XII PRÉFACE
vitrage colorié du xvi° siècle, représentant la boutique d'un barbier. Nous avons pu, grâce à l’obligeance de M. Dusommerard, étudier à la fois la planche et le vitrage ; en voici une description succincte.
Le sujet principal représente l’intérieur de la boutique; sur une chaise est assis un patient que l’on vient de saigner. La manche gauche de la chemise est retroussée jusqu’au coude, et repliée là de façon à faire office de ligature ; d'autre ligature il n’y en a point. La piqüre a été faite vers le milieu de l’avantbras; le sang sort en un jet magnifique ; mais, par un singulier oubli, le peintre a oublié de le colorier. Le malade embrasse de la main gauche un long bâton, dont le bout pose à terre ; procédé qui remplace avantageusement la bande ou le lancetier que l’on fait aujourd'hui tourner dans la main ; du reste, le procédé était déjà indiqué par Guy de Chauliac au xrv° siècle ; on le retrouve figuré par Scultet au xvrr'; et enfin je l’ai encore vu mettre en usage par les barbiers de Pologne durant la campagne de 1831. Le barbier, debout à droite, reçoit Le sang dans un bassin de cuivre; la barbière, à gauche, tient un gobelet probablement rempli d'eau, pour donner à boire ou pour asperger la figure en cas de syncope. Du reste, barbier et barbière sont en grande toilette, la tête coiffée du béret noir avec double panache de plumes blanches. |
La salle est éclairée par une fenêtre cintrée à six compartiments, garnie de carreaux arrondis maintenus par des bandes de plomb. Au-dessus de la fenêtre, pendent à la muraille cinq bassins de cuivre de différentes grandeurs ; au-dessus des bassins, dix poëlettes beaucoup plus petites et d’une grandeur uniforme. Sur un pan de la muraille à droite, tout-à-fait en haut, un bassin et une aiguière; au-dessous, retenues par une bande de cuivre horizontale, trois paires de ciseaux et deux paires de rasoirs à lame pointue, à dos de cimeterre, comme ils étaient au moyen âge, servant à la fois à faire le poil et les incisions ; au-dessous, trois ustensiles peints en noir, qui me paraissent être des hoîtes
PRÉLACE, xiit ou pennaroles suivant le terme de Guy, destinés à recevoir les instruments. Seulement, tandis que dans la trousse moderne les instruments ont leurs cases disposées sur le même plan, l’une à côté de l’autre, ici les cases sont superposées l’une à l’autre, de manière à donner à la boîte une notable épaisseur, et une forme comparable à celle des fontes où les cavaliers plongent leurs pistolets. Du reste je me hâte d'ajouter que ce que je viens de dire de ces boîtes est pure conjecture ; car toutes les trois sont vides ; et Guy en parlant du pennarole n’a rien dit qui püt servir à en déterminer la forme. Enfin, tout-à-fait au-dessous, trois peignes également fixés à la muraille.
Sur le pan de mur de gauche se voient en haut cinq bocaux rangés côte à côte, et certainement destinés à contenir les onguents. Au-dessous, et comme pour faire pendant à ceux de l’autre côté, cinq rasoirs entr'ouverts. Madame la barbière nous cache le reste.
Le compartiment supérieur représente une autre salle éclairée par deux fenêtres à carreaux arrondis, et tout autour de laquelle règne une large banquette adossée aux trois murailles visibles. A droite sur une chaise, est assis un client auquel on vient de faire la barbe, car le rasoir est encore sur la banquette ; le garçon barbier est occupé maintenant à lui couper les cheveux. A gauche est un autre client qui a subi, à ce qu'il paraït, la double cérémonie; Car j'aperçois sur la banquette le rasoir, les ciseaux, un peigne simple et un peigne double ; je ne sais donc quel reste de toilette lui fait le garçon encore occupé à sa tête ; peut-être la lui lave-t-il avec une éponge. Ce qui me suggère cette conjecture, c’est que le client est à genoux sur un espèce de prie-dieu, la tête au-dessous d’un vase suspendu au plalond, d’où pourrait bien suinter quelque liqueur odoriférante ; et le garçon a les bras nus jusqu'aux coudes, tandis que son camarade a gardé son hautde-chausses. Tous deux ont le béret noir , mais sans panache ; etenfin celui de droite, chose assez curieuse, a une poëlette pen-
XIV PRÉFACE, due au côté gauche de la ceinture, comme une arme qui ne devait pas le quitter.
Le vitrage porte en bas la date de 1559 ; et en caractères gothiques, la signature de 3o$e Richwiller,
Je reviens maintenant à Paré.
En 1536 il partit pour l'Italie, et j'avais avancé, malgré les assertions hasardeuses de Devaux, que Thierry de Héry avait fait les mêmes campagnes. J'en ai trouvé depuis la preuve directe dans un passage du livre publié par Thierry en 1552, page 185. Thierry raconte qu’il passa les monts en 1537, et parle des gelures des soldats à peu près dans les mêmes termes que Paré.
