CHAPITRE XXXI
DE L'ART MAGIOVE.
D’auantage l’art magique se fait
par le meschant artifice des diables.
Or il y a de plusieurs sortes de magiciens : aucuns font venir à eux les diables, et interroguent les morts, lesquels sont nommés necromanciens :
autres cheiromanciens , parce qu'ils deuinent par certains lineamens qui sont és mains : autres hydromanciens, par-ce qu'ils deuinent par l’eau :
autres geomanciens , par-ce qu'ils deuinent par la terre : autres pyromanciens, qui deuinent par le feu : autres aëromanciens, Où augures, Ou prognostiqueurs de la disposition future, par-ce qu'ils deuinent par l'air, sçauoir est par le vol des oiseaux, ou par tourmentes, orages, tempestes et vents. Tous lesquels ne font que tromper et abuser les incredules, qui vont au recours à ces deuins, prophetes, malefiques, enchanteurs : lesquels sus tous autres sont coustumierement opprimés de perpetuelle pauurelé et disette, par-ce que les diables les engouffrent en vn abysme d’obscurité , leur faisans accroire mensonge estre verité, par illusions et fausses promesses interturbées et insensées, qui est vne folie et insupportable bourbier d'erreur , et facetie. Il faut du tout fuir ces hommes, et les chasser loin par ceux qui connoissent la vraye religion, comme
fist anciennement Moyse par commandement de Dieu.
Jean de Marconuille en son liure, Du recueil memorable d'aucuns cas merueilleux aduenus de nos ans, escrit d'ynedeuineresse, sorciere de Boulongne la Grasseen Italie, laquelle aprés auoir long temps exercé son art diabolique, tomba en vne griefue maladie, dont elle fina ses iours. Quoy voyant vn magicien, qui ne l’auoit jamais voulu desaccompagner pour le profit qu’il tiroit du vivant d’elle de son art : il luy mit vn certain poison venefique sous les aiscelles, tellement que par la vertu de ce poison, elle sembloit estre viuante, et se trouuoit aux compagnies comme elle auoit accoustumé, ne semblant en rien differer d’vne personne en vie, fors la couleur qui estoit excessiuement palle et blesme. Quelque temps apres il se trouua vn autre magicien à Boulongne, auquel il prit fantasie d’aller voir ceste femme, pource qu’elle auoit grand bruit, à raison de son art : lequel estant arriué à ce spectacle comme les autres pour la voir ioüer, tout subit s’escria disant :
Que faites-vous icy, messieurs ? ceste femme que vous estimez qui face ces
‘beaux soubre-sauts et ieux de pas-
se-passedeuant vous, c’estvnepuante et orde charongne morte : et tout soudain elle tomba en terre morte, de sorte que le prestige de Satan et l’abus de l’enchanteur fut manifesté à tous les assistans.
Langius en ses Epistres Medicinales 1, raconte d’vne femme possedée d’'yn mauuais esprit, laquelle aprés auoir esté affligée d’vne cruelle douleur d’estomach, estant delaissée par
1 Epistre 41, — À. P.
DES MONSTRES
les Medecins, subitement vomit des clous fort longs et courbés, et des aiguilles d'airain empaquetées auec de la cire, et des cheueux, Et en la mesme Epistre escrit, que l’an mil cinq cens trente neuf, au village nommé Tuguestag, vn certain laboureur nommé Virich Nenzesser, aprés auoir enduré vne cruelle douleur au flanc , luy ayant esté faite ouuerture d’va rasoir , sortit vn clou d’airain :
toutesfois les douleurs s’augmenterent de plus en plus, et d’impatience se coupa la gorge : et ayant esté ouuert, on luy trouua dans Pestomach vn morceau de bois, long et rond, quatre cousteaux d’acier, desquels aucuns estoient aigus , les autres dentelés en maniere de scie, et ensemble deux ferremens aspres, lesquels surmontoient la longueur d’vne demie coudée, auec vne grosse pelote de cheueux. Il est vray-semblable que toutes ces choses se sont faites par l'astuce du diable, qui deceuoit les assistans par leur veuë.
Encor depuis n’agueres jay veu faire à vn imposteur et enchanteur, en la presence du Roy Charles IX, et de Messeigneurs les Mareschaux de Montmorency, de Rets , et le seigneur de Lansac, et de monsieur de Mazille premier Medecin du Roy, et de monsieur de sainct Pris, valet de chambre ordinaire du Roy, plusieurs autres choses qui sont impossibles aux hommes de faire sans l'astuce du diable , qui decoit nostré veuë , et nous fait apparoistre chose fausse et fantastique : ce que librement ledit impos- . teur confessa au Roy, que ce qu'il faisoit estoit par l'astuce d’vn esprit, lequel auoit encor temps de trois ans à estre en ses liens, et qu’il le tourmentoit fort : et promit au Roy, son temps venu et accompli, qu’il seroit
ÉT PRODIGES
homme de bien. Dieu luy en veuille donner la grace : car il est escrit : Tu n'endureras point viure la sorciere. Le Roy Saül fut cruellement puni , pour s’estre addressé à la femme enchanteresse. Moyse pareillement a commandé à ses Hebrieux , qu’ils missent toute peine d’exterminer d’autour d’eux les enchanteurs t.