‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 72 sur 602 · DE LA CVRE DE LA SYNOQVE SIMPLE · texte numérisé non relu

DE LA CVRE DE LA SYNOQVE SIMPLE

La therapeutique ayant trois parties, la diete, la Chirurgie et la Pharmacie, il faut qu’en la guerison de toutes les maladies on ait recours à vn ou à plusieurs de ces chefs:

comme nous ferons d’ores-en-auant en la cure de toutes les fiéures, les remedes desquels seront pris de cestrois chefs ensemble.

Et pour commencer à la Synoque simple , ie dis que le genre de viure doit estre rafraichissant et humectant, ténu et leger, à fin de ne surcharger les malades qui ont plus de sang qu'il n’en faut. C’est pourquoy on doitse contenter de boüillons faits au veau et à la volaille, assaisonnés d'herbes rafraichissantes, comme laictue, pourpié, ozeille, buglosse, concombre en la saison. On peut aussi donner des œufs frais bien mollets, des ius de pruneaux, de la gelée faite auec le ius de citron, et non auec le vin, sans beaucoup de canelle, Pour le boire, on ne donnera point de vin, mais de la ptisane seulement, ou de l’eau boüillie auec orge et chiendent. Galien au neufiéme de la Methode, chap. 4, conseille de don:ner de l’eau froide et crue tant que les malades en voudront et pourront boire. A laquelle opinion plusieurs medecins ne s'accordent pas, pour les accidens qu'on en a veu arriuer. Car on à reconneu que l’eau froide estoit grandement contraire à ceux qui ont peu de sang et de chair, qui ont les visceres bouffis ou enflés, ou pleins d’obstruclions causées par des humeurs crasses , visqueuses où piluiteuses, et qui ont l’estomach et les parties nerueuses grandement foibles et delicates. A ces personnes icy l’eau froide donnée sans mesure et sans regle apporte l’hydropisie, difficulté de respirer, tremblement des membres , conuulsions , lethargies, et autres violens accidens , surtout quand telles gens ne sont pas accoustumés à boire de l’eau. Que sil s’en trouue qui ayent accoustumé ce breuuage, et qui ayent les entrailles bonnes ct vigoureuses , l’estomach bon et fort,

et grande quantité de sang dans Îes

veines, à ceux-cy on peut leur laisser

boire de l’eau froide, pourueu que ce ne soit point au commencement ny en l'accroissement de la fiéure, mais en sa vigueur, et lors que lessignesde coction apparoissent. Car pour lors l'eau froide fortifie tellement les parties solides, et recrée tellement la chaleur naturelle, qu’elle en cuit mieux les humeurs, retenant les bonnes et chassant les mauuaises et superflues, soit par le vomissement, soit par les selles, soit par les sueurs. Pour les remedes pris de la Chirurgie, la saignée tient le premier lieu, sur {out en ceste fiéure où il est question de plenitude. Or est-il que par la yoye des contraires, la plenitude du sang ne se peut mieux guerir que par l’euacuation d’iceluy, à quoy la saignée a esté inuentée par l’art de medecine: outre que par accident elle pr ofite grandement à rafraichir” le sang et les esprits, et à rendre la liberté aux conduits qui sont estoupés où bouchés. Voila pourquoy le but principal en ceste figure estant destiné à oster premierement la plenitude du corps et à diminuer le sang, et puis aprés à ouurir les passages , à attenuer les choses espaisses, à inciser les gluantes, à prouoquer la transpiration, à esteindre la ferueur de la fiéure, et à forlifier les parties du corps foibles et abbattues par l’oppression des humeurs : on a reconneu qu'il n’y auoit rien de plus excellent à tous ces effets que de tirer promptement du sang en ceste maladie, non vyne fois seulement, mais deux ou trois fois, selon la vehemence du mal, la force du malade, et le degré de la plenitude que l’on observe en luy. Galien, au lieu ey-dessus allegué, ordonne la saignée iusques à defaillance de cœur, et presque

