‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 387 sur 602 · REPLIQUE POUR LE DISCOVRS · texte numérisé non relu

REPLIQUE POUR LE DISCOVRS

que si le Roy l’auoit en telle estime, qu’elle seroit mise en plusseure garde que d’vn simple clerc, qui la fait voirindifferemment à vn chacun pour va grand blanc. Que si elle auoil {elle vertu qu’ on luy attribue, elle ne fust pas entiere, et croy qu’elle eust esté limée et rappée, pour Suruenir à la nécessité des maladies de tant de Roys qui ont tenu lé sceptre de Fr ance.

Ces raïsons ont induit André Marin, au lieu sus-allegué, à penser que telle corne ne fust pas naturelle, âins artificielle, fabriquée par là main de quelque ingenieux maïstre, qui par certaine mixtion l’a contre-faite äuprés du- naturel. Ce qui est prouué par Dioscoride, liure 4, chapitre 71, fueillet 52, qui dit que faisant cuire la racine de Mandragore auec yuoire l’espace de six heures, elle le mollifie

| tellement qu’on eh peut äisément

faire ce qu’on voudra. Pareillement Cardan dit, que les dents deselephans se peuuent amollir et estendre comme les cornes de bœuf: et de telles pipéries se trouuènt à Metz et à Sirasbourg ,eten plusieurs autres lieux.

Parquoy ie trouue bon ce que dit ladüersaire, que les Medecins deurotent admonester le Magistrat de l'abus qui seroit en la Licorne, ét non pas moy. l'eusse desiré qu’ils m'eussent deliuré de ceste peiné, et m'esmeruëille comment ils onl tant attendu.

le scay tôutesfois que Monsieur Cappet, Docteur Regent en 1A faculté de Medecine, tres-scaüäüt, ét Homme de bien, aubil jà conitfiéncé eh faire vn discours, pouf osier l'abus qui y es toit: mais voyant lé tien ja à imprimé, il désista le sien. l'ay aussi entehdu souuebt que monsieur VAfflé, Docteur en medecine assez conneu pour sa vertu et doctrine), autresfois auoit mäintent en pleines escholes, que 14

DE LA LICORNE

Licorne n’auoit rien des proprietés cachées qu’on luy attribue, seulement qu'elle auoit vertu de desseicher au premier degré, comme toute autre espece de corne. Plusieurs autres Medecins, voire la plus-part d’entr’eux, ont mesme opinion, et ce que l'en sçay, ie né l’aÿ appris que d'eux principalement, et premierement du docte Duret.

Parquoy ceste mienne opinion, accordante auec celle de tant de gens de bien et de sçauoir, ne doit estre tenue pour monstrueuse, puisqu’elle n’est ny nouuelle, ny extraordinaire, ny erronée : ny pour cela ne dois point estre reputé et peint comme monstre, ainsique gabbe l’aduersaire, voulant tirer en risée la description des Monsires que ray inserés en mes OEuures. Monsieur Rondelet, premier Medecin de nostre temps, n’a-il pas fait portraire plusieurs Monstres? et toutesfois personne n’a dit qu'il Peust fait pour amuser les petits enfans, mais bien pour representer à l’œil ce que l’on ne pourroit si bien escrire et comprendre sans le portrait. Gespesrus et Belon ont fait le semblable, et toutesfois personne ne leur à mis cela à blasme. Le croy que l’aduersaire n’a pas voulu seulement taxer les fi-

gures des Monstres, mais aussi toutes les autres qui sont en mes OEuures, en nombre de plus de trois cens soixante et quinze, pour lesquelles éffigier ét tailler en planches, ray + desboursé liberalement du mien plus . de mille eseus; el pense que ceux qui -s’eh mocquent ne voudroient augir » soulagé le public d’'Vn seul escu de leur bourse: Comment que ce soit, ces figures-là sont telles qu’elles profitent beaucoup à plusieurs Chirurgiens, pour le maniement et vsäge de plusieurs instrumens ne-

cessaires à la guarison des maladies.

Qui me fait croire que telle moquerie est partie de mesme animosité que celle qui est à la fin du iiure de laduersaire, par laquelle il dit que ie me suis fait traduire le liure fait par lordanus de Peste1. l’appelle Dieu à tesmoin Si iamäis y pensay, et ne lay veu en latin ny en francois. Et quand ie l’aurois fait, ie n’eusse oublié à le nommer honorablement, comme lay fait tous les autheurs desquels iay peu apprendre à tirer quelque profit, ainsi que ay desmontré euidemment par la table que ray dressée de leurs noms au commencement de mes œuures.

Voila ce que ÿay voulu repliquer sur les raisons contraires. Ce que ie prie mon aduersaire prendre en bonne part, et estimer que ce que ren fais est plus pour maintenir la verité que pour le desdire. Car ie perise que de sa part, ce qu'ilen a fait n’a esté que pour m’instruire et le public : et de ma part ie m'en repute tres-heureux d'apprendre de tout le monde, et de vieillir tousiours en apprenant: Seulement ie le prie; s’il a enuie d’opposer quelques contredits à ma replique, qu’il quitte les animosités, et qu’il traite plus doucement le bon vieillard, il est bien seant aux ieunes gens, pour faire preuue de leur esprit, eloquence et doctrine , de discourir des points problematiques librement : et aux gens de mon aage, de s'arrester tellement à la verité que l’on ne s’en departe aucunémeéht, pourueu que l'vn et l’autre se face sans pique, riotte, blasme, et offense de son prochain.

1 J'ai dit dans mon Introduction que le livre de Jordanus n'avait para qu'après celui de Paré.

mn

LE VINGT-CINOVIÈME LIVRE

TRAITANT

DE LA FACVLTÉ ET VERTV DES MEDICAMENS SIMPLES,

ENSEMBLE DE LA COMPOSITION ET VSAGE D’ICEVX ti.

PREFACE

Entre les causes quenous appellons salubres, et autres remedes concernans tant la santé de l’homme que la guarison des maladies, les medicamens ont le premier lieu : lesquels, comme dit Salomon, Dieu a produit de la terre, et l’homme sage ne les mesprisera ?. Car certainement il n’y a rien qui appaise et oste si tost, et quasi comme auec miracles, grandes maladies, que les medicamens. Pour autant disoit Herophilus qu’iceux, deuëment appliqués, estoient les mains des Dieux, comme auons dit

1 J'ai peu de choses à dire de ce livre. Il avait paru pour la première fois, en 1575, en 46 chapitres ; il fut enrichi d’un chapitre et de nombreuses additions et modifications de détail en 1579, et à peine si Paré y retoucha depuis. Il est probable qu’il l'avait écrit à l’imitalion dela Matière médicale de Houllier,-que Tagault avait jointe comme complément à son Traité dechirurgie. Houlliery est en effet cité plusieurs fois; mais je n'ai pas eu le courage de confronter les deux livres assez exactement pour vérifier cette conjecture. Cependant il y a quelques chapitres dignes encore d’être consultés.

2 Ecclesia. 35. — À. P.

cy deuant. Aussi les Medecins premiers ont esté reputés et tenus comme diuins, à raison de la connoissance des vertus et facultés des remedes et medicamens : laquelle en la Medecine est inestimable et plus que necessaire, tant en la precaution des maladies qu’à la curation d’icelles : et, comme dit Galien , il faut sçauoir les facultés des medicamens. auant qu’entreprendre la curation des maladies.

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