‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 66 sur 602 · LA DIFFERENCE DES FIÉVRES · texte numérisé non relu

LA DIFFERENCE DES FIÉVRES

Encore bien que les philosophes ayent accouslumé de faire suiure la diuision des choses aprés leur definition : si est-ce toutesfois que ie me suis reserué à parler de la difference des fiéures en ce lieu , et en apporter toutes les especes , à fin d’auoir Poccasion et le moyen de parler de chaque espece de fiéure tout d’vne suite, et sans interruption d'autre matiere.

Or les médecins n’ont pas tousiours esté, bien d'accord lors qu’il a fallu assigner les especes et differences des fiéures : c’est pourquoy Galien reprend les anciens pour auoir grandemént erré en ce suiet : les vns pour auoir mis moins de differences de fiéures qu’il y en a, les autres pour auoir rapporté celles qui sont accidentelles au lieu des essentielles : et les autres pour auoir supposé, au lieu des differences vtiles et necessaires, celles qui sont purement inutiles et

sans profit. De fait, que nous apprenons que les vnsontpris la difference des fiéures de leur inuasion, disans que les vnes prennent sans frisson, les autres auec frisson : quelques-vns les ont prises en l'essence ou condition de la nature de la fléure, asseurant que des fiéures les vnes ont yne chaleur aiguëetmordanteautoucher, les autres vne chaleur douce : quelques-vnes qui paroissent douces, et qui se font sentir peu aprés aigres et mordantes : et quelques autres enfin qui semblent aigres et aiguës, et qui deuiennent douces à la main. Il ÿ en a qui prennent la difference des fiéures de l’intension de leur chaleur, appellant les vnes bruslantes, et les autres tiedes et debiles: ou bien les diuisent selon les accidens et qualités qui accompagnent ladite chaleur. Par exemple , ils appellent les vnes seiches et salées, les autres venteuses et horribles à voir, ils en nomment quelques autres humides , rouges, pasles, liuides, malignes, veneneuses, pestilentes, populaires, lentes, aiguës, contagieuses , et ainsi des autres. Bref, plusieurs croyent que la distinction des fiéures doit estre prise des humeurs dont elles sont faites, et par consequent que les vnes sont sanguines, les autres bilieuses, les autres pituileuses ou phlegmatiques, et quelques autres melancholiques. Mais pour dire la verité de toutes ces differences, il n’y en à pas vne qui soit sans reprehenSion , veu qu’elles sont en partie ou superflues, ou defectueuses, ou inutiles, ou de peu de consideration.

Nous auons dit cy-dessus que la difference des fiéures, selon Galien , doit estre prise du suiet ou matiere où elles s’allument dans nostre corps, qui sont les esprits, les humeurs, et les parties solides, d’où il resulte

trois genres de fiéures, que lon appelle spiriluelle ou ephemere, humorale, et hectique ; la premiere desquelles s’allume aux esprits, la seconde aux humeurs, la troisiéme aux parties solides: et il n’y a aucune autre difference de fiéures qui ne puisse estre rapportée à l’vne de ces trois, comme nous verronsen la suitede cediscours.

l’adiousteray toutesfois pour plus grand esclaircissement de ceste doctrine, et pour nous accommoder à la capacité des ieunes chirurgiens, pour l'instruction desquels nous auons ramassé ces preceptes des œuures des meilleurs autheurs de la medecine, que toutes les fiéures sont ordinaires ou extraordinaires. l'appelle ordinaires celles qui sont communes et vulgaires, et n’ont rien que les accidens communs qui les accompagnent souuent et frequemment , sans soupçon

Ordinaires, et c’est ou

Les fiéures sont, ou

LE VINGTIÉME LIVRE,

d'vne cause plus cachée, ou d’effets prodigieux et estranges. Les extraordinaires sont celles qui ont quelque chose par de-là les communes, soit en leur cause, ou en leurs effets, ou en leurs accidens , ou en quelque au tre chose qui les accompagne, comme sont les fiéures pestilentes, les epidemiques, la sueur d'Angleterre, etc. - Pour les ordinaires elles sont essenlielles ou symptomatiques : les essenlielles sont ainsi appelltes à cause de leur origine qui vient d’elles mesmes, et non en suite d’vn autre mal, comme d’vne inflammation de quelque partie, ainsi que font les symptomatiques. Or ces fiéures essentielles sont de trois especes, ephemeres, humorales, et hectiques, desquelles nous allons parler particulierement. commencant aux ephemeres.

{ Ephemeres, chap. 7.

Æssentielles, etsonttrois. | Himorles chap. 8.

Hectiques. chap. 34.

Sympiomatiques. Chap. 35.

| Exiraordinaires. chap. 36.

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