‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 57 sur 602 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

AVTRES HISTOIRES NON HORS DE PROPOS f,

Aucuns estiment que ce soit vne chose monstrueuse de se lauer les mains de plomb fondu : mesme Boistuau en ses Histoires prodigieuses , chapitre huitiéme, recite que Hierosme Cardan , liure sixiéme De subtilitate, en escrit ceste histoire comme prodigieuse.

Lors, dit-il, que jescriuois mon liure des subtiles inuentions, ie vis un quidam à Milan lequel lauoit ses mains de plomb fondu , et prenoit un

1 Ce chapitre existait déjà en 1573, non comme chapitre, mais comme appendice à celui des incubes et succubes. En 1585 il fut reporté après celui des noüeurs d’aiguilleites ; et comme il avait un titre spécial, il m'a paru plus naturel d’en faire un chapitre spécial,

escu de chacun spectateur. Cardan taschant à rechercher ce secret en nature, dit que par necessité il falloit que l’eau de laquelle il se lauoit premierement les mains, fust extremement froide, et qu’elle eust une vertu obscure et crasse : toutesfois ne la descrit point.

Or depuis n’agueresïay sceu quelle elle estoit, d’vn gentil-homme qui la tenoit pour vn grand secret, et laua ses mains de plomb fondu en ma presence et de plusieursautres,dontie fus fort esmerueillé, et luy priay affectueusement de me dire le secret : ce que volontiers m’accorda, pour quelque seruice que luy auois fait : ladite eau n’estoit autre chose que son yrine, de laquelle se lauoit premierement les mains, ce que j'ay trouué estre veritable, pour en auoir fait l’experience depuis. Ledit gentil-homme en lieu de son vrine se frotloit les mains d'onguentum aureum , ou d’vn autre semblable , ce que ay pareillement

experimenté : et en peut-on donner raison, par-ce que leur substance crasse empesche que le plomb n’adhere aux mains, et le chasse de costé et d’autres en petites papillotes. Et pour l’amour de moy fit d’auantage:

il print vne pelle de fer toute rouge, et ietta dessus des trenches de lard et le fit fondre , et tout flambant du degoust s’en laua les mains: ce qu’il me dit faire au moyen de ius d’oignon duquel auparauant s’estoit laué les mains.

l’ay bien voulu reciter ces deux histoires (encore qu’elles ne soyent du tout à propos) à fin que quelque bon compagnon par ce moyen puisse gaigner la passade entre ceux qui ne sçauroient ce secret !.

1 Ce chapitre est suivi, dans les éditions anciennes, des histoires des Monstres marins et autres ; j'ai expliqué dans la première note de ce livre pour quelles raisons j'ai cru devoir les rejeter après le livre des Animaux. Noyez ci-devant, page 1.

LE VINGTIÉÈME LIVRE,

” TRAITANT

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