DES FIÉVRES EN PARTICVLIER, ET PRE- MIEREMENT DE LA FIÈVRE EPHEMERE
Aprés auoir parlé des fiéures en geperal, il faut descendre au particu-
1 Ce chapitre répond au chapitre deuxième du livre primitif, et ce chapitre deuxième avait lui-même passé en très grande partie dans le onzième chapitre du livre des Tumeurs en general dès l'édition de 1579. Nous aurons donc à instituer dans ces notes une double collation, pour indiquer les portions du texte qui ont varié ou qui sont restées les mêmes dans ces diverses publications.
lier d’icelles, et commencer à celle qui est la moins perilleuse et de moindre durée. C’est l’ephemere, ou iournaliere, ainsi appellée pource que de sa nature elle parfait son cours ét son temps en vn seul accés, qui ne dure pas d’auantage que vingt-quatre heures, qui est l’espace d’vn iour naturel, ce qui à pareïillement fait qu’elle a esté nommée diaire, qui vaut autant à dire chez les Latins qu’ephemere chez les Grecs, etiournaliere aux François.
Cy-deuant nous l’auons appellée spirituelle ou spiritueuse, d'autant qu’elle s'allume aux esprits du cœur, qui luy seruent de suiet et de matiere.
On peut donc la definir, vne intempe-
DES FIÉVRES.
rature chaude et seiche allumée aux esprils vilaux, par l'espace de vingt-quatre heures seulement. Son temps est fort court, parce qu'estant allumée aux esprits, comme en vne maliere ténue, subtile et fort aisée à dissiper, elle ne peut subsister d’auantage: ne plus ne moins que nous voyons que le feu qui se prend à la paille, ou à quelque autre matiere deliée et subtile, s'esteint incontinent et est de fort peu de durée.
Sa cause est tousiours externe, et vient de dehors , appelée pour ce suiet des medecins Procathartique : c'est pourquoy elle est fort diuerse, bien qu'elle se puisse rapporter à quatre chefs principaux, sçauoir : premierement aux choses de dehors qui touchentle corps exterieurement : secondement aux choses qui entrent dans le corps : tiercement aux choses qui apportent passion et alteration à l'esprit ou au corps, ou ensemble à l’vn et à l’autre : en quatriéme lieu aux symptomes et accidens contre nature. Au premier point se rapporte l'air chaud et estouffant, l'air trop froid et trop sec, les bains d’eau froide ou alumineuse, qui pour estouper les pores du cuir eschauffent les esprits par accident. Au second appartiennent les alimens et les medicamens chauds et acres, le vin, les espices et choses semblables, mesme les alimens bien temperés, mais pris en trop grande quantité el sans mesure. Le troisiéme comprend tous les mouuemens et changemens naturels, comme la faim, la soif, la lassitude, ire, fureur , tristesse, longues veilles, etc. Le quatrième regarde principalement la douleur, qui pour estre vn symptome tres-ordinaire, ne laisse pas pour cela d’eschauffer grandement les esprits, et introduire en
iceux une intemperie chaude et seiche. En vn mot, toutes les causes nommées cy-deuant, communes à toutes les especes de fiéures, peuuent exciter la fiéure ephemere, excepté la pourriture ou putrefaction qui est reseruée seulement pour la genera tion des ficures putrides !. Le bubon
1 Tout ce début ressemble pour les idées au début du chapitre 2 du livre primitif; mais le texte en est un peu différent, ainsi qu’on va en juger.
« Cn. IL, — De la fieure ephemere.
» Fieure ephemere ou diaire, est vne intemperature chaude et seiche allumee és esprits vitaux, ainsi nommee quasi comme iournaliere, du vocable latin dies, qui signifie iour : parce que de sa nature elle parfait son cours en vn accez, qui ne dure pas d’auantage que vingt quatre heures, qui est l’espace d’un iour naturel, ct ce à cause qu’elle est allumee en un subiet ténu , aisément eten peu de temps dissipable, sçauoir, és esprits.
» Les causes des fieures ephemeres sont, lassitude, ebrieté, ire, fureur, tristesse, longues veilles, grande refrigeralion , adustion, baings, mutation de vie declinant à chaleur par application ou prise de medicaments acres, comme venirs où alimens chauds : bref toutes les causes nommees cy deuant causes efficientes, communes à toutes les autres especes de fieures, peuuent exciter la fieure diaire, excepté la seconde appelee pourriture ou putrefaction : car icelle nous auons dit estre propre seulement pour la generation des fieures putrides. »
Le texte est ensuile presque absolument le même jusqu'aux endroits signalés dans les notes suivantes.
Dans le livre des Tumeurs , il avait bien fallu raitacher au phlegmon l'histoire de ces fièvres ; en conséquence le chapitre commençait ainsi :
« Cn. XI. — Des especes des fiéures qui suruiennent au phlegmon, et curation d’icelles.
