expériente, lors que ié mis en vf verte d’eau des os de Mouton ét des téz dé pols : et vous en dis la raison; dont fustés fort content

Aütres disent auoir grande vertu contre là peste ‘et autres venins: ét eroy paréillertent estre chüse fabuléuse. Quelqu’vn mèé dira que possible les corties dont Pay fait mes espreuuës f’estoient vraÿes cornes de Litorié. A quo ie résponds, que celle de Säiñict Denis eli Fraïce, et celle du Royÿ que l’on tieñit en grande estime ; et Céllés dés martchänüs de Paris que l’on Yeñd à grand prix ne sont doncques vrdÿes Cornies de Licorne: car C'a eslé sûr celles là que l’ay fait es:

préuué : 6t si on ne M6 veut croire ; qu’on viéñne à l’éspreuue comme Moy : et on coninoistra la verité contré le mieñsonge.

Or; Monsbighetf, ces contrariètés d'opinions, et les espreuues qu’on en fait, font iuger que tout ce que l’on dit des Licornes est chose controuuée

1 Büubes ; poùr bulles ; les Espagnols appellaient les pustules de Ja vérole; las bubass

à plaisir par lesfpeintres et historiographes. Et ne suis seul de ceste opinion : car il y a plusieurs doctes Medecins gens de bien, eraignans Dieu ; qui sont de mon auis; comme ie monstreray cy aprés en ce discours : et principalement feu monsieur Chappelain ; Conseiller et premier Medecin du Roy Charles neufiéme , lequel en son viuant estoit grandement estimé entre les gens doctes. Vn iour; luy parlant du grand abus qui se commettoit en l’vsage de corne de Licorne, le priay, veu l’authorité qu'il auoit à l'endroit de la personne du Roy nostre maistre, d’en vouloir oster l’vsage et abus: et principalement dabolir ceste coustume qu'on auoit de laisser tremper vn morceau de Licorne dans la coupe où le Roy beuuoit, craignant la poison :

et qu’elle est beaucoup plus chere que l'or, comme l’on peut voir par la supputation : car à vendre le grain d’or fin onze deniers pite, la liure ne vaut que sept vingts huit escus sol:

et le grain de Licorne vallant dix sols, la dragme à raison de soixante grains vaut trente liures, et once à raison de huit dragmes vaut deux cens quarante liures, et consequemment la liure à raison de seize onces vaut trois mil cens quarante liures, lesquels reduits en escus vallent douze cens quatre vingts escus : à ceste cause il feroit beaucoup d’oster ceste superstition et larcin qu’on fait au peuple,

Il me fit response, qu’il voyoit l’opinion qu’on auoit de la Licorne tant inueterée et enracinée au cerueau des princes et du peuple, que ores qu’il l'eust volontiers ostée, il croyoit bien que par raison n’en pourroit estre maistre : et que les Medecins ayans ÿne bonné amie, encores qu'ils sachent qu’elle fe vaut rien, n’ayant

aucunes vertus qu’on luy attribue, sont souuent contraints de permettre aux malades d'en vser, parce qu’ils la désirent et en veulent : et que s’il aduenoït qu’ils mourussent sans en auoir pris, les parens donneroient tous la chasse ausdits medecins, et les descriroient comme la faulse monnoye. D'auantage disoit que tout homme qui entreprend à descrire de choses d'importance, et notamment de refuter quelque opinion receuë de long temps, il ressemble au hibou ou chat huant, lequel se monstrant en quelque lieu eminent, se met en butte à tous les autres oiseaux, qui le viennent becqueter et courir sus à toute reste.

Aussi ie vous discourus pareillement que la licorne n’a nulle vertu contre les venins, comme le monde luy attribue, parce que tous venins ne font pas leurs effets d’yne mesme façon. Car il y en a de chauds, de froids, de secs, d'humides : autres qui operent par qualité occulte et secrette, et que chacun a son propre accident lequel doit estre guari par Son contraire. Partant la licorne ne peut resister à {ous venins, commeil sera demonstré cy aprés.

le vous fis pareillement yn pelit discours de la Peste, où Tay monstré que la licorne n’a nulle force et vertu pour contrarier au venin pestiferé : où ie me suis efforcé tant qu'il m’a esté possible d'enseigner les ieunes Chirurgiens qui sont appelés à penser les pestiferés : où ie suis bien asseuré qu'il y en a qui ne virent iamais aposteme , ny charbon ,ny pourpre pestiferé, à qui ce petit traité

1 A toute reste ; Je ne sais ce que veul dire celle expression, à moins qu’il ne faille lire : à toute haste.

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pourra grandement seruir : aussi quê les pauures malades touchés de ceste contagion, delaissés de tout secours, se pourront eux mesmes aider à leur guarison, à raison que ay escrit en langage vulgaire et fort familier, et les remedes aisés à connoistre, et la maniere de les preparer , et commeil faut les diuersifier , si bien que toutes personnes s’en pourront aider. Orien ay escrit, ce me semble, le plus prés approchant de la verité, parce que l'ay esté touché de ce mal, et souffert l’aposteme sous l’aisselle , et le charbon eu ventre. Et s’il est bien seant à vn vieil Capitaine de parler de la guerre, et au Marinier de discourir de la nauigation , aussi ne me sera-il pas mal seant , aprés auoir longuement exercé la Chirurgie, specialement à l’endroit des pestiferés, de mettre de rechef en lumiere ce petit extrait du vingt-cinquiéme liure !

de mes œuures, pour enseigner les ieunes Chirurgiens, et les pauures malades delaissés de tout le monde pour se secourir eux mesmes.

Ayant entendu ces discours, me priastes ( ce que ie receus pour commandement ) les mettre par escrit, à fin d’enuoyer ces abus à vau l’eau, et que le monde n’en fust plus trompé :

lors ie vous dis que jen auois aucunement escrit en mes œuures : VOUS me repliquastes que plusieurs ne pourroient auoir toutes mes œuures, et qu’ils auroient tous ces discours plus facilement et à meilleur prix : ce que volontiers vous accorday. Toutesfois ie croy que ce ne sera sans

1 Je respecte ici le texte, mais il y a erreur de la part de Paré; le livre de la Peste était le 21° des éditions de 1575 et 1579, etil est devenu le 22° en 1585. Il forme le 24° de l'édition actuelle. è

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contredit : mais jespere qu’en serez le protecteur et defenseur, veu la grande authorité et credit qu’auez en toute la France : car lors que cepetit liure sera en lumiere, ie ressembleray au Hibou, et croy qu’il y aura quelque Gay ou meschant Corbeau, ennemy de la verité et de la Republique, qui me caiolleront et becquetteront. Mais ie leur tendray volontiers mes espaules pour me battre fort (toutesfois sans me faire aucun mal ):

et s'ils me peuuent assaillir de quelque bon trait de raison ou d'experience, tant s’en faut que ie m'en trouue offensé qu’au contraire ie leur en sçauray fort bon gré, de m’auoir monstré ce qu'oncques ie n’ay peu apprendre des plus doctes et signalés

personnages qui furent et sont encore en estime pour leur doctrine singuliere 1.

Voila, Monseigneur, ce qu’il me semble de la Mumie, de la corne de Licorne, et de la Peste. Priant Dieu, Monseigneur, vous donner et à Madame vostre compagne, ensemble à tous ceux de vostre maison, prosperité en ce monde, et felicité perpetuelle.

Votre tres-humble et tres-affectionné seruileur à iamais.

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