DES CAVSES ET SIGNES DE LA SYNOQVE SIMPLE
La cause de ceste fiéure que l’on appelle coniointe et inseparable, qui est celle laquelle par sa presence fait et conserue la fiéure , et par son absence l'oste et fait cesser : telle cause, dis-ie, de ceste fiéure n’est autre chose que la ferueur des esprits etdu sangretenu dans tous les vaisseaux, ou à tout le moins dans les plus grands qui sont contenus entre les aisselles et les aisnes, laquelle venant à se communiquer au cœur, luy imprime ses propres qualités, qui sont la chaleur et la seicheresse : ou pour le dire en vn mot, vue intemperie chaude et seiche, Ceste ferueur est introduite au corps, comme veulent quelques-vns, par les mesmes.causes qui font la fiéure Ephemere: ou pour mieux dire par la constipation et obstruction des pores qui sont au cuir, et ensuite par l’estouffement de la chaleur naturelle, lors que la transpiration est empeschée, en sorte qu'elle ne recoit pas de air qui nous enuironne le rafrai-
chissement accoustumé que nous en relirons. Ce rafraichissement icy defaillant , les fumées qui s’exhalent continuellement du sang demeurent enfermées , par consequent remplissent les vaisseaux, rendent le sang pesant, lourd et moins fluide , estoupent pareillement les petits trous dont le cuir est plein : et enfin à la longue apportent la pourriture au sang , Comme il arriue aux synoques putrides., Mais en ceste fiéure icy l’estoupement vient particulierement de la trop grande abondance du sang , que l’on appelle plethore, qui auec la cacochymie fait les deux causes antecedentes de toutes les maladies. Il est donc necessaire, pour produire ceste fiéure, que le sang surabonde dans les veines : car cela estant il s’esleue d’iceluy vne grande quantité de vapeurs chaudes et boüillantes , lesquelles ne pouuant aisément ny suffisamment s'euaporer ( car elles ne sont iamais supprimées tout à fait) s’eschauffent peu à peu et si bien, qu'elles eschauffent Ics humeurs et introduisent la fiéure. D’icy nous remarquerons que ceux qui abondent en sang, et qui ont le corps bien charnu et nourri, dense et espais, sont plus suiets à cette fiéure que les autres. Pareillement elle arriue d’or dinaire au printemps, aux jeunes hommes, à ceux qui se remplissent de bonnes viandes, et boiuent bien du vin : Comme aussi à ceux quisouloient auoir quelque descharge de sang par le nez, hemorrhoïdes, ou autres va sseaux. Là où ceux qui sont d’vn temperament froid , qui ont peu de sang, qui ont le corps rare, maigre et perspirable, qui se nourrissent peu et qui boiuent de l’eau , y sont fort peu suiets.
Il semble que ceste fiéure doiue
DES FIÉVRES. 9’
auoir les mesmes signes que la diaire.
Elle les a toutesfois plus clairs et plus euidens. Car bien que la chateur soit douce, siest-ce qu’elle est plus grande et vn peu plus acre qu’en la diaire.
Le cuir est comme moite : l’vrine vn peu plus espaisse et rouge que la naturelle : le pouls est vehement, leger, frequent, plein, grand et egal. Tout le corps et le visage principalement est comme bouffi et plein de rougeur. Les veines sont grosses et enflées de sang : on a par tout le corps tension et lassitude, la teste pesante, la respiration vn peu empeschée , des enuies de dormir, et en dormant des illusions toutes rouges et de sang. Au reste, ceste fiéure n’est point perilleuse, et se termine ordinairement ou par sueur ou par flux de sang vers le quatriéme ou le septiéme iour.
Que si toutesfois elle estoit negligée ou mal traitée, principalement en ceux qui abondent en sang, il y auroit à craindre qu’elle ne degenerast en phrenesie , squinance , pleuresie, ‘ou autre maladie qui vient de la plethore, ou bien enfin qu’elle ne se conuertit en vnesynoque pulride, ou alors elle ne seroitsans danger de la vie.