‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 40 sur 602 · DE PLVSIEVRS AVTRES CHOSES ES- TRANGES · texte numérisé non relu

DE PLVSIEVRS AVTRES CHOSES ES- TRANGES

Alexandre Benedict recite en sa Pratique, auoir veu vne femme nomméeVictoire, laquelle auoit perdu toutes ses denis : et estant deuenue chauue , autres dents luy reuinrent toutes en l’aage de quatre vingts ans.

Antonius Beniuenius medecin , au liure 1. chap. 83, fait mention d’vn nommé Jacques le larron , lequel estant deccdé, luy fut trouué le cœur tout couuert de poil ?.

Le fils de Bermon , Baïlle demeurant en la ville de $S. Didier, au pais de Vellay , auoit vne loupe sur le sourcil de l'œil dextre, laquelle commençoit desia à l’offusquer et couurir, et partant voulut que jen fisse amputation (ce que ie fis il n’y a pas long-temps et trouuay la loupe pleine

1 On peut comparer cette citation avec le | texte original de Jean de Troyes, que j'ai donné dans mon Introduction, tome 1, page cv. C’est à Jean de Troyes que Monstrelet avait emprunté cette anecdote.

2 Cette citation de Benivenius ne date que de 1585.

de poil, auec vne matiere mucilagineuse : et en huit jours la playe fut totalement consolidée 1.

Estienne Tessier, maistre barbier chirurgien demeurant à Orleans,homme de bien, et experimenté en son art, m'a recité que depuis peu de temps auoit pensé et medicamenté Charles Verignel, sergent demeurant à Orleans, d'vne playe qu’il auoit receuë au jarret, partie dextre, auec incision totale des deux tendons qui flechissent le jarret : et pour l’habiller luy fit flechir la iambe, en sorte qu’il cousit les deux tendons bout à bout l’vn de l’autre, et la situa et traita si bien, que la playe fut consolidée sans estre demeuré boiteux :

chose digne d’estre bien notée au ieune chirurgien , à fin que lorsqu'il luy viendra entre ses mains telle chose, il en face le semblable.

Que diray-ie d’auantage ? C’est que ay veu plusieurs guaris, ayans des coups d’espées , de fleches, d’harquebuse au trauers du corps : d’autres des playes à la teste, auec deperdition de la substance du cerueau : autres auoir les bras et les iambes emportées de coups de canon, neantmoins receuoir guarison : et d’autres qui n’auoient que des petites playes superficielles, que l’on estimoit n’estre rien, toutesfois mouroïent auec grands et cruels accidens. Hippocrates au cinquiéme des epidemies, dit auoir arraché six ans apres vn

1 J'ai rétabli cette observation dans le texte d’après l’édition de 1573. Elle avait été retranchée dès 1575, et il est difficile d’en comprendre là raison, à moins que l’auteur ne l'ait effacée par erreur ayec une phrasé qui suivait Concernant les corps étrangers dans les loupes et apostèmes, et qu’il voulait transporter au livre des Tumeurs, Ch. 4. Voyez la note 1 de la page 39.

fer de fleche qui estoit demeuré

plus profond de l’aine, et n’en rend autre cause de ceste longue demeure, sinon qu'il estoit demeuré entre les nerfs, veines, et arteres sans en blesser vne seule {. Et pour conclusion ie diray auec Hippocrates (pere et autheur de la medecine) qu'aux maladies il y a quelque chose de diuin, dont l’homme n’en sçauroit donner raison. Ie ferois icy mention de plusieurs autres choses monstrueuses qui $e font aux maladies, n’estoit que ie crains d’estre trop prolixe, et repeter vne chose trop de fois.

Page 1