‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 379 sur 602 · POISSON RESSEMBLANT PAR LA TESTE AV PORC SANGLIER · texte numérisé non relu

POISSON RESSEMBLANT PAR LA TESTE AV PORC SANGLIER

Gesnerus dit qu’en la mer Oceane naist vnipoisson ayant la teste d’vn

pore sanglier, lequelest Ge merueilleuse grandeur, estant couuert d’escailles mises par grand ordre de Nature, ayant les dents canines fort longues , trenchantes et aiguës, semblables à celles d’vn grand porc sanglier !, lesquelles on estime estre bonnes contre les venins, comme la licorne.

Ainsi voit-on comme chacune nation pense auoir la Licorne, luy donnant plusieurs vertus et proprietés rares et excellentes : mais ie croy qu'il y a plus de mensonge que de verité.

Or qui a esté cause de la reputation de la Licorne, ç’a esté ceste proprieté occulte que l’on luy a attribué de preseruer de peste et de toutes sortes de venins. Dont quelques-vns voyans que l’on en faisoit si grand cas, poussés d’auarice, ont mis en auant certains fragmens de quelques cornes, disans et asseurans que c’estoit de la vraye licorne : et toutesfois le plus souuent ce n’est autre chose que quelques pieces d’yuoire, ou de quelque beste marine, ou pierre fondue. Parlez aujourd’hui à tous les Apoticaires de la France, il n’y à celuy qui ne vousdie et asseure auoir de la licorne, et de la vraye , et quelquesfois en assez bonne quantité. Or comment se pourroit faire, veu que la plus part des eseriuains disent que le naturel de la licorne est de demeurer aux deserts et és lieux inaccessibles , et s’esloigner si fort des lieux

1 Ce paragraphe, jusqu’à l’endroit de la note, est extrait du livre des Monstres de 1579, avec une méchante figure qui le suivait et que j'ai retranchée. —L’animal était alors dénommé Sanglier Marin.

DISCOVRS

frequentés, que c'est quasi vne chose miraculeuse d’en trouuer quelquesfois vne corne , qui peut auoir esté apportée par les inondations des eaux iusqu’aux riuages de la mer, et ce quand l’animal est mort? Qui est toutesfois vne chose encore douteuse : car la pesanteur de la corne la feroit plustost aller au fond. Mais c’est tout vn, posons qu'il s’en trouue quelquesfois vne : comment seroit-il possible que ces trompeurs en fussent tous si bien fournis? A cela connoiïist-on qu’il y a bien de l'imposture.

Et certes n’estoit l’authorité de l’Escriture saincte, à laquelle nous sommes tenus d’adiouster foy, ie ne croirois pas qu'il fust des licornes.

Mais quand roy Dauid au Psalme 22, verset 22, qui dit: Deliure moy, Seigneur , dela gueule du Lion, et deliure mon humilité des cornes des Licornes :

lors ie suis contraint de le croire. Pareillement Esaïe chap. 34. parlant de Pire de Dieu contre ses ennemis : et persecuteurs de son peuple, dit : Et les Licornes descendront auec euæ, el Les Taureaux auec les puissans. Y'alleguerois à ce propos vneinfinité de passages de PEscrilure saincle, comme le chapitre vingt-huitiéme du Deuteronome, le trente-neufiéme chapitre vers. 12 et 13 de Iob , les Psalmes de Dauid , 28. 77. 80. et plusieurs autres, siie necraignois d’attedier le lecteur.

Il faut donc croire qu’il est des licornes, mais elles ne ont les vertus qu’on leur attribue !.

1 Ces derniers mots: mais elles ne ont les vertus qu’on leur attribue, ont été ajoutés en

DE LA TLICORNE.

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