CHAPITRE XXX
EXEMPLE DE PLVSIEVRS ILLVSIONS DIABOLIQVES,
Et à fin qu’on ne pense que lartifice du Diable soit ancien, il a encores pratiqué de nostre temps en semblables sortes, comme plusieurs ont veu, et beaucoup d'hommes doctes ont escrit , d'vne fort belle ieune fille à
1 Cette dernière phrase est de 1285 ; on peut remarquer qu’elle insiste sur ce que l’auteur avait déjà dit dans le paragraphe précédent, mais que cette conclusion est tout-à-fait en désaccord avec ce qu'il semblait avoir eu intention d'établir au commeoncement du chapitres
ET PRODIGES. 59 Constance, laquelle auoit nom Magdaleine , seruante d’vn fort riche citoyen de ladite ville, laquellepublioit Par tout que le diable vne nuit l’auoil engrossie : et pour ce regard les Potestats de la ville la firent mettre en prison, pour entendre l’issue de cest enfantement. L'heure venue de ses couches , elle sentit des tranchées et douleurs accoutumées des femmes qui veulent accoucher : et quand les matrones furent prestes de receuoir le fruit, et qu’elles pensoient que la matrice se deust ouurir, il commença à sortir du corps d'icelle fille, des clous de fer, des petits tronçons de bois, de voire, des os, pierres, et cheueux , des estoupes, et plusieurs autres choses fantastiques et estranges, lesquelles le diable par son artifice y auoit appliquées , pour deceuoir et embaboüiner le vulgaire populace, qui adiouste legerement foy en prestiges et tromperies.
Boistuau affirme qu'il produiroit plusieurs autres histoires semblables, recitées non seulement des philosophes,mais aussi des ecclesiastiques, lesquels confessent que les diables par la permission de Dieu, ou pour punition de nos pechés, peuuent ainsi abuser des hommes et des femmes : mais que de telle conionction il se puisse engendrer quelque creature humaine , cela n’est pas seulement faux, mais contraire à nostrereligion, laguelle croit qu'il n’y eut oncques homme engendré sans semence humaine, reserué le fils de Dieu. Mesmes, comme disoit Cassianus, quelle absurdité , repugnance , el confusion seroit-ce en Nature, s'il estoit licite aux diables de conceuoir d'hommes, et les femmes d’eux ; combien, de la crealion du monde iusques à present, les diables eussent produit de mons*
6o LE DIX-NEVFIÉME LIVRE,
tres par tout le genre humain, iettans leur semence dans les matrices des bestes , creans ainsi par les perturbations de semence vneinfinité de monstres et prodiges ?