‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 510 sur 602 · VENONS MAINTENANT A LA RAISON · texte numérisé non relu

VENONS MAINTENANT A LA RAISON

Or est-il qu’on ne scauroiït appliquer les fers ardens qu’auec vne extreme et vehemente douleur, en vne partie sensible, exempte de gangrene, qui seroit cause d’yvne conuulsion, fiéure, voire souuent la mort. Et d’auantage seroient aprés les pauures patiens long temps sansestre guaris, à raison que par laction du feu il se fait eschare qui se fait de la chair suiette, laquelle estant tombée, il faut que Natureregenere vne autre chair nouuelle au lieu de celle qui aura esté bruslée, ioint que l'os demeure nud et descouuert, et par ce moyen y reste le plus souuent vn vlcere incurable.

1 Au liu. 1. fueil. 5.

2 Galien, au liu. #4. de la Methode et au liu. de Arte.—Hippocrates, Aph. 6. liu. 1.—A, P.

3 Auliu. de Arte parua, — À, P. .

APOLOGIE

Encore y a-il vn autre accident :

c'est que souuent l’eschare tombée, la chair n’estant bien regenerée, le sang en sort autant ou plus qu’auparauant : et quand on les aura liés, la ligature ne tombera que premierement la chair ne les aye recouuerts.

Ce qui est prouué par Galien !, disant que les medicamens escharotiques qui engendrent croustes. toutesfois et quantes qu’ils tombent, delaissent la partie plus nue que sa naturelle habitude ne requiert. Car la generation de crouste prouient des parties suiettes, et qui sont situées à l’entour, demy bruslées, par maniere de dire. Parquoy d'autant que la partie est bruslée, d'autant perd-elle sa chaleur naturelle.

Or, dites vous, quand il est necessaire d’vser de medicamens escharotiques, ou de ferremens ardens, c'est quand le flux de sang est concilé par erosion , ou quelque gangrene ou putrefaction. Or est-il ainsi qu’aux playes recentes il n'ya nulle gangrene ni putrefaction :

Ergo, les cauteres n’y doiuent estre appliqués. Et lors que les anciens ont commandé de mettre les fers ardens en la bouche des vaisseaux, ce ma seulement esté pour arrester le sang, mais principalement pour corriger la malignité ou pourriture gangreneuse qui pourroit gaster les parties voisines. Et faut icy noter que si reusse conneu tels accidens venir, qu’auez declaré en vostre liure, pour tirer et lier les vaisseaux, iamais ie n’eusse esté trompé deux fois, et n’eusse voulu laisser à la posterité par mes escrits telle maniere d'’arrester le flux de sang : mais ie l’ay escrit aprés l’auoir veu faire, et fait plusieurs fois auec heureux succés. Voila

4 Au b. de la Methode. — À. P.

ET VOYAGES

ce qui peut aduenir de vostre conseil inconsideré, et sans examiner et s’arrester sur la facilité de lier lesdits vaisseaux. Car voicy vostre but et proposition : Lier les vaisseaux aprés l'amputation est vn remede nouueau , dites vous, donc il n'en faut vser:

c'est mal argumenté pour vn Docteur.

Quant à ce qu'il faut ( dites vous) vser du feu aprés les amputlations des membres, pour consommer et tarir la putrefaction qui est commune aux qangrenes et mortifications : cela à la verité n’a point de lieu, d'autant que la pratique est d’amputer tousiours la partie au dessus de ce qui est mortifié et corrompu, comme escril et commande Celse !, de faire lamputalion sur ce qui est sain, plustost que de laisser quelque chose du corrompu.

le vous demanderois fort volontiers, si lors qu’yne veine est coupée à trauers, et qu’elle s’est retirée fort auant vers son principe, vous ne feriez point de conscience de brusler iusques à ce qu'eussiez trouué l’orifice de la veine ou artere , et s’il n’est pas plus facile auec vn seul bec de Corbin de pincer et tirer le vaisseau et le lier?

En quoy vous monstrez apertement vostre ignorance ?, et qu’auez vostre ame saisie d'yne grande animosité et cholere. Nous voyons pratiquer tous les iours,auec heureux succés, ladite ligature du vaisseau aprés l'amputation d’vne partie : ce que ie veux maintenant verifier par experiences et histoires de ceux à qui ladite ligature a esté faite, et personnes viuantes.

1 Au Liu. 5. chap. 26. et au Liu. T. chap 33. — A.P.

2 Au chap. de la Coupeure , liu. ?. —A. P.

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