» Entre les accidens qui plus communé-
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mesme , c’est-à-dire l'inflammation et phlegmon des glandules, joint auec vhe vlecré manifeste, et prouenant d'vne cause manifeste, excile ceste fi&ure diaire : cotime au contraire, s’ilestsans vlcere, prouenant de cause latente e{ interieure , comme inflammation et autre vice de partie noble, cerueau , cœur et foye, excite vne autre espece de fléure , et pire que la diaire, comme escrit Hippocrate en l’Aphorisme 55. du liure 4. où il dit: Les fiéures qui suruiennent aux tumeurs des glandules sont loutes malignes, excepté les diaires. Lequel aphorisme toutesfois n’est pas vray en tout et par tout : comme il est aisé à connoistre par les bubons qui stüruiennent aux enfans, et par les bubons venceriens, lesquels, bien qu’ils soient sans vleere manifeste ,
ment accompagnent les phlegmons , et plus generalement affligent les malades, sont les fiéures, c’est à dire, intemperatures chaudes et seiches , excitees et allumees au cœur, et d'icéluy departies à tout le corps, pat les conduits dés arleres. Icelles au phlegmon Sont ou diaires, ou synoches non putrides, où synoches putrides. Fiéure est vne ebullition de ferueur et d’inflammation, que les Grécs appellent Feu : car de quelque espece que ce soit, est tousiours fondee en chäleur contre nature. De la nature et cu:
ration desquelles ie diray icy briefuement cé que l'en ay apprins de messieurs nos maistres les Docteurs en medecine, auec lesquels j’ay hanté et pratiqué. -
« Fieure ephemere ou diaire, etc. »
A partir de cet endroit, le texte suivait à très peu prés celui de l'édition primitive; seulement, à là fin du premier paragraphe, après cés mots, és ésprits, l’auteur ajoutait : el ne gist point en pourriture, muis en vn es— prilexhalatif embrasé. De même au deuxième paragraphe, parmi les causes de ces fièvres, il ajoutait : La faim densation ou astriclion de ciir, Et énfin , là même où le texte primitif
sont toutesfois ordinairement sans fiéure dangereuse: aduertissement que doit bien noter le ieune chirurgien. .
Les signes communs de la fiéure ephemere sont , chaleur douce , haïiteuse et suaue à l’attouchement : le pouls viste et frequent, quelquesfois grand et fort, quand la diaire est causée de courroux et de fureur, autres fois petit lors qu’elle est causée de fascherie, tristesse, faim, froid, crudité , au reste egal et bien reglé.
Les signes tres-certains et pathognomoniques sont, si la fiéure est suruente non lentement et peu à peu, mais subitement et inopinément de quelque cause externe et euidente, sans que le malade aye esté premierement degousté , sans auoir senti vne lassitude spontanée, sans pro-
et le texte posthume se rejoignent, à l’oecasion du bubon, le texte intermédiaire était un peu différent :
« Le bubon mesme, c’est à dire l’inflammation ét phlegmon des glandules , excite cette fiéure, selon l’aphorisme qui dit , que les fiéures qui suruiennent aux tumeurs des glandules sont toutes malignes, excepté les diaires. Lequel aphorisme doit estre bièn entendu, ét pris auec la distinction de Galien , disant cela s'entendre seulement des tumeurs qui viennent aux glardules sans cause manifeste. Car autrement, les fiéures qui en suruiennen( ne sont {ousiours dangereuses : comme nous voyons par les bubons qui suruiennent souuent aux énfans, et par les bubons véneriens, qui sont sañis inflammation, ou corruption de foye : càr tels sont ordinairement sans fiéure dangereuse : aduertissement que doit bien noter le ieune chirurgien. »
Et enfin un peu plus loin, cette phrase du texte actuel qui se retrouve aussi dans le texte primitif : ie ne fais mention des vrines, se trouvait supprimée.
DÉS FIÈVRES. g1
fond soiimeil, oscitation et baillé- Wiént, Sähs grande douleur, Säns idétation dü corps ét inquietude, sans Horreur et grand frisson, bref sans aucun autre faschieux syÿmptome, Ie né fais point icÿ mention dës vrinés, pour les Catises que ray dites Cy-déuänt, et äussi à raison qué le plus souüueñt ëh ces fléüres icÿy lés vrinés soft stthblables à celles des sains : Outré qu'éh Si peu de temps que lesdites fituüres duréñt, il në sé peut fairë grand chängefieñt de la masse du säng ; dé laquelle lvriné donné connoissaricé ,; ét non des ésprits qui sont les prüprés Stiets des fiéufes ephémerés. Cy-déssus ray dit que ceste f6ure fa qu'vn accés, lequel dure vn iour dé Sa propre fiaturé, combien qu'il s’esténdé quélquésfois iusques à trois où quatré jours : ét alors ville se change facilement 6t dégenére ei fiéure pütride, si quélque erreur Suruiéñt, ou pat lé defaut dü malade, où par quélque äutre chose eéxteriéüré. Ellé désiné ét se términe ou par inisénsiblé Lraspiration, ou par Yié môiteur étsueürnaturelle, douce et non fetidé où puanie 1 : en sorté qu'éllé ne laisse aprés elle aucun symptomé ny accident dé éeux qui ont actOustumé d'accompagner 168 fiéures , ou de leur suruiute.
L'ordre de la Cure dé ces fiéures est doublé, général où commun, et particulief à Chaque filéüre. La cure genéräle consiste és six chôses non na-
1 Le paragraphe s’arrêtait ici à la fois dans l'édition de 1575 et dans celle de 1579; el de même aussi le suivant reprenait directement par ces mots : La cure generale, etc. Mais il faut ajouter que dans le chapitre de 1579 ces deux paragraphes se trouvaient séparés par une description de la fièvre synoque non pu-
tride , que nous retrouverons plus Join au |