‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 548 sur 602 · LES BESTES SONT POCILES · texte numérisé non relu

LES BESTES SONT POCILES

Les bestes sont dociles pour apprendre ce que les hommes leur veulent enseigner : en quoy elles nous baillent quelque tesmoignage qu’elles ne sont pas sans quelque partici-

la Figure du Herisson demer, l'édition de 1579 eu contenait deux autres également illustrés par des figures, qui furent transportés en 1582 dans le Discours de la Licorne, eù ils sont restés. Le premier concerne le Poissou nommé Vleiif, appelé en 1579 Wielif el Vetif; on le trouvera au chapitre 13 du Discours de la Licorne, ci-devant, page 503.

Seulement, au lieu de la dernière phrase :

Plusiews estiment ledit animal estre vre Licome , etc, on Hisait en 1579 : Plusieurs estiment ladite corne estre vue langue de poisson, ce que n'est pas.

L'autre paragraphe était consacré à l'histoire du poisson nommé Caspilly. On peut aussi retrouver celte histoire au chapitre {2 du Discours de la Licorne, ci-devant, p. 02; mais le texte de 1579 présente des différences assez singulières pour être reproduit à part:

« Il y a vn autre poisson, qui se trouve en l'Isle du Peru , portant vne corne fort agüe, en façon d’vne espee bien tranchante, longue de plus de trois pieds, Iceluy voyant venir la Balaïine, il se cache soubs les ondes, et choisit endroit le plus aisé à blesser, qui est le nombril, que la frappant, il la met en telle necessité, que le plus souuent meurt de telle blesseure. Laquelle ses entant touchée au vif, commence à faire va grand bruit, se lour-

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palion de raison. On les voit estre en seignées par les hommes, y prenans leurs esbats et plaisirs outre leur naturel : comme les chiens, singes, cheuaux, passent et repassent par les cercles des basteleurs, et s’esleuent sur les pieds, sautans et dançans, et font plusieurs autres tours de passepasse.

Plutarque recite ! qu’vn chien seruoit à vn basteleur, lequel ioüoit vne fiction de plusieurs mines et plusieurs personnages, et ce chien y representoit plusieurs choses conuenables à la maliere sujette : mesmement lespreuue que l’on faisoit sur Iuy d'vne drogue qui auait force de faire docmir, mais ainsi que l’on supposoit

mentant ei battant les ondes, escumant comme vu verrat, el ya d'vne tres grande raideur { se sentant pres les traits de la mort) qu’elle culebute et renuerse les nauires qu'elle rencontre, et fait (elle naufrage qu’elle les enseuelit au profond de la mer. Il se voit au goufre d'Arabie, que les Arabes nomment Caspilli, qui est presque aussi large que long, et sa longueur n’excede point deux pieds. Il a la peau comme vn petit chien de mer : il est armé d’esguillons, dont it en a va au milieu du front long d’vn pied et demy, et aussi aigu et tranchant qu’vne lancetie ; el auec ce genre d'arme, quand il est affamé, il vieut à se ietter contre le premier poisson qu’il trouue, et de telle façon qu'il demeure pour les gages, trainant sa proye où bon lui semble , pour en auoir sa curce, ainsi qu'eserit André TFeuet, disant Pauoir veu, »

Il est évident qu'il y a là deux descriptions différentes confondues mal à propos ; el toutes les deux s’écartent encore ca quelque chose de la deseriplion du Discours de la Licorne, Du reste, Paré cile en marge Theuet liu, à. ch, ?.1om.-[. de sa Cosmographie, où les lecteurs curieux d’éclaircir cetle énigme en trouveront probablement le mot,

1 Plularque , tone 2. — À. P.

DES ANIMAVX

faire mourir : il print le pain où la ! baille aux enfans. Estant ainsi habillé,

drogue estoit meslée, et peu d'espace aprés l’auoir aualé, commença, ce sembloit, à trembler comme s’il eust esté tout estourdi : finablement s’estendant et se roidissant comme sil eust esté mort, il se laissa tirer et trainer d’vn lieu en autre, ainsi que portoit le suiet de la farce : puis quand il conneut à ce qui se faisoit et disoit qu’il estoit temps, alors il commença premierement à se remuer tout bellement, comme s'il fust reuenu d'yn profond sommeil, et leuant la teste regarda çà et là, dont chacun des assistans fut fort eshahi: puis se Icuant du tout, s’en alla deuers celuy qu'il falloit qu'il receust, et le caressa : de sorte que tous les assistans, et mesmes l'Empereur Vespasien y estant, en personne dedans le theatre de Marcellus, en demeurerent tous resiouis.

