‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 509 sur 602 · APOLOGIE ET VOYAGES · texte numérisé non relu

APOLOGIE ET VOYAGES

nec animaduertit maiora multà pericula ex ipsa noua vasorum deligatione (quam acu partem sanam profundè transfigendo administrari vult ) imminere, quam ex ipsa vstione : Nam si acu neruosam aliquam partem, vel neruum ipsum pupugerit, dum ita nouo et inusilato modo venam absurde conatur constringere , noua inflammatio necessario consequelur, à qua conuulsio, et à conuulsione cita mors. Quorum symptomatum metu Galenus non ante transuersavulnera suere audebat(quod tamen minus erat periculosum) quäm musculorum arovevoboas denudasset.Adde quod forcipes , quibus post sectionem iterum carnem dilacerat, cm retracta versus originem vasa se posse.extrahere somniat , non minorem afferunt dolorem , quäm ignita ferramenta admota. Quod si quis nouum hunc laniatum expertus incolumis euaserit, is Deo optimo maaiimo, cuius beneficentia, crudelitate asta et carnificina liberatus est, maximas gratias et habere, et semper agere debet 1.

Qui est à dire :

«Mal doncques et trop arrogamment, indiscrettement, et temerai-

année que l’ouvrage même, c’est-à-dire en 1580 ; et on verra que Paré la cite lui-même, à la page 656, sous le titre que Courtin lui ayait donnée, le Guide des Chirurgiens.

Du reste, celte Apologie comprend deux parties bien distinctes, la polémique et les voyages. Paré n'ayant pu en revoir une seconde édition , nous y trouverons peu de variantes ; par la nature même du sujet, cet opuseule se refusait à des annotations bien nombreuses ; et la plupart des notes qui Sy rattachent appartiennent à Paré lui-même, 1 Ce texte est copié de l’ouvrage de Gourmelen, page 124 et suivantes. J’ai seulement rétabli deux ou trois mots omis sans doute par oubli, car ils n’ajoutent ni ne retranchent rien au sens.

rement, vn certain personnage a voulu condamner et blasmer la bruslure des vaisseaux aprés l’'amputation d’vn membre corrompu et pourri, fort louée et recommandée des anciens , et tousiours approuuée :

nous voulant et desirant monstrer et enseigner sans raison, sans iugement et experience, vne nouuelle maniere de lier les vaisseaux , contre l'opinion de tous les anciens Medecins : ne s’estant pas donné de garde ny aduisé, qu’il suruient beaucoup plus grands perils et accidens de ceste nouuelle façon de lier les vaisseaux (laquelle il veut estre faite d’vne aiguille perçant profondement la partie saine) que de la bruslure et vstion desdits vaisseaux. Car si par l'aiguille on pique quelque partie nerueuse, voire mesme le nerf , quand il veut par ce moyen nouueau et inusité , lourdement contraindre la veine en la liant, necessairement il s’ensuiura vne nouuelle inflammation, de l’inflammation la conuulsion, de la conuulsion la mort :

pour crainte desquels accidens, Galien n’a iamais osé coudre les playes transuersales (ce que toutesfois estoit moins dangeréux } deuant que descouurir les aponeuroses des muscles.

Joint que les pincettes aueclesquelles, aprés la section, de rechef il deschire la chair, pendant qu’il pense pouuoir tirer dehors les vaisseaux qui se sont retirés vers leur origine, n’apportent moins de douleur que les fers ardens.

Et si quelqu’vn ayant experimenté ceste façon nouvelle de cruauté, en a esté guari, celuy-là doit rendre graces à Dieu à tout iamais, par la bonté âuquel il est reschappé de telle cruauté, sentant plus son bourreau que Ckirurgien methodique !. »

1 Cette traduction n’est pas de Courtin,

678 APOLOGIE

O quels beaux mots! pour vn homme ancien qui se dit sage, et Docteur. Il ne se souuient pas que sa barbe blanche l’admoneste de ne dire aucune chose indigne de son aage, et qu’il doit despouiller et chasser hors de soy toute enuie et rancuneconceuë contre son voisin.

