CHAPITRE V
DES MOYENS DESQVELS ON SE SERT A GVERIR LES FIÉVRES.
Il faut parler en ce chapitre des instrumens ou remedes qui peuuent seruir à obtenir la fin des trois indications que nous auons expliquées au chapitre precedent. Car ce n’est pas tout de dire qu'il faut se seruir de remedes froids pour esteindre la fiéure, qu’il faut couper la cause de la fiéure par son contraire , et qu’il est necessaire de restablir et conseruer les forces du malade : il faut scauoir par quels instrumens ou moyens nous pouuons venir à la fin de ces desseins.
Or ces instrumens sont (rois, autant qu’il y a de sortes de remedes en la partie de medecine qu’on appelle therapeutique , sçauoir la diele, la chirurgie, et la pharmacie.
La diete n’est autre chose que lordre et la reigle qu’on doit garder, non seulement au boire et manger, mais aussi en l’vsage des six choses que les medecins appellent non naturellés , qui sont l'air , le boire et le manger, le dormir et le veiller, l'exercice et le repos, la moderalion aux affections et passions de lame, et l’excretion et retention, ou repletion et inanition. Par la chirurgie, nous entendons les operations de la main qui seruent à la guerison des fiéures. Et par Ia pharmacie l'vsage des medicamens, soit purgatifs, soit alteratifs, qui doiuent estre employés à la’cure des mesmes fiéures.
Pour ce qui est de la diete des fiéures, nous pouuons definir en general qu’elle doit estre rafraichissante et humectante {ant que faire se pourra,
ayant esgard à la nature du malade, à son aage, à sa coustume, et au païs où il est. Et à fin de particulariser ceste regle , et rendre nostre doctrine plus claire et intelligible, nous disons que l’air que hument les malades doit estre froid et humide : que si la saison ne le permet, il faut le preparer par l’art de medecine , arrousant la chambre du malade d’eau fraiche, semant par icelle des fueilles de violiers de Mars, de vigne, de laictues, des fleurs de nenuphar et de roses, et choses semblables : d'autant que par ce moyen l'air estant rendu froid et humide, imprime à tout le corps les mesmes qualités, et bien d’auantage au poulmon et au cœur, ausquels il est porté directement par la respiration: ce faisant on modere l'intemperie chaude et seiche de la fiéure par la premiere indication, qui est de guerir Le mal par son contraire. Pareillement la qualité des viandes doit estre froide et humide, pour les mesmes raisons, prenant garde que telles viandes soient aisées à cuire , et de bon suc, et qu’on en donne en telle quantité qu’elle suffise à entretenir les forces et la vertu du malade, et en temps où elles puissent tousiours profiter, et ne nuire iamais. Les meilleures viandes et plus communes des febricitans sont boüillons,iaunes d'œufs , gelées, pruneaux cuits,pommes cuittes, orges mondés, et autres viandes legeres faciles à digerer, et qui ne chargent point l’estomachb. Le boire des febricitans doit estre de l’eau boüillie , de la ptisane faite auec reglisse, orge et choses sembiables, et quelquesfois de l’eau meslée auec quelque syrop rafraichissant et humectant, comme est le violat, el de nenuphar. Galien , au neufiéme de la Methode, recommande l’eau froide
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pour la fiéure, mais auec certains diorismes et precautions qu'on peut aller. voir à loisir dans le mesme auteur. Pour le vin, il leur doit estre defendu , sur tout s’il est puissant, genereux, fort, fumeux et grossier.
Pour ce qui est des veilles et du sommeil , elles doiuent estre moderées, en sorte toulesfois que le sommeil soit plus long que les veilles : car combien que les veilles rafraichissent d’auantage les parties interieures, et le sommeil les exterieures , à cause que par les veilles la chaleur s’espand au dehors , et par le sommeil se retire au dedans: si est-ce toutesfois qu à cause de beaucoup de biens et commodités que le sommeil apporte à l'esprit et au corps, comme d’aider la coction, restablir les espriis, fortifier les puissances de l’ameet du corps,esteindre la soif , arrester les vomissemens, la toux et le flux de ventre, humecter le cerueau et tout le corps : à cause, disie, d’vn plus grand bien, le scmmeil des febricitans doit estre plus long que les veilles. Quant à ce qui est de l'exercice du corps ou du repos, il est tres-asseuré que l'exercice eschauffant et les humeurs et les esprits, que le repos est à preferer, et qu'il doit estre recommandé aux febricitans, puis qu'il rafraischit et humecte, blasmant la facon de faire de Prodicus et Herodicus et de leurs sectateurs, lesquels par l'exercice de luiter et de courir, qu'ils faisoient faire aux febricitans , les tuoient plustost que de les guerir.
