DE LA CVRATION DES FIÈVRES EN GENERAL
Il n’y à maladie plus commune que la fiéure, mais il n’y en a point de plus difficile à guerir. Anciennement autant qu’il y auoit de medecins, autant y auoit-il de sortes de remedes pour la traiter. Prodicus et Erodicus auoient leur facon , Herophilus et Erasistratus la leur, Asclepiades vne autre, Themison vne autre : bref, autant de testes, autant d'opinions.
Et en ce siecle icy où nous sommes.
nous voyons que les alchymistes tiennent vne autre forme de traiter les fiéures, que ne font pas les medecins qui suiuent la doctrine de Galien, qui a esté celuy lequel a plus diligemment recherché les remedes propres et essentiels à la fiéure , et a si bien parlé de toutes les indications, qu'il nous à osté les difficultés où ont accoustumé de nous precipiter les diuerses opinions et iugemens des autheurs.
Nous auons dit au chapitre 3. et 22.
de nostre Introduction à la Chirurgie, qu’il y auoit des indications necessaires au chirurgien methodique et rationnel qui veut entreprendre ia guerison de quelque maladie : là ray discouru amplement de la nature des indications , combien de sortes il y en auoit , d’où elles estoient prises et puisées , et que par icelles seules on distinguoit le chirurgien qui trauaille par methode et raison, d'auec celuy qui trauaille par hazard à l’aduenture, tels que sont les empiriques, charlatans, et autresimposteurs. Cela mis et posé pour fondement, nous di-
sons que pour guerir la fiéure par raison, puisque c’est vne maladie, que le chirurgien le doit faire par les indications prises des choses naturelles, non naturelles et contre nature. Lesquelles choses toutesfois, à fin de les racour-
à {rois indications principales, sçauoir à celle qui est prise de la maladie, à celle qui est puisée de sa cause, et à celle qui est prise des forces du malade.
Par la premiere,nous apprenonsque la fiéure ainsi que les autres maladies, se doit guerir par son contraire, estant vn axiome tres certain en la doctrine d’Hippocrates et de Galien, que tout contraire se guerit par son contraire. Or est-il que nous auons escril cy-dessus que la fiéure estoit vne intemperie chaude et seiche, par consequent il faut pour guerir la fiéure vser de remedes rafraichissans et humectans. Done la premiere indication nous apprend, que le chirurgien qui-voudra entreprendre à guerir La fiéure, generalement parlant, ne doit se seruir que des remedes qui rafraichissent et qui humectent, estant impossible d’oster la chaleur que par les choses rafraïichissantes , et de corriger la seicheresse que par celles qui moüillent et humectent.
Pour la seconde indication, elle est prise des causes du mal, lequel ne peut estre gueri si ce n’est en retranchant la cause , ‘estant tres veritable l’axiome ‘des philosophes , que l'effet cesse , sa cause estant ostée. IL faut toutesfois icy obseruer qu'il y à des fiéures, telle qu’est l’ephemere et diaire , qui persistent encores que leurs causes soïent ostées : et c'est pourquoy ceste indication n’a lieu qu'aux fiéures qui ont leurs causes presentes et qui sont en mouuement,
LE VINGTIÉME LIVRE,
qui fomentent etentreliennent le mal par leur presence el par leur action, et qui donnent commencement, pro-
| grés et entretien par leur effet reel et
actuel ausdites fiéures. Lors que telles
| causes se presentent, alors le chirurcir,se peuuent et se doiuent rapporter |!
