DE LA FIÈVRE SYNOQUE SIMPLE
Entre les fiéures qui se font de la masse du sang, ou du sang le plus pur qui soit dans des humeurs, est la fiéure synoque simple , ainsi appellée à la difference de la synoque pourrie :
celle-là se faisant seulement par l’in-
1 Le livre primitif ne parlait pas de cette fièvre, sinon dans une courte parenthèse placée à la fin du chapitre 3 (voyez ci-après la note 1 de la page 102); mais l’auteur y avait consacré un paragraphe spécial dans le.chapitre 11 dulivre. des Tumeurs.
« Les fiéures synoches non -putrides, s’engendrent de sang non corrompu, mais seu lement eschauffé outre mesure, faisant grande euaporation par tout le corps. D’où vient que les veines se monstrent enflees, la
<orps humide :
flammation eteschauffementdu sang, et celle-cy par la putrefaction qui s’infroduit en iceluy. Quelques-vns confondent la premiere auec lephemere qui dure plusieurs jours, et qui pour ce suiet est improprement appellée diaire. Or se faisant du plus pur sang du corps, qui est grandement vaporeux, elle fait paroistre
face enflambee, les yeux rouges et ardans, expiration chaude , toute l'habitude du le tout à raison de JebuMition du sang et desdites yapeurs, qui est cause que telle fiéure quelquesfois est appellee humorale. Les petits enfans y sont subiets, comme aussi toute personne sanguine sans cacochymie. La façon de guarir telle fiéure est semblable à la cure de da fiéure diaire. Parquoy ce que nous dirons del’vne se pouxra accommoder à l’autre, sinon que la saignee est icy bien requise. »
Ce paragraphe était placé avant celui qui traitait’ de la curation de la fièvre diaire. Voyez la note 1 de la page 91.
DES FIÉVRES.
les veines et tout le corps comme
bouffi et enflé, ce qui a donné occa-
sion à quelques medecins arabes de l’appeller sinocus inflatiua , synoque enflante et bouffante. Ce genre de fiéure, pour n’auoir qu'yn accés depuis Je commencement iusques à sa fin , et pour auoir yn mesme degré de chaleur en tout le temps qu’elle dure, sans accroissement, sans diminution, est mis au rang des fiéures que l’on
appelle continues , c’est à dire, qui!
durent sans cesser, depuis le premier | point de leur inuasion iusques au | dernier point qu’elles finissent, sans | aucupe interruption ou relasche, ainsi !
qu'il arriue aux fiéures que l’on!
le ne n'ar-!
reste point à expliquer les differences |
nomme intermittentes,
que l’on apporte entre les fiéures
continues et continentes , que l’on dit !
continuas et continentes, et par les!
Grecs ouvéxvs et svxst. Le me conten- |
{eray d’aduertir le ieune chirurgien
qu’il y a deux sortes de continues, | l’yne qui garde lousiours vn mesme | estat et degré de chaleur depuis son | commencement iusques à sa fin, telle | que l’on peut dire estre la fiéure sy- | noque simple: et l’autre qui ne garde | pas tousiours yn mesmeestat, mais |
quelquesfois augmente de chaleur,
autresfois diminue, par fois a des: exacerbations et redoublemens, et !
par fois a des remissions et diminu- !
tions :.et telles sont toutes les fiéures |
putrides.
De tout ce discours, nous tirons
ceste conclusion pour l'intelligence de la fiéure synoque simple, que c’est vne fiéure continue d'un seul accés , allumée dans les esprits et dans la partie la plus ténue et sublile du sang.
Elle est.continue, à cause que le sang
allumé dans toutes les veines et ar- | teres du corps, ou à tout le moins:
dans les plus grandes, communique continuellement la ferueur au sang du cœur : ce qui ne se feroit pas si ce sang n’estoit contenu que dans les petiles veines, ou en celles qui sont grandement esloignées du cœur. Pay dit qu’elle n’auoit qu'un accés, d’autant qu’elle est tousiours en mesme estat depuis son commencement iusques à sa fin, encore bjen que quelques-vns la diuisent en Homotone ou Acmastique, Epacmastique ou Anabatique, et en Paracmastique, que les Latins disent Æquales, Crescentes, Decrescentes. Car si la chaleur demeure tousiours egale du commencement iusques à la fin, c’est à dire si ce qui transpire et sort par les pores du corps, qui sont vapeurs et fumées esleuées du sang eschauffé et boüillant dans les veines, est proportionné justement à ce qui est allumé dans les vaisseaux du sang, elle sera homotone ou egale: ie veux dire qu’elle demeurera {ousiours en mesme et pareil estat tandis qu’elle durera. Mais si les fumées qui s'euaporent sont en moindre quantité et proportion que ce qui est allumédans Les vaisseaux, alors elle sera epacmnaslique ou croissante: Yenlens que sa chaleur ne sera pas tousiours egale , mais redoublera et augmentera continuellement iusques à sa fin, Que si enfin les vapeurs s’exhalent en plus grande quantité qu'il ne s'allume de sang dans les vaisseaux, pour lors elle sera paracmastique oudecroissante, et reconnoistra-on que sa chaleur ira tousiours .en s’abaissant et diminuant du commencement iusques à sa fin.
Etde là aussi on remarquera en quels corps et en quel estat elle sera moins ou plusperileuse, Car aux corps rares, poreux el maigres qui s’euaporent aisément , «elle estmoins dange-
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reuse et beaucoup plus courte : aux gras , pleins, charneux et espais, qui n’ont que peu ou point de transpiration , elle est plus longue et dangereuse. Aussi si elle est paracmastique, elle est plus courte et plus douce: si elle est homotone, elle l’est moins que la premiere, mais plus que l’epacmastique , laquelle est la plus longue de toutes et la plus dangereuse, dautant qu’elle degenere souuent en la synoque putride, qui n’est gueres sans peril.