Or maintenant ie luy veux prouuer par authorité, raison et experience, que lesdites veines et arteres se doiuen lier.

lequel a rendu moins fidélement le texte, en atténuant quelque peu la grossièreté des expressions de Gourmelen. Maisil est vraiment remarquable que ni Gourmelen ni Courtin n’aient connu au juste la véritable méthode de Paré, et que celui-ci n’ait pas relevé dans son adyersaire ce défaut de conscience et de bonne foi, On peut voir en effet aux chapitres 22 à 24 du livre des Contusions (t. II, p. 224 et suiv.), que l'aiguille n’était entre les mains de Paré qu’une ressource extrême, et même qu'il ne lemployait pas comme l’indiquent les deux docteurs régents de la Faculté. Maïs les chirurgiens de Paris même, qui auraient dù me prester la main , dit le bon Paré, qui auraient dû embrasser avec ardeur cette magnifique découverte, les chirurgiens la laissérent perdre et mettre en oubli ; et voici ce que ces vaillants opérateurs lui avaient substitué, sans attendre pour ainsi dire que leur maître à tous eùt fermé les yeux.

Dans une annotation qui suit l’article de Gourmelen , Courtin écrit :

a … La question est plus grande de la façon d’arrester le sang à l’amputation des membres. L’autheur en veut à Maistre Ambroise Paré,qui a esté inuenteur de la liaison

des vaisseaux faicte par yn fil double, et

tors, tiré d’vne aiguille qu’on met et fiche au-dessous du vaisseau , et va d’outre en outre, ou d’vn costé à l’autre, à fin que le fil se puisse lier des deux costez. On met entre le fil et la peau vn peu de linge , mais la difficulté est que l'aiguille peut rencontrer quelque nerf, lequel piqué fera les accidens rapportez par l’Autheur : à quoy on peut

AUTHORITÉS.

Quant aux authorités, ie viendray à celle de ce grand personnage Hippocrates, lequel veut et commande guarir les fistules du siege par ligature, tant pour absumer la callosité, que pour euiter l’hemorrhagie !.

Galien en sa Methode?, parlant du flux de sang fait par cause externe, duquel voicy les paroles : c’est (dit-il) le plus seur de lier la racine du vaisseau, laquelle entens estre celle qui est plus prés ou du foye, ou du cœur.

Auicenne commande de lier la veine et l’artere, aprés l’auoir descouuerte vers son origine 3.

Guy de Cauliac parlant de la playe des veines et arteres, enioint au Chirurgien de faire la ligature du vaisseau #.

Monsieur Hollier parlant du flux de sang,commande expressément de lier les vaisseaux °.'

respondre que les nerfs sont à demy retirez, et glissent fort aisément sous la pointe de l'aiguille, bref on n'en a point veu arriuer d’accidens, depuis que ceste practique est en ysage. Il est vray que maintenant on à trouué yn autre expedient, de ietter de la poudre de bol armene dessus les vaisseanx et toute la chair de Ja partie couppee, puis auec plumaceaux, estouppes, couuertes encores d’astringens, auec le repos, et le regime, on garantitle malade de perte de sang et de l’application rigoureuse de fer chaud, ou de la piqueure dangereuse des nerfs. »

Voyezle Guide des Chirurgiens, édition de 1619, p. 162.

1 Au liu. des Fistules du siege. —'A. P.

2 Au chap. 3. liu. 5. — À. P.

3 Liu. 4. fueil. #. tract. ?, chap. 17.—A. P.

4 Traité 3. doct. 1, chap. 3. — A. P.

5 Au liu. 3. chap. b, de sa Matiere de Chirurgie. — À. P. :

ET VOYAGES

Calmethée au chap. des Playes des veines et arteres, traite vn tres-seur moyen d’arrester le flux de sang par ligature du vaisseau t.

Celse, duquel ledit Médecin a Ja plus grand fpart rapsodié son Liure, recommande expressément de lier les

vaisseaux au flux de sang suruenant |

aux playes, comme remedetres-facile et plus seur ?.

Vesalius en sa Chirurgie, veut que l’on lie les vaisseaux au flux de sang 5.

