TION DE LA IACORNE
Parce que plusieurs s’estiment bien asseurés et munis contre la peste, et toutes sértes de poisons et venins,
1 J'ai déjà dit plus haut (voyez pages 284 et 349) que l'édition de 1579 éontenait à la findu livre des J’enins un chapitre isolé intitulé : Discours de la Licôrne, qui était comme la première ébauche de celui-ci. On en retrouve en etfet le texte éparpillé dans divers chapitres, où j'aurai soin de le signaler dans mes notes. Quant au texte actuel, il est présque absolument resté dans les grandes éditions tel qu’il avait paru dans l'édition particulière de 1582; seulement il convient de dire que quelques chapitres ont été empruntés au livre des Monstres de 1579, comme je le noterai en temps et lieu. Voyez d’ailleurs l’appendice des Monstres marins, terrestres et volatiles , à la fin de ce volume.
Il reste à ajouter un mot touchant les fi-
. gures que j'ai supprimées. Elles étaient au nombre de dix, savoir : le Camphur, V £lephant , le Rhinoceros, le combat du Rhinoceros contre l’'Elephant, le Taureau de la Floride, le Pirassoipi, V' Elephant de mer, le poisson Caspilly, le poisson V’leuf, le poisson ayant la teste d'un porc sanglier; dont sept avaient été empruntées au livre des Monstres dé 1572 et 1579. J'ai essayé du moins de garder les titres que Paré donnait à ces
par 1e moyen de la corne dé Licorne ou Monoceros, prise en poudre ou en infusion : Ÿaÿ pénsé faire chose aggreable et profitable au public, si par ce discours féxamine ceste opinion tant inuetérée ?, ét toutesfois fort incertaïne.
Premierement on entend par ce
figures, en les érigéant en titres de chapitres, et pour d’autres chapitres je me suis servi dans le même but de certaines notes marginales, 11 faut donc savoir que dans les anciennes éditions il n’y âvait pas de titres de chapitres, mais que ceux qu’on trouvera dans celle-ci sont bien du texte de Paré; à ce point que quand les notes marginales m'ont manqué, je n’ai pas voulu y suppléer.
2Ce premier paragraphe est copié jusqu'ici textuellement du chapitre de 1579; mais celui-ci ajoutait ce qui suit, qui sé carte assez de la rédaction actuelle.
« Quoy faisant nous nous proposerons trois principaux poincts, auecques (il faut sans doute suppléer lesquels) nous rapporterons toutes noz recerches. Le premier sera de la signification du mot de Licorne, (il faut encore ici suppléer Le second ,) sçauoir si c’est chose qui soit vrayement en nature, ou seulement ymaginee : c’est-à-dire s’il y a quelque beste du nom de Licorne. La troisiesme si la corne d’icelle peut auoir quelque vertu et propriété contre les venins.
» Or quant au premier, le mot de Licorne ne siguifie autre chose que hbeste à vne
mot de Licorne, vne beste naissante en fort lointain pays, ayant vne seule corne au front, qui est prise comme chose miraculeuse contre tous venins,et fort estimée des Rois, Princes, et grands Seigneurs, et mesme du vulgaire. Les Grecs l’appellent Monoceros, et les Latins Vnicornis. Et de pouuoir dire et asseurer à la verité quelle est ceste beste, il est fort difficile, mesme que aucuns doutent que ce ne soit vne chose fausse, et controuuée par le vulgaire, laquelle auec le temps soit venue en opinion:
et que quelqu’vn en peut auoir escril, soil par simplicité ou delectation, voulant emplir ses liures de choses merueilleuses et extrauagantes, se souciant bien peu si elles estoient vrayes ou fausses. De fait, la description de ladite Licorne porte auec soy vne doute manifeste, veu que les vns disent que c’est vne beste inconneuë et estrange, et qu’elle naist aux Indes, les autres en Æthiopie, d’autres és terres Neufues, les autres és deserts : dont on peut coniecturer
corne, comme si on vouloit dire vnicorne :
car mesmes les Latins ont sppellé ceste sorte de beste vnicornis, et les Grecs Monoceros, conformant au mot latin et françois.
» Et quant au second, il me semble, sauf meilleur iugement, que la Licorne est plustost chose imaginee, que vraye et nalurelle : mes raisons sont qu'il ne se trouue auiourd'huy homme qui ayant voyagé et recerché curieusement tout le monde, se vante en auoir veu. Mesmes les Romains apres auoir subiugué toutes les nations, curieux des choses rares, s'ils eussent ouy parler de ceste beste, ils en cussent bien recouuert et mis en leurs monnoye et medailles, comme ils ont fait des Crocodiles, Elephans, aigles, Pantheres, lions, tigres, et autres estranges animaux. »
On retrouvera ce dernier argument reproduit et amplifié au chap. 3.
(comme dit André Marin, Medecin tres-docte de Venise, au liure qu’il a fait de la fausse opinion de la Licorne) que ce peu de connoissance que l’on en à eu iusques à present en nostre Europe, comme d’vne chose estrange, a esté donnée par gens Barbares, lesquels, comme il appert, n'ont peu dire autre chose sinon qu’elle naist és deserts, et qu’elle est solitaire , et hante les lieux inaccessibles, et partant que c'est vne chose qui se voit fort rarement. Qui demonstre assez que ces gens là n’en sçauent rien au vray, ét qu'ils n’en parlent que par opinion et par oùüyr dire.