Le singe est vn animal ridicule, beau toutesfois au iugement des enfans, et leur est vn passe temps pour rire : car s’essayant d'imiler tous actes d'homme, il ne le peul faire, et partant appreste à rire à ceux qui le regardent. On a veu, dit Galien !, vn singe s'efforcer à ioüer de la fluste, danser elescrire, et faire autres choses que l’homme peut bien faire.

Il me souuient auoir veu en la maison du Duc de Some, vn gros singe malfaisant, el pource on luy couppa les deux mains, souffrant estre habillé de ses playes. Estant guari, se voyantsans mains deuint doux, affable et docile : on luy baïlla vn habit verd, et ceint autour du corps:

et à sa ceinture estoit pendu vn estuy de lunettes, auec vne paire de cou- {eaux et vn mouchouër, comme lon

1 Liure 1, del'Fsage des parties — À, P.

le maistre cuisinier voulut estre son pedagogue, à cause qu’il faisoit sa demeure à la cuisine, à vn coing de la cheminée. I l’instruit à luy faire faire plusieurs singeries : et où il failloit, coups de baston ne iuy manquoyent, non plus que la parolle, luy diminuant sa portion, le faisant souuent ieusner par Cœur : car, comme dit Perse, Le ventre est ingenicux ct maistre des arts (et celuy qui baïille l’'entendement). Et par ce moyen le cuisinier enseigna au singe à ioüer de passe-passe, à sauter et danser au son d’vn petit flageol, courir la lance, passer el repasser entre les iambes :

il portoit la viande auec les pages pour la poser sur la table auec grande reuerence, et faisoit plusieurs autres bons seruices, tenant tousiours sa vaisselle nette auec la langue, de façon qu’on l’appeloit frere Jean factotum. Aprés le disner et souper, on le mettoit dans vne chaire, contrefaisant le prescheur, tournant les yeux s’en dessus dessous, frappant sa poitrine de ses moignons en disant ses patenostres, clacquetant des dents, et monstroit son cul, qui estoit tousiours à descouuert (à cause que son habit estoit court, de peur qu'il ne fust saffrané) : bref, faisoit plusieurs autres singeries et risées, marchant tousiours debout, à cause qu'il ne se pouuoil tenir autrement s’il n'estoit sur son cul, parce qu’il auoit perdu ses mains,

On voit semblablement les Fauconniers qui apprennent aux oiseaux de proye aller combattre en l'air autres oiseaux, et les abattre en terre: voire vollent si haut au profond des nues, qu'on les perd de veuê. Et le faucon ayant gaigné Le dessus d’vn heron, ct se voyant Csire presque vaincu, met

ET DE L'EXCELLENCE DE L'HOMME

son bec long: et aigu sous ses ailes, la pointe en haut, à fin que le faucon le voulant abattre, donne contre iusques à entrer au trauers du corps, qui est cause que tous deux quelquesfois tombent en terre morts. Et où le faucon Paura abattu sans estre blessé, estant descendu en terre, le fauconnier l’appellant, retourne se remeltre sus son poing.

D’auantage, aucuns petits oiseaux sont enseignés à besongner des pieds et du bec, desquels ils vsent en lieu de mains, tirans de pelits vaisseaux pendus à vne corde, (ausquels est leur manger et boire), comme vn homme tireroit des seaux d’vn puys auec les mains.

Et quant au Chien, chacun scait comme il est docile, et comme il va querir vne Cane au profond de Peau, et l’apporte à son maistre, viue ou morte : et fail encore plusieurs autres choses, outre celles deuant dites, qui seroient trop longues à descrire.

Le chameau est un animal fort Gomestique,quis’appriuoise facilement, apprenant à quoy on l’addresse pour s’en seruir. Il est bien vray qu'il y en à de bien farouches et sauuages, lesquels pour n'auoir esté appriuoisés sont fascheux, et mordent et ruent aussi bien que pourroit faire le plus vicieux cheual qu'on sçauroit trouuer. Le soir qu’on est à repos, on n’a peine que les laisser en la campagne pour paistre vn peu d'herbe, ou brouter quelque espine , chardon ou rameau, et le lendemain le recharger, et si ne fera iamais faute. On ue leur met paint la somme sur le dos, qu’ils n'ayent quatre ans pour le moins.

Les Arabes ont ceste astuce de les chastrer ieunes, à fin qu'ils s’en seruent plus longuement : et ne sont si furieux au printemps, lors qu’ils vien-

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