Tean de Vigo traitant de l’hemorrhagie aux playes recentes, commande de lier la veine et l’artere #,

Tagaut traitant les moyens d’arrester vn flux de sang, commande de pinser la veine ou lartere auec vn bec de Corbin ou de Perroquet, puis la lier auec va fil assez fort 5.

Pierre de Argilata de Boulogne, discourant du flux de sang et de la maniere de l’arrester, donne vn quatriéme moyen expressément, qui se fait par ligature du vaisseau 6.

Ioannes Andreas à Cruce Venitien, fait mention d’vne methode d’arrester le flux de sang par ligature du vaisseau ?.

D’Alechamp commande de lier les veines et arteres $.

Or voila,mon petit bon homme, des authorités qui vous commandent lier les vaisseaux. Quant aux raisons, je les veux debattre.

L'hemorrhagie n'est pas tant à

4 Au liu, des Playes, chap, 12. — A. P,

2 Au chap. 26. du 5, liu, — À, P.

3 Au chap, 4: du 3, liu, — À, P.

4 Au liu. 1. traict, 1. chap, 2. —A, P,

5 Au chap, 12. du 2. lin. — A. P,

6 Au traité 4. chap. 11. liu. 1. — A. P,

7 Au liv. 1. sect. 1. chap. 16. p. 5. — A, P.

craindre (dites-vous 1) à la section de l'epiploon, à celle des varices, et incision des arteres temporales, qu’aprés l’amputation d’vn membre. Or vous mesmes commandez, qu'en coupant les varices, l’on arreste le flux de sang par ligature du vaisseau, Le mesme vous Commandez, parlant de la suture auec Pamputation etsection de la coëffe alterée de l'air ambient:

voicy vos paroles ?: Aprés cela, il faut aduiser à la coëffe, car s’il y en a quelque parlie gastée, pourrie, corrompue, lernie et noirastre : premierement l'ayant liée, de peur du flux de sang, et le reste. Vous ne dites pas aprés l'auoir cauterisée: mais à dire vray, vous auiez les yeux fermés et tous les sens hebetés, lors que vous auez voulu mesdire d’vne si seure methode, et que ce n’est que par ire et mauuaise volonté : car il n’y a rien qui aye plus de puissance de chasser la raison de son siege , que la cholere et l’ire : ioint que, comme l’on vient à brusler la partie amputée, le plussouuent quand l’eschare vient à cheoir, il suruient vn nouueau flux de sang, comme j’ay apperceu plusieurs fois, n'ayant encore esté inspiré de Dieu d'yn si seur moyen, lorsque ï vsois du feu, Que si vous n’auez trouué ou entendu ceste methode aux liures des anciens, vous ne la deuez ainsi fouler aux pieds, et parler sinistrement d’vn qui toute sa vie a preferé le profit du public au sien particulier. N’est-il pas plus que raisonnable de se fonder au dire d’Hippocrates , de l’authorité duquel vous vous seruez # qui est

1 Au liu. 2. chap. de l Angeologie, fueil.

2 Au liu. 1, chap. de la Suture. — A. P.

5 Au chap. de la Breusleure, liu. 2. fueil.

8 Sur le 88. chap. du liu. de Paul. — À, P. i 266. — A. P.

telle : que ce que le medicament ne guarit point, le fer le fait, et ce que le fer n'amende point , le feu l’extermine.

C’est vne chose qui ne sent point son Chrestien, de brusler tout du premier coup sans s’arrester aux plus doux remedes, comme vous mesmes escriuez 1, parlant des conditions requises au Chirurgien pour bien guarir, lequel passage vous empruntez d’ailleurs ? : car ce qui se peut faire doucement sans feu, est bien plus recommandable qu’autrement. N'est-ce pas vne chose que toute l’Eschole lient comme vn axiome, qu'il faut tousiours commencer aux plus aisés remedes? ets’ils ne sont suffisans, l’on viendra aux extremes, suiuant la doctrine d'Hippocrates.Galien recommande (ant, au lieu preallegué 3, de trailer les malades tost, seurement, et auec le moins de douleur que faire se pourra.

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