CHAPITRE XII
DES CAVSES ET SIGNES DES FIÉVRES PYTRIDES t :
Apres auoir donné la definition et diuision des fiéures putrides, il faut venir à leurs causes et signes, expliquant la façon que les humeurs se pourrissent au corps.
Et desia nous auons enseigrié que la cause materielle des fiéures putrides , est la pourriture de l'vn des humeurs desquels nostre corps est composé, ou de plusieurs d’iceux, ou de tous ensemble. La cause efficiente est l’vne des cinq cy deuant expliquées, mais principalement celle que
Le début de ce chapitre répond presque exactement au début du ch. 3 du livreiprimitif. Il n’y à guere queles premières lignées qui différent.
« Cu. III. — Des fieures putrides, premierement de leurs causes el especes en general.
« La cause materielle des fieures patrides est la poürriture de l’vn des humeurs, desquels est composé notre corps; où de plusieurs d’iceux, où de tous ensemble. La cause efficiente est l’vrie des cinq cy deuant expliquees, mais principalement la seconde appelee putrefaction, de laquelle pour ceil faut maintenant parler vn peu plus amplement.
» La putrefaction est excitée en nos corps, et tous autres qui Sont mixtes et composez des quatre elements, quand là chaleur qüi deust regir les hüméürs est au contraire aistrisee par iceux, par faute de competente eüentilàtion. Ainsi Voyons-nous ioufnellement les chairs gardees, etc. »
A partir de cet endroit, le texte se suit présque mot pour mot jusqu'à la fin du paragraphe.
DES FIÉVRES.
nous auons appelée putrefaction, qui n’est autre qu’oné corruption qui arriue aux corps mivlés composés des quatre elemens, par le moyen de la chaleur, laquelle au lieu de regir les “humeurs sè laisse mdistriser par iceux , à faute d'une suffisante euentilation et euaporation. Ainsi Voyonsnous iournellement les chairs gardées pour lvtilité du mesnage, se pourfir tant en hyüer qu’en eslé, lorsque l'air est chaud ét humide, espais et non euentilé : ou bien lors qu’elles sont enfermées en va lieu remugle t et estroit. De la viénit que lès hommes sanguins , pour l'abondance du säng qui est chaud et humide, sont plus suièts à pourriture que le réste des hommiés , si pour la moiñdre occasion du monde ils sont priués du benefice dé l’euëntilation , tant insénsible qui sé fait par les pores du cuir , que sensible ét manifeste qui se fait par la contraction et dilatation des arteres semées par tout le corps , et par l'inspiration et expiration instituée pour lé cœur , principälément à céllé fin d'attirer vn air frais ét nouueäu en nous, et chasser de nous celuy qui ëst fuligineux. C'est pourquoÿ nous pouuons à bon droit dire que là mere de pourriture , S'il faut ainsi parlér , est l'humidité, et le pere la chaleur, non päs toute sorte de chäléur, mäis celle qui est infectée des vapeurs fuligineuses retenues dans 18 corps par faute dé leur euentilation. De là nous apprenons que toutes choses qui emipeschenit là liberté dé la transpiration peuuent exciter en nousla poutrituré, et par consequent engendrer les fiéures putrides.
Or ces causéssont où internes où Ex:
» ternes. Extérnés, comme dénsité ét
1 Remugle, humide.
constriclion du cuir tausée par l’application dé chosés astringentes, re:
froidissantes, désséichätites et émplästiques, laquelle Cause proprement et en vn mot ést appelée constipalion. Les internes sont plusieurs. prérhierément la pléthôre, c’est à dire plénitude et excéssiuüe abondance d'hiümeurs, tant à l'ésgard dés vaisséaux, qui ést nommée plehitudo ad vasa , dué pour le regard dés forces, liquélle ëst afpeléé plenitudo dd virés. En second liéu , là létiteur, crassitie, viscosité ét glütinosité des humeurs, lesquelles üu occupeñt ét émpeschent toutë la éapatité des vaisseaux , ou botchent ét estoipent 16$ orifices d’iceux, en sorte qué l'entrée de läir qui nous éntirontie est défenduë ; ét l'issue des vapeuts fuliginbuses étipéschés, d'où s’eñisuit que la fränispitätion n’éstant pas libre, mais fort tontrainté, areitie la pourriture däns lès hüineurs, et ceste causé en Vh mot est nomtinée obstruction !.
