CHAPITRE XIV
DE LA CVRE DES FIÉVRES PVTRIDES EN GENERAL,
Comme ainsi soit qu'il ya beaucoup de causes concurrentes en la fiéure putride, aussi y a-il en sa cure beaucoup d'indications à prendre, veu que chaque cause doit estre ostée par la deuë administration de son contraire.
Cest pourquoy nous disons qu’en geperal , il n’est pas seulement besoin d’alteration par les choses rafraichissantes, à fin de corriger l'intem perie chaude de tout le corps, comme aux ephemeres: mais qu’il faut en outre vser de coction et euacuation de l'humeur pourri, qui est la matiere de la fiéure!. En vn mot, quelquesfois il est besoin de tirer du sang, vne autre fois de purger les humeurs vicieuses et peccantes: tantost il faut esuentiler la matiere qui se pourrit et qui fait les obstructions, aussi fautil par fois rafraichir, desseicher , inciser, deterger, fortifier. Mais comme toutes ces choses ne peuuent estre
1 Ce début répond presque exactement à celui du chap. 5 du livre primitif. Le lecteur peut en juger.
« Cu, V.— La curalion des fieures putrides en general.
» Les fieures putrides, pour leur euration en general, n’ont besoing de simple alteration par choses refrigerantes , pour corriger l'intemperie chaude de tout le corps, comme és diaires : mais en oultre de concoction et euacuation de l'humeur pourry, qui est maticre de fieure. »
Mais après ceci lé texte posthume a ajouté des détails assez longs, et nous ne retrouverons la fin du chapitre primitif qu’au 3° paragraphe du chapitre actuel.
faites toutes à la fois, il fant suiure le conseil que Galien donne à l’onziéme de la Methode chap. 16, qui est qu’en la resolution et analyse des causes, ce qui est le dernier trouué doit estre mis le premier en execution, lors qu'il est question de la cure des maladies. C'est donc ce qu'il faut faire en la eure des fiéures putrides: il faut commencer à oster la cause qui a esté trouuée la derniere en ordre de la generation d’icelles : par exemple, il faut euacuer la matiere qui fait obstruction. Car si la fiéure ne peut estre ostée tandis que la pourriture demeure, qui est la vraye et propre cause. et si la pourriture ne peul cesser tandis que l’esuentilation est empeschée , et si l’esuentilation ne peut estrelibretandis quel’obstruction perseuere, il faut conclure qu’auant {outes choses, il faut oster les causes qui empeschent la transpiration, qui est l'obstruction ou constipation. Or l’obstruetion estant en partie faite, en partie se faisant tous les iours, ce seroit trauailler en vain qui voudroit oster l'obstruction qui est desia faite, deuant que d'empescher celle qui se doit faire tous les iours. Car encore bien qu’on tasche de vuider les humeurs qui font l'obstruction, mesme quand on osteroit tout à fait l’obstruction , ce n’est toutesfois rien d'auanvé, puis que l’on n’empesche pas que les humeurs r’affluent derechef pour continuer lobstruction. C'est pourquoy il faut s’arrester à ceste maxime, que pour commencer la guerison des fiéures putrides , il faut deuant toutes choses oster l'humeur superflue qui est propre à faire l’obstruction : car ce faisant on empesche qu'il ne se face aucune obstruction dans le corps.
Voicy done six ou sept chefs qu’il
fäut obséruer en là cure des fiéures putrides. Le premier, est.qu'il faut oster lés causés euidentes et manifestes, s’il s’en trfouue quelqu’vhe qui puisse augméëriter 18 mai: En second lieu, il faut prescrire vn regime de viüre propre ét conuenable, suffisant déntrétenir les forces, ét ne fomenter pas le mal. Tiercement, il faut retrancher la cause antecedente eneuacuant les humeurs süperflues et vicieuses par lés voyes conüenables, sçauoir par la saignée, ou par la purgation, ou par les deux ensemble. Quatriémement , il faut degager les obstructions sil y en a, et procurer par toütes sortes de remedes propres ét conuenables, la transpiration et l’euentilation des humeurs. En cinquiéme lieu ; il faut corriger les indispositions du cofps ét des parties nobles, qui engendrent tous les iours de nouuelles hurneurs vicieuses, Où qui corrompent les bonnes. En sixiéme lieu , si la matiére d’elle-mesme ne chasse les mauuaises humeurs, il faut les euacuer ; où bien ; si faire se peut ; lès corriger et les ramener à quelque meilleure trempe: Enfin, il faut corriger l’intemperie du corps et des humeurs, ostef la pourriture, restablir les parties en leur premier estat , et rendre à celles qui sont debilitées et affoiblies leur premiere force et vigueur.
