CHAPITRE II
Mais le soing et curiosité est encore entré plus auant dedans le cœur des Egyptiens que de nulle autre nation, dont ils ont merité grande loüange, s’estans monstrés tant affectionnés à la memoire de leurs parens , que pour la conseruation d’icelle ils estoient coustumiers d’embaumer les corps tous entiers d'iceux en vaisseaux de verre diaphanes et transparens, et les mettoient en lieu le plus honorable deleurs maisons, pour en auoir tousiours la memoire deuant les yeux, et leur seruir d’aiguillon pour les stimuler de les ersuiure et imiter leurs vertus, à fin de ne degenerer et forligner de leur naturel et inclination.
Et d’auantage seruoient iceux corps ainsi embaumés, de souuerains gages et asseurance de leur foy : si bien que s’il estoit aduenu qu'aucun desdits Egyptiens eust affaire de quelque grosse somme d'argent, il ne failloit point dela trouuer à emprunter chez ses voisins sur le gage d’vn corps de ses parens, se tenans tous asseurés les credileurs, que moyennant tel gage le debiteur manquerait plustost de vie que de foy, tant ils auoient à cœur de retirer tel gage. Et si la fortune faisoit, et le malheur fust si grand, qu'aucun s’oubliast de tanten ses necessités, que de ne vouloir ou scauoir trouuer moyen de retirer son gage , iltomboit en tel deshonneur et infamie, qu’il n’eust pas esté bon à.
donner à manger aux chiens, et ne se fust osé monstrer en public : car on luy faisoit la huée comme l’on fait à vn loup ou vn chien enragé, et de liberté tomboiït en yne ignominieuse