Les passions et perturbations de l'ame ne sont aucunement vtiles aux febricitans : au contraire le repos et la tranquillité de l’esprit leur est necessaire, ostant par ce moyen le trouble des humeurs et des esprits, qui suruient par l’excés des passions,
telles que sont la cholere, la ialousie»
le chagrin, la tristesse et le desespoir :
la ioye moderée par accident, car par icelle le sang se relirant du cœur, qui est le siege de la fiéure, és autres parties du corps, et principalement aux exterieures, elle est cause que le cœur se rafraichit aucunement, el par consequent diminue l’intemperie chaude de la fiéure. Il n’y a point de passion qui fust plus propre aux fiéures que la crainte, laquelle rafraichit les humeurs et les esprits, si ce n'est qu’elle apporte beaucoup de plus grands accidens auec elle : et de fait nous lisons que plusieurs personnes, par crainte et frayeur subite et non préueuë, ont perdu tout à fait la fiéure, par vn extraordinaire rafraichissement du cœur et des parties contenuesen iceluy, causé de l’excés de ceste frayeur. Ce que radiouste pour donner à entendre qu'il ne faut pas pour esteindre la fiéure vne petite crainte, et telle qu’elle arriue communément : mais qu'il faut vne frayeur extraordinaire et excessiue , qui ait non seulement le pouuoir de faire retirer le sang, les esprits et la chaleur des parties exterieures vers le cœur, mais aussi de rafraichir la chaleur du cœur sans lesteindre neantmoins {out à fait: en quoy on descouure la difficulté et le peril de ce remede,
Le dernier article des choses non naturelles qu’on doit obseruer pour la fiéure est la retention et euacuation, la retention des choses vtiles et profitables au corps, et l’euacuation des excremens et superfluités nuisibles.
Ie ne m’estens point d’auantage au denombrement de telles choses: ie diray seulement que si les excremens du ventre, les vrines, lessueurs, etc., sont retenus trop longtemps au corps
du febricilant, qu'ils augmentent la fiéure , et la diminuent quand ils sont euacüés en temps et lieu et en quantité suffisante : Comme au contraire , s’il Suruient au febricitänt vie euacuation d'humeurs froides au lieu des chaudes, il sent la fiéure s’en aug- Meñtér : et troute que ses forces $’abbattent, s’il luy arriue vne euacüation dés chôüses qui doiuent estre retenues au corps, et qui luÿ Sont vliles et necessaires. l’ay rapporté én non Introduction de chirurgie, chap. 17. cé Sixiéme chef des choses naturelles à la repletion et à l’inanition, et ay parlicularisé les especes et diffcrerices , lesquelles peuuent ëstre rapportées en ce lieu , et accommodées à nostre intention. C’est pourquoy ie n’en diray rien d’auantage, et passeray à l’autre instrument de la thérapeutique, qui est la chirurgie.
Quand nous parlons icy de là chirufgie, nôûs n’entendons pas parler de toutes les operations de là main qui lüÿ äppattiennent , mais de celles seulemerit qui peuuent Seruir à combattre ét £uerir la fiéuré, telle qu’est principaleinent la saignée. Non pas que la saignée conuienne directement et proprement à là féure , mais indirectement seulement, par accident. Le propre de la saignée n’est pas de rafraichir et d’humecter, mais de vuider le corps et d’euacuer le saïig, à quoy à la vérité succede le rafraichissement, bar là diminution qu’on fait du sang et de la chaleur qui l'accompagne. Elle peut toutesfois conuenir à la fiéure, par le moyen d’vne de ses causes, qui est la plenitude, laquelle ne peut estré o$tée plus promptement et seurement que par la saignée. Pour toutes ces raisons, et pour destourner quelquesfois les fluxions qui sé font sur
LE VINGTIÉME LIVRE,
les parties nobles eh là plüspart dés fiéures , et aüsst pour donhér äit ët veñt à la chaleur qui est éestoufféé daris I corps, Comimé pärëillémetit pour déssagér les übstructions , él pour Bétutouf d'ätitres commodités qu'apporte là saignée aü Corps, elle cst tres-probpre et tres-niécéssdire aux fiéires, en sorte qu'il serait presque ithpossible de Îles güerir, si ce n’éslbit par &6ni moyen. Et voilà principalémiëtit l'opératioh pour laquelle là chirurgie est vtile aux fléures : biéñ qu’on Se serué etitoré de quelques aütres, mais ioins puissahles ël moins profitables, éoimirie Sont l’applicalion des sangsues , Les scäriflca:
tions faites aux iamibés, vsuelle ét Egÿpte, Espagtie , et quelqués liéux d'italie : les vénlouscs ét lés côtnëts appliqués sur les espaules, et presque sur tout le corps, aüet où Säns scärifications et mouthelures : les sinapismes, vesicatoires et Cauterés, et autres choses semblables, lésquélles sotil employéés à 14 Suëérison des fiéures , mais auét bieh peu de succés.
l'âurôis béaucoup à distourir sur le trüisiémé iistrumeñt qui conuient aux fiéures, quiest la Pharacie, sinon que ie ie réserue au particuliér des fiéures. Noûs dirons toutésfois en géneral que la Phâtiätié à bedutoup dé moyens à employer pour la guérison, qu'elle prend des medicimehs tânt pürgatifs qu'altératifs, qu'elle dünné du intériéurement ou éxterieuremént, soit pour tüut 16 corps, süit pour quél:
qu’vne de ses parties. Les laueméns ou clystéres, les bréuuagés purgälifs, les emeliques du Yoñitoirés, les bolus ;les pillules, séruëñt à oster 1a cacochyrié , ét à purger Îlé Corps debéaucoup de supérfluités qui nourrissént et entrétiénnént la fiéure. Les juléps et apozémes rafraichissans &t
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humectans , les epithemes, fomentations, linimens, bains, onguens, combattent directement les causes de la fiéure et intemperie chaude et seiche. Les alexipharmaques et cordiaux corrigent la malignité des humeurs, donnent de la force et de la vigueur au cœur et parties nobles, et resistent à La pourriture qui se mesle d'ordinaire parmy lesfiéures. Bref, il n’y a rien en la pharmacie qui ne puisse aider à la guerison des fiéures, s’il est bien mesnagé par un docte et iudicieux medecin , qui sait mesme tirer profit des poisons et venins pour l'vtilité et salut des malades.