‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 373 sur 602 · CHAPITRE VIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIN

André Baccy dit qu’il y a des Medecins portugais, qui ont demeuré long temps és terres neufues pour rechercher les choses rares et precieuses, lesquels afferment qu’ils n’ont iamais peu descouurir de la Licorne, sinon que les gens du pays disent

1 Ici était une figure de rhinocéros empruntée aulivre des Monstres de 1579. Quant au texte qui accompagnait alors cette fi-

! gure, il a été reporté au chapitre suivant.

DE IA LICORNE

que c'est seulement vne corne de rhinoceros, etqu’elle esttenue au lieu de licorne, et comme preseruatif contre tous venins.

Toutesfois Pline escrit particulierement en son liure 8, chapitre 20, que le rhinoceros est vne espece d’animal cruel, different de la licorne, et dit que du temps de Pompée le grand il fut veu vn rhinoceros qui auoit vne corne sur le nez. Or le rhinoceros estant merueilleusement ennemy de lelephant, il aiguise sa corne contre van rocher, et se met en bataille contre luy valeureusement, comme vn taureau, et demeure vainqueur, et tue l’elephant ! : duquel combat Salluste du Bartas en son 6. liure de la Sepmaine , fait mention par ces vers :

Mais cest esprit subtil, ny cest enorme Corps

Ne ie peut guarantir des cauteleux efforts

Du fin Rhiuoceros, qui n’entre onc en bataille Conduit d'aueugle rage : ains plustost qu’il assaille L'aduersaire Elephant, affile con're vn roc

De son armé museau le dangereux estoc :

Puis venant au combat, pe tire à l’auenture

La roideur de ses coups sur sa Cuirasse dure : Ains choisit, prouident, sous le ventre vne peau, Qui seule craint le fil de l’aiguisé cousteau.

1 Ceci paraît emprunté au livre des Monstres de 1579, à l’article du Rhinocéros. Mais le texte primitif était plus étendu; le voici:

« Il y à vne chose digne d’estre notée en ceste beste dicte Rhinoceros, c’est qu’il a vne perpetuelle inimitié contre l’Elephant, et lorsqu'il veut se preparer au combat, il esguise sa corne contre vn roc, et tasche tousiours de prendre l’Elephant par le ventre, lequel il a beaucoup plus tendre que le dos : il est aussi long que l’Elephant, mais toutesfois il est plus bas de iambes, et a son pelage de couleur de bouys, piccoté en plusieurs endroits. Pompee, comme escrit

Pline, chap. 20. liu. 8., en fist veoir le premier à Rome, »

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