‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 351 sur 602 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La Mumie a pris son nom et origine des anciens Iuifs, Arabes, et Chal-

1 Ce mot dernufiiie ést celui qu’of troüve dans leséditions de 1575 et 1582, et par suite dans toutes les éditions postérieures. Mais il faut noter qu’en 1579 Paré avait écrit Hommye et même Aommie, ce qui se rapproche beaucoup de l'orthographe moderne: toutefois j'ai dû accepter celle qu’il avait définitivement adoptée.

Au reste, on aurait tort de regarder ce livre comme hors de propos dans les OEuvres de Paré; c’est le monument d’une véritable réforme dans une question de chirurgie qui n’était pas sans importance. On peut voir dans mon Introduction, page GLXXxVI, la source et la puissance de ce préjugé de la Mumie, contre lequel Paré le premier osa s'élever. Nous ayons vu au livre des Contusions, Chap. 6, la première attaque qu’il dirigea contre en 1575; en 1579, nous avons dit qu'il avait ajouté un long article dont on retrouvera les morceaux épars aux chapitres 1, 8et 12 du présent Discours; et enfin le Discours parut en 1582, comme il a été dit,

2 Ce premier chapitre formait, dans l’édition de 1585 et les suivantes, le chap. 7 du livre des Contusions; voyez tome II, page 202. Il débutait alors par cette phrase :

« Il ne se faut donner merueille, si en ce traité des Contusions ie n’ay fait aucune mention de la Mumie, pour en donner à boire et à manger, comme font la pluspart

dées, ét principalement des Egyptiens, mésmés lohg temps auparauatit Moÿse, ét depuis eux lés Grecs et Laätins : tous lesquels ont eu en si gräid honnéür, reuerence; et re-

des Medecins et Chirurgiens : parcequ’elle ne vaut rien, ce que ie prouueray par ce dis- Cours. »

Ensuite venait le texte actuel, qui est presque absolument le même pour tout ce discours que celui de l'édition de 1582.

L'article spécial de 1579 commençait aussi par la phrase qu’on vientde lire; mais après ces mots : La pluspart des Medecins et Chirurgiens, il conlinuait ainsi :

« Car si en toute prescription et ordonnance des remedes contre les maladies, il faut prendre indication du contraire, comme j’ay apris de mes maistres, qui estce qui, suyuant la regle des indications, pourra sçauoir si la mommye est contraire aux accidens qu'amene la cheute et contusion, s’il ne sçayt que c’est que mommie.

Orle cas est tel, que ny les Medecins et Chirurgiens qui ordonnent la mommie, ny Ceux qui en ont escrit, ny les Apoticaires qui la vendent, ne sont point asseurés de l’essence d'icelle : Lisez les anciens, Serapion et Auicenne : Lisez les modernes, Belon, Matheolle et Theuet, vous les trouuerez tous d'opinions en ce cas dissemblables : interrogez les Apoticaires, interrogez les marchans qui la leur aportent, l’vn vous dira d’yn, l’autre d’vn autre, de sorte qu’il semble impossible en telle et si grande varieté d'opinions, de rien sçauoir au vray de la

DISCOVRS

commandation les corps des trespassés, pour l’esperance de la resurrection, qu'ils ont fort recherché les moyens, non séulement de les enseuelir, mais aussi de les conseruer à iamais, s'ils l’eussent peu fairé, par certaines droguës precieuses et choses Odoriférantes : lesquels corps ainsi embaumés se gardôüient longuement entiers sans se pourrir, Et par lesdits Arabes ont esté appelés Mümie, qui vaut autañt à diré, qu’vn corps mort accoustré de choses odoriferantes et conseruatrices de pourtiture. Or pour le premier, Herodôte tresancien historien gréc, et aprés luy Diodore Sicilién, parlans de la sepulture et conduite des corps dés trespassés , et des pleurs et gemissemens qui se faisoient sur iceux par les anciens Egyptiens, racohtent que lors qu'il decédoit quelqu’vn des domestiques d’vne mâison qui éstoit de respect et äppärence ;, Comme vn grand Seigneur ou Dame, alors Se transportoient tout d’vn costé toutes les femmes de la famille et parentage au lieu où le defuñct estoit decedé, habillées toutes de deüil ; pleuräntes et lamenñtantes.

Puis ayans laissé le corps mort en son lieu, s’en alloient par la ville comme vagabondes ; courant çà et là ; estant ceintes ét troussées par le milieu du corps, deplorantes leurs vies et miseres ; auec leurs mammelies et parties plus prochés toutes nues et descou

uertes. De l’autre costé alloient les hommes, ayans pareiliement la poitrine toute descouuerte ; et se frappoient et battoient en detestation du

Mmofnmié. Cat quänt à Sérapion et Avitenne, ils font cogneü autre mommie, ete.»

Là suite dé cé texte sé relrouyera au 8e Chapitre du Discours actuel; à l’avänt-dérnier paragraphe.

DE LA MVMIE.

defunct. Cela estant fait , ils se transportoient par deuers ceux qui estoient deputés pour embaumer les corps morts, qu’on appelloit Salleurs ou Embaumeurs , lesquels leur monstroient trois figures de corps morts embaumés, peintes en vn beau linceul, de diuerse valeur et estimation : l’vne comme la plus riche, exquise et elabourée, vallant vn talent : l’autre vn demy, et la tierce de vil prix et à bon marché, qui estoit pour le commun populaire, qui leur donnoit selon leur puissance, Ayans marchandé l’vne des trois effigies ou figures pour les embaumer ou enseuelir, ils laissoient Le corps mort entre leurs mains. Et lors les embaumeurs tiroient tout aussi tost, auec vn fer courbé, par les narines, toute la subsance du cerueau: puis incisoient auec ve pierre aiguë et bien tranchante le ventre, et en ostoient les entrailles: et puis lauoient tout le corps de vin auquel auoient boüilli plusieurs choses aromatiques. Cela fait, remplissoient Le corps de myrrhe, d’'äloës, de cinamome, saffran, et autres choses odoriferantes et precieuses : puis aprés le salloient et mettoient en vn saloir par l’espace de 70 jours, Lequel temps expiré, le retiroient pour faire seicher, et aprés l’'enueloppoient en vn beau drap précieux ; et derechef l’oignoient de certaines gommes assez communes.

Aprés toutes ces choses, luy faisoient faire vne effigie sur sa tombe et sepulchre, où ils vouloient qu’il fust posé pour la memoire eternelle: et le laissoient là pour dormir et reposer, iusques (disoient-ils) au grand iour de la resurrection. Les deux autres façons d’embaumer se faisoient d’autres drogues non si precieuses ny si cheres, et selon l'argent on estoit serui.

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