Mais il faut icy obseruer;, deuant que venir à l’euäcüation des humeurs Yitieuses, qu’il faut preparer tant le corps que les humeurs :. La prepara-
1 Noûs revenons ici au texie de 1575, éhp. 5 :
« Deuant que procéder à l'edacuation ; il faut preparer le corps et les hmieurs, »
C’esl bien là le début de notre paragraphe actuel. Le reste suit jusqu’à là fin, sauf quel: ques rhodificalions, et nous siänélerons dans
LE VINGTIÈME LIVRE
tion des humeurs se fait en attenuant et subtiliant ceux qui sont espais, detergeant ceux qui sont lents, et incisant ceux qui sont viscides et gluans. lene mets point icy en controuerse , s’il faut espaissir ceux qui sont trop liquides et ténus:i’en laisse la decision à ceux qui en ont fait des liures entiers. La preparation du corps se fait en ostant et ouurant les obstructions, et rendant tous les conduits du corps, tant manifestes qu’insensibles, tant internes qu’externes , ouuerts, libres et transpirables. C’est pourquoy en vain en vne fiéure causée d’obstruction interne, ordonnet-on choses qui esmeuuent les sueurs et les vrines. Car par ce moyen on euacue l’humeur crud de la cauité des veines et entrailles en l'habitude et superficie du corps, auquel lieu, par defaut de chaleur suffisante, il ne se peut jamais cuire qu’à tres-grande peine et en fort longtemps : là où &i on l’eust laissé à l'entour des entrailles il eut peu se cuire aisément, facilement et en peu de temps, à Cause de la chaleur puissante qui reside en ces lieux-là : qui est l’occasion pour laquelle Galien au liure quatriéme de la conseruation de la santé, et au liure premier à Glaucon, defend fort sagement de tirer du sang à céux qüiont des crudités au ventricule et veines de la premiere region du corps?, d'autant que par telle euacuation le sang qui souuent est bon et loüable tant en quantité qu’en qualité, des grandes veines est euacué et tiré, et iceluy qui est crud, corrompu et pourri. est attiré du ventricule dans
les notes suivantes celles qui ont quelque peu d’irnportance.
i Cette phrase manque en 1575.
3 L'édition de 1575 ajoute : commé és vetnes mesaraiques. -
DES FIÉVRES.
les grandes veines et Yers les pärties nobles. Que si la fiéure putridé estoit causéé, non d’obstruction interne, mais de la constipation du cuir, pour lors lés meédicamens qui purgent sont inutiles , d’aatant qu'ils attirent l’hu meur péccante de la superficie au dedäns él centré du corps : en ce cas-là il faut donc sé seruir dés sudorifiques et diuretiques ?. Toutesfois il faut noler que si l’euacuation que nous taschons faire par digerens et sudorifiqües n’est suffisante pour euacuer toute l'humeur, qu'en tel cas il sera Ylile d'yser dé médicaméns purgatifs ét diurétiques : comme au contraire lors que la crudité dés humeurs qui sont en là premiere region du corps, sera cuilte, digerée et mitifiée, il sera tres-necéssaire non seulement de purgér par en bas, auec polions et clÿsteres, mais aussi de prouodquer les sueurs et les vrines ?.
Quiconque voüdroit icy specifier par le menu tous les remedes qui sont nécéssaires et vliles aux fiéures putrides, auroit besoin dé faire Vn discours plus long que celuy que nous auonis éntrépris pour toutes les fiéurés :
d'autant qu'il n’y à sorte de medicament qui ne puisse y estre approprié, à cause dé là grande diuérsité d’indiestré prisés en la cure de ces fiéures.
1 eust esté aussi bien à propos de méttre icy en question si la saignée
1 Cétté fin dé phrase : en cécas la il fait done $é seruir dés sudorifiques et diuretiqués, manque dans le texte de 1575,
2 Ici sé terminait en réalité le chapitre & de l'édition de 1575; toutefois , elle ajoutait une phrase finale pour servir de transition au chapitre suivant :
« Apres äuoir ainsi descrit les causes et especes en generäl, reste maäintenant de parler de chacune en particulier: »
est necessaire à toutes les fléures pourries: car comme il est tres-certain qu’ellé conuïent à celles qui se font du sang pourri, ét aussi à celles qui se font des autrés humeurs, et qui sont continues : de mesme peuton doutér si elle est vtile aux fiéures intermittentes, qui ont leur siege non dans le sañg ny dans les grands vaisseaux , mais dans les autres humeurs non alimenteuses, et dans les petites veines ésparses par lapremiererégion.
Mais ie remets cette difficulté lors qüe nous parlerons de la cure des fé.
ures intermittentes en particulier.