Aprés auoir ainsi succinctément expliqué les causes principales dés fiéures putrides , il faut venir à leürs signés ?. Entre lesquels prémieremént
1 Après l'élude des causés, le reste du cha pitre de l'édition de 1573 était cohsacré à celle des différences ; Celles-ci au contraire ont été traitées dans le texte posthume au chapitre qui précède celui-ci. Voyez la note de la page 101.
2 Ce paragraphe est constitué en grande partie par le chapitre 4 tout entiér du livre primitif. Voici Comment débutait ce cha= pitre :
« Cu. IÏI.— Les signes des fieures putrides en géheral,.
« Les fieures putrides sont distinguées et cogrieues en cecy d’auec lès ephèrneres, c’est qu’elles ne suruiennent point, elc. »
Et le texte suivait à peu près mot pour Ecocert om orirer. canne QT de mot jusqu’à la fin du paragraphe, à T'ex-
nous mettrons cestuy-cy : c’est que ces ficures sont distinguées des ephemeres, en ce qu'elles ne suruiennent point subitement d’vne cause externe et euidente, comme font les ephemeres, mais viennent peu à peu, ayans pour auant-coureur vne inegalité et lassitude spontanée ( c’est à dire qui nous tient sans auoir trauaillé) vne paresse el pesanteur de tout le corps, vn sommeil turbulent, et souuent vne inquietude du corps et de l’esprit qui empesche de dormir, vne distension et boufement des hypochondres, vne respiration penible, repletion, tension et tumeur des veines, douleur pesante de la teste et des tempes, accompagnée quelquesfois d’vne forte pulsation, degoust, alteration,nausée, vomissement. Mais quand la fiéure est tout à fait formée, elle se reconnoist à ce qu’elle donne vne chaleur bien plus acre, piquante et mordante que l’ephemere ou la synoque simple, principalement en l'augmentation et estat de ses accés.
Elle est accompagnée d’inegalité de pouls et de respiration, car la contraction de l’artere qui fait Le pouls se sent bien plus legere que la dilatation. Car comme ainsi soit que plusieurs fumées et vapeurs s’excitent et s’esleuent de l'humeur enflammé par putrefaction ou chaleur pourrissante, Nature par la contraction du pouls deprimant Partere, se haste à les chasser dehors, n’estant au reste si pressée d'attirer l'air froid par la dilatation. Le dis le mesme de la respiration, dont l’expiration est bien plus courte que l'inspiration , à cause de la necessité qu’a-le cœur et le poulmon de mettre hors l'air fuligi-
ception de l’avant-dernière phrase du texte actuel : Ze dis le mesme de la respiration, etc., qui manquait en 1570.
LE VINGTIÉME LIVRE,
neux , acre et piquant qui est à l’entour d'eux. L’vrine n’est pas semblable à celle des sains: mais ou bien elle est crue, ou elle est trouble, ou bien acre, Ou accompagnée des signes de pourriture d’humeurs, ou d’vneodeur puante et fetide.
Ces fiéures-cy sont tousiours pires que les ephemeres et les synoques simples : ilest vray qu'entre icelles , celles qui sont intermittentes ne sont pas si mauuaises que lescontinues, lesquelles ne sont iamais exemptes de peril, estans presque tousioursaccompagnées de tres sinistres et mauuais accidens , lesquels plus ils sont fascheux, plus ils demonstrent que la fiéure est perilleuse. Elles sont pareillement bien plus dangereuses és corps cacochymes qu'aux autres, comme aussi à CEUX qui se nourrissent de mauuaises viandes et mal saines ,et qui vsent de quelque grand desreglement en leur façon de viure.
Enfin ceux qui ont les entrailles mal faites et mal habituées, ou qui ont quelque partie noble interessée et vicieuse, c’est à dire mal constituée et disposée, sont bien en plus grand danger lors qu'ils tombent en ceste fiéure que ne sont ceux qui ont les visceres bien sains, forts, robustes, et doüé, d'vn bon temperament.
IL y a finalement des signes pour connoistre les fiéures putrides les vnes d’auec les autres : par exemple si l’on obserue vne chaleur ardente, et vne soif insupportable, non seulement on colligera que c’est vne fiéure putride, mais que c’est celle quenous appellons fiiéure chaude : de mesme si elle ne prend que de deux iours l’vn, ou de trois l’vn, on s’asseure que la pre-
! miere est faite de bile , et l’autre de
melancholie, et ainsi des autres desquelles nous parlerons en leur lieu.
DES FIÈVRES