jusques à l’esuanoüissement, pour

LE VINGTIÉME LIVRE,

quelque natabre de raisons qu'il pro-

Cela est si Dalle et AOL te telle espouuante au malade et aux assistans , outre beaucoup d’accidens qui en peuuent suruenir, et desquels Galien mesme fait mention, que le plus seur est de conseruer tousiours les forces du malade, et tirer plustot du sang cinq et six fois par.interualle que d’en oster yne seule fois si profusement. L'on a obserué en ceste fiéure que ceux qui n'ont pas tiré du sang hardiment ont precipité quelquesfois les malades à des flux de sang par le nez si desmesurés etexcessifs, qu'ils en ont pensé perdre la vie. Car la nature

se trouuant par fois grandement irri-

tée, soit par l’abondanee, soit par Pa-

crimonie des humeurs, ou autrement,

s’oublie tellement, qu’au lieu d’vne

crise elle fait yne hypercrisie, et au

lieu d’yne euacuation iuste et mode-

rée, fait yn desbordement desreglé et

pernicieux.

Quant aux remedes Pharmaceuti-

ques, il est de besoin, premier que de

saigner , si le ventre estoit serré, de

donner yn lauement emollient, lequel

on pourra continuer tous les iours,

à fin de rabattre beaucoup de fumées,

rafraichir le dedans, et vuider beau-

coup d’ordures qui s’amassent tous

les iours de la nourriture que l’on prend.Plusieurs prescriuent des juleps

et apozemes rafraichissants et aperitifs, preparés auec vne decoction de

chiendent, de cichorée sauuage , d’o-

zeille , endiue , laictue, pimpernelle,

buglosse , bourache, capillaire, orge, semences froides, fleurs cordiales, et

de nenupar, en y adioustant les sy-

rops violat, de nenuphar, de limons,

de cichorée simple , aceteux simple,

de pommes simple, et autres de pa-

reille qualité.

DES FIÉVRES,

On ordonne aussi des epithemes, partiesur lecœur, partie sur les hypochondres, à fin d’esteindre la ferveur du sang, et empescher que pareille intemperie ne s'attache trop fixement au cœur, et autres visceres,

On se doit donner garde de purger au commencement de ceste fiéure :

mais on doit attendre que les signes de çcoction apparoissent aux vrines et aux excremens ;et pour lors on peut donner des medicamens doux et bepins, comme est la casse, les tamarins, et le sené de Leuant , auecles syrops de cichorée ou de pommes composés : ou bien on donnera le lenitif, ou le catholicon double de rheubarbe, fuyant tantqu'il sera possible les purgatifs où il y entre du diagrede et seammonée, le n’approuue point les vomitifs en ceste fiéure, et n’en ay iamais yeu aucun bon effet !; ils ne seruent qu'à troubler la nature et tourmenter le malade, et ne vuident rien de la cause coniointe.

le ne mets point icy en ligne de compte beaucoup d’autres medicamens, comme les orges mondés, les iuleps pour dormir, les opiates, tablettes et poudres cordiales, les linimens, frontaux, ef pastes confortatiues , auee vn nombre infiny dalexiteres et alexipharmaques, desquels on a de coustume d’amuser les malades : car la fiéure n'estant pas perilleuse d’elle-mesme , elle n’a pas besoin de tant d'appareils, qui en outre ont quelquesfois plus de monstre que d'effet.

I y a quelques recens ?, qui aprés Nicolas de Florence constituent vne

4 Voici un des endroits où l’auteur parle en son nom et d’après son expérience ; j’aurai toujours soin de les signaler.

2 II entend parler de Fernel. — Gette note est des éditeurs de 1828

fiéure synoque simple , engendrée de la bile et de l'agitation des plus chaudes humeurs du corps, Sans toutesfois aucune pourriture. Ce queie ne crois pas neantmoins trop aisément, veu que si ceste figure se fait de la bile, il est necessaire qu’elle ait pareils redoublemens qu’ont les autres qui en sont faites, et qu’eile ait des periodes de trois en troisiours. Il est plus vraysemblable que telle fiéure se fait du sang le plus subtil , qui quelquesfois est appellé de quelques-vns bile , à cause de sa subtilité, et de son escume: mais à n’en mentir point ce n’est que pur sang , et qui partant ne peut faire de fiéure autre que synoque simple sanguine.

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