Rien à ajouter à l’histoire de Paré jusqu’au siége de Rouen, en 1062. Mais là vient se.placer un fait d’une haute importance, resté en oubli jusqu’à ce jour, et pour lequel nous avons le témoignage de Paré lui-même, Après la prise de Rouen , il faillit être empoisonné dans un diner, er quelque compaignie, dit-il, où en auoit quelques vns qui me hayoyent à mort pour la religion ; et il n’échappa que par une présence d'esprit remarquable. Il avait raconté assez longuement cette histoire dans le livre des Rapports de l'édition de 1575 , mais il l'avait effacée de toutes les autres éditions postérieures ; nous ayons soigneusement reproduit cette précieuse variante, tome IIT, page 662. Quels étaient ces fanatiques qui faisaient venir ainsi le poison en aide à leurs opinions religieuses ? Paré ne les nomme point. Toutefois, le mot unique qu'il a laissé tomber de sa plume sur 4 religion, en prenant ce mot dans l’acception du xvi° siècle, semble indiquer que les empoisonneurs étaient catholiques, et que Paré, alors du moins, était passé au calvinisme, Mais ceci admis , il faut donc qu'il soit retourné plus tard à ses croyances primitives, et je répéterai ce que je disais à la page cczxxxr1 : Z me paraît incontestable que, du moins après la Saint-Barthélemy, À. Paré faisait profession de la foi catholique.
Ici se terminerait ce que j'avais à dire de cette partie de l'In-
PRÉFACE. xv
troduction, si je n'avais à rectifier un lapsus plumæ à peine concevable. À la page cazx, on lit que François IT était le deuxième fils de Catherine; c'est le /z/s ainé qu'il fallait dire.
$ ZLI. — Additions relatives aux écrits de Paré,
Je n’ai rien à ajouter à la bibliographie que j'ai donnée de ses ouvrages et de leurs éditions. Jai bien vu indiquée dans l’Æéstoire de l'anatomie de Portal, tome VI, page 817, une édition du Traité des playes d'hacquebutes, qui aurait paru à Lyon, in-4°, en 1572; j'ignore où Portal a retrouvé cette date, mais il ne paraît pas avoir vu cette édition par lui-même; et très probablement il s’agit des Cixg livres de chirurgie publiés à la même date, mais à Paris et in-8° suivant Haller, édition sur laquelle je n'ai encore pu mettre la main, malgré toutes mes recherches.
J'ai oublié de dire que l'édition de 15592, de la Maniere de traiter les playes d'hacquebutes , se trouve à la Bibliothèque royale , à celle de l'Arsenal et à la Faculté de médecine.
Pour le Traité de la peste de 1568, je n’en connais qu'un exemplaire unique fort bien conservé; il est à la bibliothèque Sainte-Geneviève, T., 940.
Relativement au texte de Paré, je commencerai par relever quatre fautes d'impression un peu plus graves que celles qui ne consistent que dans une lettre soustraite où surajoutée , ou mise en la place d’une autre.
Dans le tome IT, page 219, on lit à plusieurs reprises : /e capital des cauteres; le mot propre est capitel, du latin capitellum.
Page 514, deuxième colonne, ligne 29 : lure troisiéme, des maladies traitant; lisez : liure troisiéme des maladies, traitant, etc:
Au tome Il, page 541, deuxième colonne, sixième ligne, quatre lettres ont sauté ; lisez : sont tousiours chancreux.
Accident semblable à la page 710, première colonne, dernière ligne ; lisez : beaucoup de soldats.
«VI | PRÉFACE
Mais la plus grave de toutes ces fautes, celle que j'ai gardée à dessein pour la dernière , parce qu’elle donnerait lieu à un fächeux anachronisme dans l'histoire de la chirurgie, se trouve à la page 230 du tome If. On y lit l’histoire de Pirou Garbier, auquel fut coupée la iambe dextre quatre doigts au-dessus du genot; c'est quatre doigts au-dessous qu'il faut lire. A la vérité, l'erreur aurait été rectifiée par ceux qui auraient lu , deux pages plus loin, la grande note où je montre qu'au xvr° siècle on n’osait faire l’amputation de la cuisse , ni même peut-être celle du bras. La première mention que je connaisse de l’amputation de la cuisse ne remonte qu'à Fabrice de Hilden.
Quelques autres rectifications m'ont été imposées par une circonstance dont je n’ai pas été le maître. En commençant mon édition , j'avais trouvé dans la bibliothèque de feu M. Richerand un exemplaire assez mal en ordre de la quatrième édition des œuvres complètes; mais quand j'eus appris à M. Richerand la rareté et le prix de cette édition, comme dernière édition originale , il se sentit pris tout d'un coup d’une telle tendresse pour son volume, qu’il ne voulut plus me le confier. Il en est résulté que, pour mon premier tome et le commencement du deuxième jusqu’au livre des Playes d'harquebuses, je n'ai pu indiquer que rarement si tel passage manquant dans la deuxième édition francaise, datait de la quatrième ou de la cinquième. Je vais recüfer à cet égard les notes qui en ont besoin.