gien par ceste seconde indication doit recourir à leur retranchement , à fin de couper le mal en sa racine : veu que ce seroit yn abus de le vouloir oster tandis qu’on laisseroit en force
| et en vigueur le principe el Pagent
de sa generation. Partant toutesfois et quantes qu'il y aura yne cause presente, faut commencer la curation de la fiéure par le retranchement de ceste Cause, quoy faisant on ostera tout ensemble et la cause de la fiéure, et la ficure mesme, sans autre plus
| grand appareil. Que s’il n’y a point
de cause presente en la fiéure, comme il arriue à l’ephemere causée par l'ardeur du soleil, laquelle persiste hors la presence d’iceluy, alors il ne faut point s'amuser à ceste indication, mais il faudra seulement combattre par remedes rafraichissans et humectans l’intemperie chaude etseiche de la fiéure. Mais s’il arriue qu’en partie la fiéure soit faite, en partie qu’elle se fasse , c’est à dire que si la cause de la fiéure n’y est plus, mais qu’yne autre pareille cause vienne à entretenir la mesme fiéure , il faut premierement osier ceste derniere cause , ef puis il faudra combattre la fiéure faite de la premiere cause absente par la voye de la premiere indication, ie veux dire par les remedes qui rafraichissent et humectent.
Passons à la {roisiéme indication, laquelle se prend des forces du malade:
icelle n’estant rien que le dessein qu’a le chirurgien de maintenir la vertu du febricitant, et luy donner la force
DES FIÉVRES.
de resister au mal iusques à la fin, par le moyen de la bonne nourriture.
Par ceste indication on ordonne yn regime de viure contraire à la fiéure et à ses causes, mais qui est conforme et proportionné au temperament, À l'aage , et à la coustume du fepricitant ; et souuent nous faisons tel estat de cette indication , que nous Jaissons Jà Les deux autrespour embrasser ceste-cy : car comme nous auons dit ailleurs, Le plus souuent nous laissons la propre cure et principale de la fiéure , qui esf le retranchement de Ja cause , pour suiure cesle indication , et aous employer à La conseruation de la force et vertu du febricitant.
Par exemple, au commencement des accés de la fiéure, en prenant indicalion de Ja maladie, il n’y a rien Si contraire que le manger, yeu qu'il augmente la matiere de Ja fiéure :
toutesfois s’il aduenoit que les forces du malade fussent si debiles , que le malade ne peust resister à l'effort de l'accés ; alors prenant indication des forces, et non d'autre chose, il faudroit nourrir le malade et Iuy donner à manger, encore bien que la matiere de la fiéure s’en deust augmenter.
Deuant que finir ce chapitre, il faut obseruer deux choses : la premiere, que Les deux premieres indications quelquesfois s'accordent ensemble , quelquesfojs elles sont contraires entr'elles : sibien que l'indication qui oste la cause de la fiéure , augmente Fintemperie de Ja fiéure. Au premier £as la chose est bien aisée, car il ne faut rien faire que rafraichir et hu- Mmecter , comme il arriue aux fiéures bilieuses : car eu esgard à l’intemperie de la fiéure qui est chaude et sei-
che, il faut rafraichir et humecter :
eu pareillement esgard à la cause materielle de Ja fiéure, qui est la bile aussi chaude et seiche, il ne faut faire autre chose que rafraichir et humecter. Mais lorsque deux indications ne s’accordent pas, comme és fiéures piluiteuses et melancholiques, alors il faut prendre indication de la chose qui presse le plus et qui apporte plus de peine ou de peril au malade , ne negligeant pas tout à fait neantmoins l'autre indication, En vn mot, il faut s'adresser premierement et principalement au plus necessaire et plus vrgent, et puis aprés à ce qui presse le moins. L'autre chose à obseruer est pour la seconde indication , que nous auons dit estre prise du retranchement de la cause. Or ce retranchement pe se peut faire par vn seul remede, mais par diuers moyens, à cause qu'il n’est pas question d’vne seule cause en la fiéure, mais de plusieurs, comme nous auons donné à entendre cy-dessus. Par exemple l’estoupement des pores et conduits du cuir, et la suppression de l’excrement acre et fuligineux qui se fait par ces pores, sont ostés par les medicamens relaschans, resolulifs et digestifs : la pourriture par ceux qui euacuent, cuisent, contemperent, attenuent, incisent et ouurent : l'obstruction des vaisseaux, si elle est faite par humeurs crasses , lentes et froides, par ceux quieschauffent puissamment et qui incisent et attenuent : si elle est causée d’humeurs bilieuses, par ceux qui rafraichissent : et ainsi des autres , comme nous dirons au progrés de ce Traité, en la cure de chaque fiéure en particulier.
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