COMME LES DEMONS HABITENT ÉS CARRIERES
Loys Lauater escrit que les Metalliers affirment que l’on voit en ceraines mines des esprits vestus comme ceux qui besongnent aux mines, Courans çà et là, et semble qu’ils trauaillent, encores qu’ils ne bougent : aussi dient qu'ils ne font mal à personne.
si on ne se mocque d’eux : ce qu’aduenant, ils ietteront quelque chose contre le mocqueur, ou l’endommageront de quelque autre chose.
Aussi n’agueres que jestois en la
1 Leuit. 2. — À. P.
2 Chap. 20. — A. P.
maison du duc d’Ascot, vnsien gentilhomme nommé l'Heister', homme d'honneur, et qui a la plus grande part de la charge de sa maison , m’asseura qu’en certaines mines d’Allemagne (ioint aussi que d’autres l'ont escrit) on oyoit des cris fort estranges et espouuentables, comme vne personne qui parleroit dedans vn pot, trainant chaisne aux pieds, toussantet souspirant, tantost lamentant comme yn homme que l’on gesne : autresfois vn bruit d'vngrand feu qui claquette; autresfois coups d’artilleries laschées de bien loing, tabourins, clerons et trompettes, bruit de chariots et cheuaux, cliquets de foüets, cliquetis de harnois, piques, espées , hallebardes, et autres bruits comme il se fait aux grands combats : aussi vn bruit comme lorsqu'on veut bastir vne maison, oyant esbaucher le bois, bruire le cordeau , tailler la pierre, faire les murailles et autresmanœuures, el cependant l’onne voit rien de tout cela.
Ledit Lauater escrit qu’en Dauans, païs des Grisons, il y a vne mine d’argent, en laquelle Pierre Briot, homme notable et consul de ce lieu là, a fait trauailler ces années passées , et en a tiré de grandes richesses. Il y auoit en icelles vn esprit , lequel principalement leiour du vendredy, et souuent lors que les metalliers versoient ce qu’ils auoient tiré dedans des cuues , faisoit fort de l’empesché, changeant à sa fantasie les metaux des cuues en autres. Ce consul ne s’en soucioit pas autrement, quand il vouloit descendre à sa mine, se fiant que cest esprit ne luy pouuoit faire aucun mal, si ce n’estoit par la volonté de Dieu. Or aduint vn iour
1 Ces deux mots, nommé l'Heister, n’ont été ajoutés qu’en 1579.
DES MONSTRES
que cest esprit fit beaucoup plus de bruit que de coustume, tellement qu’vn metallier commença à l’iniurier, et luy commander d'aller au gibet et en son enfer, auec maudissons : lors cest esprit print ce metallier par la teste , laquelle il luy tordit en telle sorte, que le deuant estoit droitement derriere : et n’en mourut pas loutesfois, mais vesquit longuement depuis,ayant le col tors, conneu familierement de plusieurs qui viuent encore, et quelques années aprés mourut.
Il escrit beaucoup d’autres choses des esprits, que chacun peut lire en son liure.
Ledit Loys Lauater au liure susdit, dit auoir ouy dire à vn homme prudent et honorable, baillif d’vne seigneurie dependante de Surich, qui affirmoit qu’vn iour d’esté, de grand matin, allant se promener par les prés, accompagné de son seruiteur, il vit vn homme qu'il connoissoit bien se meslant meschamment auec vne iument, dequoy il fut grandement estonné : retourna soudainement , et vint frapper à la porte de celuy qu'il pensoit auoir veu. Or il trouua pour certain que l’autre n’auoit bougé de son lit : et si ce baïllif n’eust diligemment sceu la verité, vn bon et honneste personnage eust esté emprisonné et gesné. Il recite ceste histoire, à fin que les iuges soient bien aduisés en tel cas.