CHAPITRE XLHT
DES ESTVVES.
Les estuues sont seiches, ou humides. Les seiches sont faites auec vue euaporation d’air chaud et sec, qui en eschauffant tout le corps ouure les pores d'iceluy, et esmeut sueurs. On peut exciter et faire telle euaporation d'air chaud et sec en plusieurs manieres : communément et publiquement est faite, tant en ceste ville, qu’en autre lieu où sont estuues publiques, auec vn fourneau vousté sous lequel on fait grand feu, à fin que ledit fourneau estant eschauffé, puisse faire telle euaporation. Toutesfois chacun en peut faire particuliere-
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1579.
ment, auec telle industrie et artifice.
On peut mettre en vne cuue des pierres de grais rouges et ardentes, entre lesquelles sera assis nud le patient bien couvert, et l’exhalation seiche desdits grais estant ainsi enclose en ladite cuue, eschauffera et esmouuera sueurs : toutesfois de peur que les grais ne bruslent la cuue, les faut poser sur tuilles ou lames de fer. Et d’auantage, faudra auoir -diligemment esgard au patient, et l'entreuoir de fois à autre : car il est aduenu quelquesfois qu’iceux, par nonchalance des assistans ou gardes, estans delaissés seuls, venans subitement à s'esuanoüir par trop grande dissipation des esprits, causée par la chaleur de lestuue, et tombans sur les pierres ardentes, ont esté retirés demy-morts et bruslés.
Aucuns prennent telles estuues seiches en vn four, aprés qu'on a tiré hors le pain : mais elles sont fort incommodes , à cause que le malade n’y peut pas demeurer à son aise.
Les estuues humides sont faites auec vne vapeur ou fumée chaude et
LE VINGT-CINOVIÉME LIVRE
humide : telle vapeur se fait par decoction des racines, fueilles, fleurs et semences des herbes, lesquelles on fait boüillir auec eau ou vin, ou tous les deux ensemble, en vne marmite bien close et lutée, et l’ebullition et vapeur de telle decoction est conduite par tuyaux et canaux de fer blanc, lesquels s’inserent en vne cuue ayant deux fonds, dont le second est troùé et percé en plusieurs endroits, à fin que ladite vapeur ait sortie de toutes parts, et puisse eschauffer et ouurir les pores du corps pour suer. La cuue sera bien garnie de couuertures par dessus: le patient aussi ayant la teste couuerte, et-hors de la cuue, s’asserra sur vne petite selle dans ladite cuue , et suera à sa volonté, auec telle chaleur qu’il luy plaira. Car la chaleur est moderée par le benefice d’vn trou estant au haut des tuyaux, lequel on destoupe lors que la chaleur est trop grande, autrement non : telle vapeur .est fort plaisante à sentir, et donne plaisir en suant, comme {u peux voir par ceste figure 1.
Figure d'une Cuue à double fonds auec ses tuyaux et marmite , propre pour receuoir les estuues humides. s
1 Cette figure manque dans l'édition de | 1575; mais c'était par un pur oubli, car on
DES MEDICAMENS.
Si l'on n’a tels tuyaux, on peut faire telles estuues humides, ainsi qu’il s'ensuit. Faut faire cuire les herbes en vn chauderon, puis les mettras aux pieds du patient en la cuue, estant bien couuerte par dessus : et pour exciter vapeur humide, faut
mettre pierres de grais ardentes dans .
le chauderon : car elle boüillira en la decoction,etexcitera grandes vapeurs humides qui esmouueront sueurs,.